Part. 6 - En grignotant quelques fleurs de bourrache

Une minute de lecture

Bientôt cinq ans que je séjourne au bloc des Marronniers.

Toutes ces séances et interrogatoires que j'ai dû supporter après la mort du docteur Durand ! Cela me fatigue rien que d'y repenser ! Mais c'est terminé, mon nouveau psychiatre, le docteur Séraphin, me l'a assuré. C'est une femme très douce, avec de beaux yeux bleus et elle ne porte pas de blouse. Son bureau est agréable, couvert de babioles, de post-its colorés, de chemises aux teintes variées. Au mur, elle accroche des dessins de ses enfants, c'est très reposant à regarder.

Je suis devenue responsable de l'agencement floral de notre jardin hospitalier, sans doute du fait d'avoir rapporté le plantoir au manche vert. C'est important l'honnêteté ici.

Et depuis quelques mois, je reçois de la visite. Enfin une visite.

Madame Rosalinde vient me voir tous les quinze jours.

Au début, elle parlait de questionnement, de pardon, de culpabilité, de rédemption. Moi je ne voyais que sa bouche qui, à raison de chirurgie esthétique, crèmes miraculeuses et que sais-je encore était devenue pulpeuse, charnue, mutine malgré une petite cicatrice nacrée sur la lèvre supérieure qui la rendait plus désirable encore. Enfin je veux dire pour qui aurait envie de l'embrasser bien-entendu. Et Madame Rosalinde m'avait avoué, en rosissant délicieusement, que sa nouvelle bouche attirait beaucoup. Elle n'allait pas jusqu'à me remercier mais ce n'était pas loin.

Quoiqu'il en soit, nous avions développé une sorte d'amitié, même si je soupçonnais Madame Rosalinde de ressentir une excitation coupable à l'idée de parler avec une criminelle, jugée irresponsable de ses actes certes, mais criminelle quand même.

Ça ne me dérangeait pas et c'était ma seule visite.

Les jours cléments, nous nous installions sur un banc au milieu des massifs de fleurs toutes très tentantes pour moi et que je pouvais manger à satiété. La vie aurait pu être pire.

Madame Rosalinde acceptait même depuis peu de grignoter avec moi quelques fleurs de bourrache dont les pétales bleus collaient sur ses nouvelles lèvres rebondies avant de glisser sur sa langue.

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