Chapitre 10 – Entre imaginaire, réalité et embellissement

Une minute de lecture

Passons maintenant à quelques anecdotes, récits et autres ragots historiques glanés ici et là, dans ces archives poussiéreuses où les chroniqueurs semblent parfois avoir confondu témoignage, propagande et théâtre.

Lors de la croisade, les récits décrivent déjà Enrico Dandolo comme une apparition presque irréelle : un vieillard presque aveugle, drapé dans le prestige de Saint Marc, haranguant croisés et Vénitiens avec une énergie que bien des hommes plus jeunes auraient peiné à suivre.

Certaines chroniques vont même jusqu’à le montrer, bannière de Saint Marc déployée au vent, debout à la proue d’une galère lors des assauts contre Constantinople.

Scène probablement embellie.

Mais il faut reconnaître qu’un quasi nonagénaire aveugle menant une croisade maritime possède quelque chose d’assez théâtral pour que même l’Histoire hésite parfois entre réalité et propagande.

Enterré, disions-nous, à Sainte-Sophie, la disparition ultérieure de sa tombe semble certaine ; la manière exacte dont celle-ci fut détruite l’est beaucoup moins.

Certains jugent probable sa disparition lors de la transformation de Sainte-Sophie en mosquée après la prise de Constantinople par les Ottomans en 1453. D’autres traditions évoquent des destructions plus anciennes, voire de simples dégradations au fil des siècles.

Comme souvent à Byzance, même les tombeaux semblent finir engloutis dans les querelles d’interprétation.

Et que seraient enfin ces aventures byzantines sans la rumeur persistante selon laquelle Dandolo aurait nourri une haine féroce envers Byzance depuis sa prétendue cécité infligée par l’empereur Manuel ?

Là encore, prudence.

Certes, les relations entre Venise et Constantinople furent régulièrement tendues, brutales et intéressées. Mais l’image d’un vieillard consumé par une vengeance personnelle relève probablement davantage du mythe commode que de la certitude historique.

Il faut dire qu’un marchand vénitien presque aveugle devenu l’un des fossoyeurs de Byzance possède tout de même un certain sens dramatique.

Les chroniqueurs auraient eu grand tort de ne pas en profiter.

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