Paris, 17 novembre 199… Vanessa

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Toujours la même chose. Un homme, jeune, nu dans la Seine, au petit matin, le corps labouré, la tête presque détachée du buste. Vanessa posa les coudes sur son bureau. Malgré le radiateur poussé à fond, elle avait gardé son blouson. Elle manqua de se bruler en voulant avaler trop vite sa tasse de thé.

- Vous devriez manger un morceau, commissaire. Le visage rond du Brigadier de permanence était apparu à la porte du bureau. « Commissaire », elle était toujours tentée de regarder derrière elle pour voir si l’on ne s’adressait pas à quelqu’un d’autre...

- Merci Jacques, j’irai au Siècle tout à l’heure, ça me changera les idées.

- Ça risque de faire tard, vous n’avez pas arrêté de la journée, Commissaire. Elle se réabsorba dans l’examen des photos, les trois visages étaient étonnamment semblables.

- Jacques… La tête ronde réapparut dans l’embrasure. Encore une fois, c’est Vanessa.

Elle sortit une loupe de son tiroir et s’attarda sur les photos agrandies des blessures du mort de cette nuit. Un vrai massacre, les chairs avaient été coupées, broyées, le crane avait éclaté comme serré dans un étau. Exactement comme pour les deux autres.

Repoussant le dossier, Vanessa se leva et, écarta sa mèche blonde, ses cheveux étaient coupés courts, la nuque dégagée, contrastant avec la longueur de la frange, une Louise Brooks blonde ! Elle posa sa tête à même le carreau glacial. Maintenant que son corps s’était réchauffé, cette sensation de froid sur le front était agréable. Elle dissipait un peu la fatigue de cette nouvelle nuit écourtée et de la journée harassante qui avait suivi. Son souffle formait un halo de buée sur la vitre, elle s’amusa à déplacer lentement ses lèvres, dessinant des volutes. L’interrogatoire des témoins, deux noctambules, un insomniaque, n’avait rien donné. Elle se souvint de la formule de l’un de ses instructeurs à l’école des commissaires « un témoin, il faut que ça mijote… parfois ça se transforme en suspect… ». Elle les convoquerait à nouveau demain « laissons mijoter… », pas sympa mais bon… qui a dit qu’un flic devait être sympa ? La faim la tenaillait, elle décida de descendre au Siècle. Malgré l’heure, si elle faisait son sourire mélancolique, le patron se laisserait attendrir et lui ferait réchauffer quelque chose. Elle avait envie d’un plat qui lui tienne au corps et d’un verre de vin. Habituellement elle ne mangeait presque rien, buvait du thé et puis, parfois, elle avait des envies de lard, de viandes mijotées et pouvait s’abrutir d’alcool…

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