Chapitre 1
Quand on passe presque toute sa vie en prison, en sortir est une des choses les plus difficiles à faire. Aucun repère. Pas de famille. Juste quelques souvenirs de la vie extérieure. Pourtant je suis là. On m’a ouvert toutes les portes une à une.
Ces mêmes portes que j’ai vu fermées pendant des années. Je commence par avancer. Je ne sais pas trop quoi faire. Le trottoir est dans un état lamentable. Je vois à quelques mètres un arrêt de bus. Je n’ai pas d’argent mais c’est pas ça qui va m’arrêter. Il n’y a personne à part moi dans la rue. Comme si cette partie de la ville était inhabitée. J’attends proche du panneau. Après ce qu’il me semble une éternité, je vois enfin le bus arriver.
Le chauffeur ouvre les portes. Je monte sans un coup d’œil. Il doit en voir passer des anciens détenus. Je m'assois dans le fond, je ne veux pas d'embrouilles. . Je ne sais pas où aller, alors j’attends. Les arrêts se succèdent . Une mère et ses deux enfants s'installent. Un des gosses me montre du doigt. La mère lui chuchote à l’oreille. L’enfant prend peur. Je ne réagis pas. Cette dame ne m’a rien fait. J’ai envie d’exploser. Mais je ne dois pas sinon c’est retour à la case départ.
Je crois que je l’ai bien compris depuis que ce juge, un certain Christophe m’ait fait répéter plusieurs fois l’article 227-7.
Je commence à voir le centre ville. Il n’est plus comme dans mes souvenirs. Les magasins sont décorés de façon joyeuse avec plein de petits éléments en référence à l’été. Le parking est entouré d’arbre ce qui amène un coté nature dans cette ville de béton.
Entre temps le bus c’est rempli. Un groupe de jeunes s’assoient devant moi. Je reste calme. Ils rigolent fort. Comme ci j’avais besoin d’eux pour me donner mal à la tête. Un petit blond se retourne. Je reste calme. Il me voit et détourner le regard. Reste calme. Il parle dans l’oreille d’un plus jeune. Calme. A son tour il me regarde. Calme. Il dit quelques choses au groupe. Calme. Ils se retournent vers moi. CALME. Ils se marrent. Un a un. J’explose.
-Vous voulez ma photo ? Arrêtez de rigoler connards.
Ils arrêtent. Maintenant ce n’est plus une bande de gamins qui m’observe. Non, c’est l’ensemble des personnes présentes. Un grand-mère m'épie avec un air de mépris. Elle me dégoûte. Elle et toutes les ordures de ce bus.
Je sors rapidement. Je ne m’étais pas rendu compte que le bus avait autant avancé, le quartier où je suis ressemble à tous les autres. Des petites maisons vieillis par les années. Une tour d’immeuble qui surplombe le petit parc pour enfant. J’avance de ce coté. Il n’y a pas beaucoup de mioches. Je me pose sur un banc et regarder le père qui s’occupe de sa fille. Ça me fait du bien. Regarder une scène de vie classique que j’aurais bien voulut vivre. La petite court. Son père lui dit d’arrêter. Je l’entends l’appeler. Juliette. Elle tombe. Je sursaute, elle m’a fait peur. Je me lève. Son père aussi. Je me rend compte que je n’ai rien à faire là. Avec ma tête de délinquant, j’arrive même à faire fuir les oiseaux. Je pars de l’espace jeu. Ce quartier est à mourir d’ennuis.
J’ai faim. Je décide de chercher un truc à manger. N’importe quoi pourrait faire l’affaire. Je n’ai toujours pas d’argent mais bon j’ai l’habitude. Je repère un petit magasin. Ma cible. Je rentre les mains dans les poches. J’attrape un sandwich et commence à sortir mais le caissier me repère. Il est jeune lui aussi. Une vingtaine d’années. Il me rattrape, je me laisse faire, je n’ai pas le cœur à jouer à la bagarre. Il me demande les un euros vingt que coûte le sandwich. Je ne prend pas la peine de lui répondre et commence à repartir sans rien, mais j’entends une voie qui m’interpelle.
Je me retourne pour voir de qui ça viens. Une fille. Vingt ans comme l’autre gars. Elle tient mon sandwich dans les mains. Je ne bouge pas. Elle court et me le tend.
-C’est pour toi.
-Il n’y a pas besoin.
-Si prend le, tu en as besoin. C'est pas pour te vexer mais tu as l'air d’un cadavre.
Un cadavre. Je ne suis pas un cadavre moi. J’accepte le sandwich, j’ai toujours faim. Elle me tire par le bras. Je ne résiste pas. Je prend le temps de l’observer. Elle est belle. Les cheveux ondulés d’un brun chocolat qui va bien avec sa peau claire. Son débardeur me dévoile une cicatrice sur son épaule gauche. Elle sourit aux passants que nous croisons et je réalise qu’on retourne au magasin. Elle me désigne une table proche de la porte pour que je puisse m’installer. Je ne le fais pas, je suis mal à l’aise. Le gars de la caisse me regarde avec insistance et ma sauveuse est partie je ne sais où. Je voudrais m'en aller, mais le caissier m’en dissuade, alors je patiente.
La fille finit par revenir avec un gobelet d’eau. Elle le pose devant moi en me demandant de m’asseoir. Elle rejoins l’abrutie qui ne cesse de me regarder et lui chuchote quelques mots que je n’entends pas. J’en ais marre de voir les gens parler de moi. La seule chose qui me retient ici c’est cette fille et ma faim qui fait gargouiller mon estomac. J’ouvre mon repas et le termine le plus rapidement possible. La fille revient et me parle. Je l’écoute pas trop mais que les mots me parviennent tout de même:
-Tu es d’ici, on t’as jamais vu. Tu parles ? Ça va ? Tu m’entends ? C'est quoi ton prénom ?
Je la vois qui commence peu à peu à s'énerver je lui balance:
-Je m’appelle Gavin.
Elle sourie comme ci je venais de lui avouer que je l'aimais. Et elle n’a pas tort. Cette fille est la plus belle chose que je vois depuis 10 ans. Je dois avoir une tête de petit con parce qu’elle me demande si j’habite dans le quartiers pauvres. Mais moi je suis un gros con. J'ai pas de toit pour cette nuit ni pour aucune nuit. Je me contente d'hocher la tête pour approuver. Elle me propose de me ramener chez moi. Je décline et sort du magasin. Il va falloir que je trouve un endroit où dormir. .

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