Chapitre 2

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J’ai trouvé un abri de jardin pour cette nuit. Je n’aurais jamais cru possible qu’une maison dans un quartier riche serait plus simple à infiltrer que celle du quartier de pauvres. Et, pourtant, me voilà entre une tronçonneuse et une meuleuse pour le reste de la nuit. Les propriétaires de cette maison lisaient le journal en buvant un café quand je suis rentré chez eux. Si tout se passe bien, ils ne me verront pas. Je ne possède pas de téléphone ni aucun autre objet pour passer le temps sauf une cigarette détrempée que j’avais volée à mon compagnon de cellule. Je cherche de quoi l'allumer, mais sauf un lance-flammes, je ne pense pas trouver. Je n’imaginais pas qu'en sortant de la prison, je me retrouverais assis dans un jardin que je ne connais pas à me faire chier. J’ai l’impression d’être un lion en cage. Dehors le soleil se couche. Alors, je m’installe sur les morceaux de carton que j'ai trouvés. Les idées dans ma tête se bousculent. Et, je finis par m'endormir.

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Il doit être huit heures, pas plus. Je me lève et range mon camp. Il n’y a pas de miroir mais je dois avoir une tête affreuse. Je n’ai plus l’habitude de dormir illégalement chez des inconnus et je dois l'avouer, c'est vraiment stressant. Je sors par la porte et traverse le grand jardin en direction de la haie quand j'entends des bruits de pas qui viennent de l’entrée de la maison. Je cherche une cachette et en repère une à proximité de la rue entre un tonneau d'eau et un olivier. C’est ma chance. Je me précipite vers ma planque avant que le propriétaire me voie. Je me rends rapidement compte que j’ai un deuxième problème. De la rue on me voit très bien, trop bien. Si le propriétaire se retourne, je suis mort. Je décide de jouer le tout pour le tout et rejoins rapidement la haie d'un voisin que je traverse sans encombre. Malheureusement pour moi, je me retrouve face à un petit garçon de huit ans qui me regarde fixement comme si je venais d’apparaitre comme par magie. Je le bâillonne rapidement avant qu’il se mette à crier.

– Ne dit surtout rien. Je joue à un jeu et je ne dois pas être démasqué. Où c'est que je pourrais passer pour sortir ?

Je retire ma main qui recouvre sa bouche pour qu'il parle.

– Oui, viens, je vais te montrer. Comment T'appelles-tu ?

Ah ces gosses, toujours à poser des questions. Je peux quand même lui dire mon prénom. Ce n'est pas comme s'il allait me livrer à la police. Il ne connait pas mes antécédents judiciaires.

– Gabin et toi, petit bonhomme ?

– Armand me répond-il gaiement.

Je le suis. Il fait le tour du jardin et me montre une petite porte qui donne sur la rue. Je lui fais un sourire en guise de remerciement et m'échappe rapidement de cette cage. Je marche tranquillement dans la rue même si je fais tache entre les belles voitures et les grandes maisons. Au carrefour, j'aperçois un gosse de 10 ans environ. Il est encerclé par trois gars plus grands que lui qui semblent lui vouloir quelque chose. En m'approchant davantage, je m'aperçois que le petit se fait racketter. J’ai deux solutions. Continuer mon chemin ou m'arrêter pour aider ce petit. L’énergie que je canalisais depuis hier n’a qu’une envie : s'échapper, et en réalité, une petite bagarre ne ferait de mal à personne. Je m'avance jusqu’au groupe et, sans prendre le temps de me présenter, balance mon poing dans la tête d’un agresseur. Il porte des vêtements de marque faux et doit sûrement venir d’une famille sans grand moyen. Je m’en fous, il l’a bien mérité. Les deux autres se précipitent vers moi mais ils auraient dû mieux réfléchir. Je fais 30 centimètres de plus qu'eux et j’ai beaucoup plus d’expérience. Je donne un coup de pied à celui qui essaie de me frapper le bras et écrase le pied du second. Le p'tit a l’air tellement plus content en voyant ses agresseurs partir en pleurant. Je relève la tête et l'aperçois. La fille d’hier. Elle observait la scène de l’autre côté de la rue. Elle traverse et prend le petit dans ses bras.

— Anselem, tu m’as fait peur, on te cherchait partout.

– Désolé je suis sorti et je n'ai pas vu l’heure passer.

– C’était qui ces garçons ?

– Je ne sais pas, je ne les connaissais pas, ils voulaient de l’argent.

La fille se tourne vers moi et me remercie en souriant.

– Tu fais quoi ici, Gabin, ce n'est pas ton quartier.

– Je passais.

– Ah d’accord. Tu as petit-déjeuné ? Il nous reste de la place pour un invité.

Elle joue avec mes sentiments. Un petit déjeuner. J’ai rien mangé depuis le sandwich, bien sûr que je vais accepter.

J’accepte l’invitation. Ça lui fait plaisir vu le sourire qu’elle me fait. Elle m’intime de la suivre en tenant la main du petit. On fait le chemin inverse en direction de la maison dont je viens de m'échapper. Pas de chance, sa maison est en fait celle dont je viens de visiter le jardin avec le jeune Armand. Je croise les doigts pour qu’il ne dise rien. La fille entre et me tient le petit portillon que je connais déjà. J’analyse le jardin. Grand, il fait le tour de la maison. L’herbe est verte et un pommier est placé dans un coin. J’avance sûr le petit chemin de brique rouge et rentre à la suite de la fille et d’Anselem. Je dois penser à demander à cette fille comment elle s’appelle. L’intérieur de la maison est plutôt simple, l'entrée est un couloir donnant sur ce qui doit être une cuisine vu l'odeur alléchante qui s'en dégage. À droite, un escalier mène à l’étage. Je rentre dans la cuisine et découvre une table remplie du meilleur petit déjeuner. Anselem me montre une chaise. Je cherche du regard un adulte qui pourrait me virer de sa maison mais je ne vois personne. La fille a dû comprendre car elle me dit que ses parents sont partis au poste de police comme ils cherchaient leur enfant mais vont bientôt revenir. Attendez, ils sont au poste de police. Je panique. Et, s'ils savent. Ils vont me virer.

– Euh… Gabin ça va ? Tu trembles. As-tu froid ?

– Non ça.

Je me calme, ils ne me connaissent pas et je m'arrangerai pour terminer ce petit déjeuner avant qu’ils arrivent. Le deuxième enfant, Armand, débarque et je sens la gaffe arriver. Je baisse la tête en attente de ses paroles mais je suis agréablement surpris lorsqu’il me sort :

– C’est toi mon ami Gabin ! Trop bien, tu es revenu !

– Euh… Ouais.

Il m’a surpris, ça va. Je me reprends rapidement. Ce petit vient de me donner une idée.

— Je pourrais revenir un autre jour si tu veux, bonhomme.

– Oh oui !

La fille intervient.

– Armand, n'embête pas Gabin, il ne va pas venir ici juste pour jouer, il habite loin.

Je sens que mon plan se casse la figure mais je trouve un plan B pour arriver à mes fins.

– Je pourrais venir en échange de ce petit déjeuner.

– Dis oui s’il te plaît, Ambre. Il pourrait venir me chercher à l’école demain. Hein oui Gabin.

– Bien sûr !

Ambre se tourne vers moi et me demande :

– Tu pourrais aussi prendre Anselem ?

– Évidement.

– Bon alors ok.

– Merci Ambre, t’es la meilleure des grandes sœurs.

À ces gosses heureux pour un rien. Je dis ça or mon plan vient de fonctionner à merveille et j'ai le sourire jusqu'aux oreilles. On mange en silence. Croissant, jus de fruits frais et grand bol de lait au chocolat. Je demande à aller aux toilettes. Anselme, qui n’était pas très bavard depuis tout à l'heure, m’indique la pièce. Au deuxième étage, troisième porte à droite. Je monte l’escalier, compte le nombre de portes pour ne pas me tromper et l’ouvre. Quand je ressors, je m'aperçois que j’aurais aussi dû demander où se trouvait la salle de bain. Je cherche une quelconque indication mais rien. Je pars donc à la recherche de cette pièce en ouvrant une à une les portes du couloir. La première est une chambre sûrement à un des frères. La deuxième doit appartenir à Armand où plutôt appartient à Armand, écrit en grand sur le mur. La porte au bout du couloir s'avère être la bonne. Je me passe un peu d’eau sur le visage et essaie de replacer mes cheveux. Ils ont bien repoussé depuis que je les ai coupés. À la prison, on devait les couper toutes les deux semaines. Sauf ceux qui étaient punis. Ils devaient attendre de sortir de leur cellule d’isolement pour les couper. J’étais de ceux qu’on appelait Tarzan à cause de notre pilosité extrême après plusieurs mois sans avoir rafraîchi notre coupe. Je finis par plaquer mes cheveux en arrière avec de l’eau et sors de la pièce. Avant de descendre, je fais le choix de visiter le reste de l'étage. Il me reste trois portes à gauche. J'ouvre celle en face des toilettes. Une chambre, avec un grand lit double. Ça doit être la chambre des parents, à moins que ce soit une chambre d'amis. La pièce suivante est en fait un bureau. En son centre, le meuble a l’air imposant. Il est tout en bois comme la grande bibliothèque qui se trouve derrière. J’aurais bien aimé avoir un bureau comme ça. À ma gauche, un pan de la bibliothèque est ouvert. Une porte secrète entre les étagères. Je rentre dans la pièce suivante. Elle est plus petite, au milieu un piano à queue posé sur un tapis rond. C’est la dernière pièce de l’étage. Mais pas de la maison. Un escalier à droite le prouve. Il reste un étage. J’hésite à monter mais décide d’arrêter ma visite avant que les autres se demandent pourquoi je ne suis pas revenu. En repassant dans le bureau, je remarque un petit paquet de cigarettes et un briquet. Je les prends. Ce n’est pas du vol, c’est de l'emprunt à très long terme. Et puis le détenteur de ces cigarettes doit pouvoir en racheter par millier.

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