Chapitre 3

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Après avoir quitté Ambre et ses frères, je décide de faire quelque chose d’étrange pour moi : aller à la banque. Je sais ce que vous vous dites, mais je n’allais pas à la banque petit et dix ans auparavant. Je n’étais qu’un gosse qui pensait être le roi du monde.

Je prend un bus, identique aux autres. Attends le bon arrêt avant de descendre et marche jusqu'à ma destination. La banque est un bâtiment historique qui doit dater du siècle dernier. L’intérieur est agréable, je dirais même chaleureux si une dizaine de paires d’yeux ne me fixaient pas. Je porte toujours mes vêtements d’hier que je recycle depuis quelques jours. Je fais la queue comme tout le monde et gardant mon calme. Les personnes qui me regarde commence réellement à m’énerver. Heureusement, mon tour arrive rapidement et je demande un rendez-vous avec un banquier. La secrétaire semble se foutre royalement de moi. Ses lunettes et sa peau flétrie me font penser à une grand-mère, or elle ne doit pas dépasser les quarante ans. Sa robe la boudine et ne la rend pas agréable à voir. Elle me dit de revenir demain, car il n’y a pas de place aujourd’hui. Je lui demande de vérifier. Je veux un rendez-vous. Maintenant. Elle me répéte que non et qu’il faut en programmer un. Je lui réexplique que je ne veux pas attendre. Elle parait ne pas m’écouter et ça me met hors de moi. Je l'attrape par le tissu de sa robe et la fait se lever. Elle me regarde, apeurée, pendant que je lui hurlais toute sorte d'injures. Le vigile vint l’aider en l'arrachant a mon emprise.

– Monsieur, calmez-vous s’il vous plaît !

– Je veux un entretien. Immédiatement !

– Je ne peux rien faire pour vous monsieur. Me dit-il.

Un homme sort d’un bureau. Il porte un costume deux pièces tout simple qui le vieillit, à vrai dire, il n’en a pas besoin. Il analyse rapidement la scène.

– Besoin d’un rendez-vous jeune homme ? Me demande-t-il.

– Oui. Lui dis-je d’un ton arrogant.

– J’ai une petite place, venez !

Son sourire me donne envie de vomir. Il a des dents jaunes et en observant davantage, je remarque un morceau de son petit déjeuner coincé entre ses incisives. Je le suis quand même dans son bureau. Les murs de la pièce sont de simple vitre recouverte d’un film occultant. Je m’assoie rapidement sur la chaise et attend que le vieux aux dents jaunes s’assaille.

– Bonjour jeune homme, je suis monsieur August et je vais réponde à vos questions.

– J’aimerais connaitre mon numéro de compte.

– Vous avez oublié votre numéro ?

– Non.

– Pour quelles raisons alors ?

– Mes parents m’ont ouvert un compte que je n’ai pas utilisé.

– Très bien, votre nom est prénom s’il vous plaît.

– Gartner Gabin.

– Vous savez quand a été ouvert se compte ?

– Non.

– D’accord, il ne manque plus que votre date de naissance et votre adresse.

– Le 5 septembre 2004.

– Votre adresse ?

– L’ancienne ou la nouvelle ?

– Dans un premier temps, celle utilisée pour le compte. On pourra la changer juste après et indiquer la vôtre.

– 23 rue des jardins, 2900 Porrentruy.

– C’est Belge ?

– Suisse.

– Je trouve bien un compte avec les informations que vous m’avez transmises. Je vais demander à mon supérieur de vous prendre en charge pour la récupération du compte.

– Il y a beaucoup dessus ?

– Excusez-moi ?

– Il y a combien d’argent sur le compte ?

Monsieur August me regarde un instant avant d’ignorer ma question et d’appeler son supérieur. Je n’entend pas ce qu’il dit, mais cinq minutes plus tard un autre monsieur est là, muni d’un gros dossier.

– Bonjour monsieur Auguste, bonjour monsieur Gartner, je vais procéder aux déblocages du compte.

Je hoche la tête. Le nouvel homme remplaçe le premier sur la chaise en face de moi.

Il me tend une pile de feuille de son dossier pendant que monsieur August s’éclipse de la pièce.

– Je vais vous demandez de remplir ce dossier pour récupérer le compte. Cela nous permettra de prouver qu’il vous appartient et d’avoir une remise à niveau du compte qui a maintenant quinz ans dont neuf sans aucunes utilisation.

Je lis les phrases du questionnaire. La plupart des questions m’ont déjà été posés par le précédent monsieur, je n’ai donc pas eu beaucoup de mal à y répondre. Il reste malgré tout des demandes auquel je ne peux rien écrire comme profession ou numéro de téléphone. Je rend le dossier complété par mes soins. L’homme en face de moi le prend et le lis tranquillement. Je tape du pied rageusement en attendant qu'il termine.

– Pas de profession, de numéro de téléphone, d’adresse… C’est curieux. Vous êtes dans le trafics.

Et bah dis donc, il a le mérite d’être directe. Il sourit en voyant mon expression ahurie.

– Quels sont les raisons si se n’est pas un trafic ?

– La prison…

Je laisse ma phrase en suspens. Je sent son regard sur moi avant qu’il me demande :

– Pourquoi ?

Il était curieux. Un vilain défaut de l’Homme. La curiosité. Je reste évasif sur le sujet.

– Des problèmes avec la gendarmerie.

– Vous avez eu combien de temps ?

Ils va vraiment me demander de tout lui dire. Là. Je le lui dis à contrecœur pour obtenir un compte en banque tout neuf le plus vite possible.

– dix ans.

– Mais vous êtes né qu’en 2004, petit.

Il m’énerve celui-là avec ces questions débiles. Je lui répond agressivement :

– Tu vas arrêter de me faire tourner en rond ! File-moi mon compte qu’on n'en parle plus.

– Monsieur Gartner, avez-vous des papiers d’identité pour prouver que le compte vous appartient ?

Je sors la seule carte qu'il me reste. Ma carte d'identité et la lui tend. Je ne doit pas avoir plus de treiz ans desssus. J'ai les cheveux couper court et le sourcil coupé.

-Monsieur Gartner, votre carte est périmé depuis Janvier. Elle n'est plus valable.

Plus valable. Je sors de prison, mon nom est apparu dans la presse locale il y a dix ans, on m’a fait un relevé d’empreinte, il voit bien que toutes les informations que j'ai mis dans son dossier correspondent et on me demande si je suis bien moi. Il est fou. Je me lève précipitamment de ma chaise, fesant bouger le bureau. Je ne pensais pas qu’en sortant, tout m'inciterais à y retourner, pourtant la prison m’appelle. Un seul faux pas et j'y retourne. Il faut que je fume. Je sors du bureau, et sous le regard apeuré des clients, je quitte la banque. J’attrape une cigarette que j’allume. Je la fume en entière, mais je ne me sens pas calme alors, j'en fume une autre. Et une autre. La troisième fonctionne. Je tournai la tête vers la banque. Le banquier m’observe. Il m'a suivis. Il n’a pas peur, il sourit.

– Je te reconnais bien là mon petit, ta mère avait réagi exactement pareil.

– Ma mère ?

Cet homme connait ma mère ? La discussion commençe à m’intéresser. S'il connait ma mère, il peut me mener à elle. Ma mère a déserté la ville dès ma majorité. Un fils en prison ne doit pas gâcher la vie d’une famille, m’avait-elle dit. Elle était donc partie avec mon plus jeune frère. Elle ne m’a jamais dit où. Là seule chose que j'ai su, c'est que je devrais demander mon compte à cette banque.

– Oui, ta mère. Pour le compte, je ne peux pas faire grand-chose le temps que tu ne disposes pas de papier, mais prend ça. Tu reviendras demain, on les fera.

Me dit-il en me tendant une enveloppe.

– Je te conseille l'hôtel au bout de la rue, c’est un des meilleurs. Tu prendras une douche pour la photo et des vêtements convenable.

– Oui.

Je ne savais plus que dire. Il me donnait de l’argent. Il allait m’aider. Et surtout, il connait ma mère.

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