Chapitre 4
Cette fois-ci, j'ai un réel objectif. Ou plutôt des réels objectifs. Mais, pour commencer, je me dirige vers l'hôtel qu'on m'a indiqué. En brique rouge, il se démarque entre le boucher et la librairie. Je pousse la petite porte en bois et entre dans un lieu chaleureux. Il n'y a personne à part moi. Je vois une petite sonnette avec à côté un écriteau.
“Sonnez, je viendrai. ”
Je sonne. Une dame sort de, je sais où, et me souris.
– Bonjour, avez-vous besoin d'un renseignement ?
C'est la première fois qu'on ne me regarde pas avec insistance, qu'on ne me dévisage pas ou qu'on ne me juge pas. C'est agréable. Je demande une chambre à louer.
–Alors, j'ai la 23 de disponible.
–Très bien.
–Quelle durée ?
–Une semaine, je pense.
–D'accord, Monsieur. Vous pouvez changer la date de votre départ quand vous le souhaitez. La chambre est au second étage à votre gauche. Voici les clés.
—Merci.
Je pourrais l’embrasser. Mais elle doit être aussi âgée que ma grand-mère. Je deviens fou à dire des choses comme ça.
Je monte les deux étages, tourne à gauche et insère ma clé dans la serrure de la chambre 23. La pièce est toute simple. Un lit simple, collé sur un mur blanc. Une petite fenêtre qui donne sur la cour arrière de l'hôtel ainsi qu'une petite plante verte. À droite, une salle de bains. Elle me semble grande et c'est là que je m'aperçois que les douches communes, ce n'était pas ce que je préférais. Je vérifie le montant de l’enveloppe. 600 euros. Il n’a pas été radin.
Je sors et trouve un petit restaurant qui sert des menus étudiants. Je ne suis pas étudiant, mais suis réellement important ? Je ne crois pas. Un serveur me place et je lui commande mon repas. Il pose devant moi une assiette de pâtes, une bouteille d’eau et un morceau de pain. Je croque dans la tranche de pain. Étrangement, il n’est pas rassi et la bouteille d’eau ne contient pas de petites particules. Ça change de la prison. Personne ne veut me voler ma nourriture après analyse du couple dans le fond et de la famille à ma droite. C’est presque gênant. Je termine en vitesse et me dirige vers une friperie.
Il me faut de nouveaux vêtements parce que mes chaussettes commencent à sentir le bouquetin et ce n’est pas le plus agréable. J’attrape deux jeans, plusieurs tee-shirts blancs et un pull. Je vais à la caisse. La caissière scanne mes articles et me demande l’argent que je dépose sur le comptoir. Je pars avec mes articles. Je retourne à l’hôtel, et prends une douche. Le savon ne ressemble absolument pas aux trucs puants qu’on nous donnait à la prison. Je prends mon temps. Personne ne cherche à me virer de la douche, personne ne hurle de l’autre côté de la porte. Tout est clamé. Je sors de la douche et m'habille. Jean, tee-shirt et ma veste en cuir offerte par ma mère. Il n’est pas bien tard. J’ai le temps de dormir un peu avant d’aller chercher les deux frères de la plus belle fille du monde.
Je me réveille une heure plus tard avec la nette impression d’avoir dormi deux jours. Je me lève, enfile mes baskets et pars à la recherche de l’école des petits. Je n’ai aucune idée de l’endroit où elle se trouve. Je compte sur les habitants pour me l’indiquer. Je prends un bus qui me dépose dans leur quartier puis demande à une vieille dame si elle sait où est l’école primaire. Elle me regarde comme si j’étais un martien et passe son chemin sans m’adresser la parole. Je retente ma chance avec une mère et sa fille. La mère m’indique de prendre à gauche en souriant. Je la remercie. Je suis la direction indiquée et me retrouve rapidement entouré de gamins qui courent, hurlent et pleurent. Je me rapproche de l’entrée et aperçois rapidement un des deux garçons. Il me voit au même instant et m’appelle en faisant de grands gestes.
Je pars à la rencontre de la maîtresse. Dès que je m’approche, elle me juge. Elle a que ça à faire cette pouffiasse ? Je lui demande le gosse. Je l’ai dit un peu agressivement. Armand me sauve en expliquant que c’est moi qui viens le chercher. La maîtresse n’est pas convaincue et demande à sa collègue.
Je commence à en avoir assez d’attendre. Je finis par récupérer le premier garçon. Me manque plus que le second. Quand j’y repense, je n’aurais jamais dû accepter.
–Alban, va chercher l’autre petit.
–Mais je ne m'appelle pas Alban, moi c’est Armand.
–Oui bah sa va.
Il va le chercher et on quitte l’école. On marche en silence jusqu'à une aire de jeux. Je leur propose d’y aller et ils acceptent avec joie. Je me pose sur un banc. Le deuxième gamin. Onsaime ou un truc comme ça s'assoit avec moi.
–Tu ne vas pas jouer ?
–Non.
–Tu devrais.
–Pourquoi ?
–C’est bien ici, tu peux courir sans te faire disputer.
— Ouais. Je préfère rester dans ma chambre.
Et dire qu’après 10 ans mon discours n’est plus le même.
Petit je voulais un téléphone. Comme les copains. Ma mère me l’avait refusé et mon père m’avait assuré que je n'en avais pas besoin et qu’il fallait que je sorte. Je ne les avais pas écouté. Je suis resté enfermé dans ma chambre pendant plus d’un mois en sortant à peine pour manger. Aujourd’hui je regrette cette idée. Il me fait de la peine cet enfant. Armand revient en courant et appelle son frère.
–Anselem, tu viens, j’ai trouvé un euro, on pourrait s’acheter un truc.
Armand s’approche et donne la pièce à son frère.
–Tu peux aller me prendre un chewing-gum Ansy ?
–Ok.
–Tu ne vas pas trop loin petit. Je dois te surveiller.
–Ouais.
Anselem part et Armand le remplace.
–Elle est cool ma sœur.
–Quoi !
Mais, il a quoi ce gosse. Il veut me tuer à dire des choses comme ça.
–J’ai dit elle est cool Ambre. Tu sais la fille que tu voudrais en amoureuse.
–Qui a dit ça ?
–Tu ne peux pas me le faire à moi. Je te vois. Ce n'est pas dans ton intérêt de venir nous chercher.
–Et ?
–Tu veux que je t’aide un peu ? Des prétextes pour que tu viennes à la maison… Tu vois quoi.
Il est fort ce petit. Et en plus, il me propose de m’aider. Anselem revient et tend un chewing-gum à son frère. Il me donne le deuxième.
– Garde le petit.
–Je l’ai pris pour toi.
–Mange-le, ne n’en veut pas.
–D’accord.
Je commençais à bien les aimer ces garçons. Et ils m'offrent une porte d’ouverture sur leur grande sœur.Rien que d’y penser, j’ai le sourire aux lèvres. Au bout d’une heure, je décide de ramener les deux bonhommes chez eux. On marche en silence. Anselem est devant et Armand me tient la main.
Quand il a voulu me prendre la main j’ai d’abord esquivé. Mais j’ai fini par accepter. C’est étrange. Je ne me souviens pas de la dernière fois où j’ai tenu la main d’une personne.
C’est dur la prison et je ne souhaite à personne de vivre ce que j’ai vécu.

Annotations