Paris, nuit du 17 au 18 novembre 199… Vanessa

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Son dîner l’avait revigorée. Le patron du Siècle, grommelant gentiment pour la forme, avait fait réchauffer un merveilleux coq au vin dont la viande, presque confite à force d’avoir cuit, se détachait des os sans qu’il soit besoin d’un couteau. Elle l’avait arrosé d’un verre son vin préféré, un Cornas. Elle s’était même laissé tenter par une tarte Lyonnaise aux pralines, et au point où elle en était, n’avait pas refusé un fond d’Armagnac. Elle s’était fait timidement draguer par deux étudiants qui sirotaient une bière. Elle s’était dit qu’elle ne faisait pas trop « flic » avec son blouson, son jean, ses tennis blancs et ses lunettes rondes, ça lui avait fait plaisir. S’ils avaient été un peu plus audacieux, ils auraient peut-être eu leur chance. Il était près d’une heure du matin, elle traversa Paris à tombeau ouvert dans sa Peugeot de fonction, réveillant la ville d’un coup de « deux-tons » à l’approche des carrefours et regagna enfin son appartement, près de la gare de Gentilly. En marchant dans le parking souterrain pour atteindre l’ascenseur, elle posa la main sur son arme de service. Dans ces moments-là, elle appréciait la présence de son Walter PPK 7.65. Un peu léger comme calibre, pensaient ses collègues, mais elle aimait cette arme compacte, facile à dissimuler et terriblement efficace entre ses mains. Et puis n’était-ce pas l’arme de 007 ? Qui aurait imaginé, en la voyant, avec sa dégaine d’étudiante en philo un peu rêveuse, qu’elle était la meilleure de sa promotion au tir de combat ?

Elle regarda défiler les étages, au 8ème, la porte s’ouvrit. Le palier, la clé dans la serrure… une forme sombre se précipita dans le couloir.

- Oh Scrountch ! Non… Elle sourit en regardant le petit chat tigré aux yeux verts qui l’observait narquois. Heureusement pour elle la porte des escaliers était fermée, sinon elle était bonne pour une course poursuite dans les étages…

Elle prit le petit corps chaud dans ses bras et le serra contre elle. Elle adorait ce jeune chat, un vrai « gouttière » à l’expression malicieuse, qui le lui rendait bien. Il faut dire qu’elle lui avait drôlement sauvé la mise. Un soir elle rentrait chez elle quand elle avait vu deux types qui poursuivaient quelque chose. Elle s’était arrêtée, c’étaient des petites frappes qui coursaient un chat terrorisé. Au moment où elle descendait de voiture, l’un des voyous rattrapa le matou et lui lança un coup de pied qui fit rouler la pauvre bête qui poussa un hurlement de douleur.

- Laissez-le, salopards, hurla-t-elle !

- Oh elle est fâchée la pute ! Tu vas voir on aime bien défoncer les petites chattes lança celui qui était le plus près. Son rire hystérique se figea net.

- A terre ! Main sur la tête ! Le Walter PPK les fixait de son œil noir.

Les types continuèrent d’avancer, elle eut un geste rapide et l’on entendit le bruit caractéristique de la culasse d’un pistolet que l’on arme. Ils s’arrêtèrent.

- Dernier avertissement. Dégrisé les types se rendirent compte que l'arme ne tremblait pas dans les mains de la jeune femme. Ils levèrent les mains. Elle lança deux paires de menottes à celui qui était le plus proche. Tiens, mets ça à ton copain et ensuite, voilà pour toi. Sans les quitter des yeux, elle décrocha la radio de bord. Dandier, envoyez-moi une patrouille j’ai deux clients.

- C’est Lucas, patron, je suis avec Manu, on arrive.

Elle eut un sourire mauvais en regardant les deux types attachés :

- Vous allez passer un bon moment les gars, L’Inspecteur principal Lucas adore les chats, il va vous arranger aux petits oignons…

Elle revoyait cet instant où elle s’était penchée vers ce petit être apeuré, recroquevillé entre deux poubelles. Elle lui avait parlé doucement, avait approché la main. Il s’était reculé inquiet, la dévisageant de ses grands yeux verts, les oreilles couchées en arrière, soufflant légèrement, le poil hérissé. Elle n’avait pas bougé, lui parlant doucement. Il avait fini par accepter qu’elle le caresse et elle l’avait pris dans ses bras. Pendant ce temps, Lucas s’était approché des deux types menottés, l’air jovial :

- Je suis sûr que vous êtes pas si méchants les mecs. Vous vous êtes pas rendu compte… Je vais vous expliquer. Il avait pris son élan et envoyé la pointe de sa botte dans les côtes du premier type le séchant sur le coup. Tu vois ce que ça fait, c’est pas sympa hein ?

- Vous avez pas le droit hurla l’autre ! On va porter plainte.

- Ben tu as vu, Manu, vous aussi patron, ils ont essayé de nous attaquer. Il écrabouilla le nez du second d’un coup de poing phénoménal.

- Oui, approuva Manu, on pouvait pas faire autrement… On a horreur de la violence. Ça me fait penser, je vous ai pas dit bonjour, chacun à son tour reçu le pied de Manu dans le ventre.

- Je vais être encore plus clair dit Lucas sortant son revolver, un impressionnant Colt Cobra, qu’il enfonça dans la bouche de celui qui avait frappé le chat en armant le chien : La prochaine fois vous avez été abattus en menaçant des policiers avec une arme à feu. Compris ?

- C’est bon les gars, embarquez-les et tachez de pas trop les abimer quand même dit Vanessa. Moi je m’occupe de cette petite chose.

- Qu'est-ce qu'on en fait Patron ?

- Collez-les moi au trou pour la nuit.

L'un des deux types tenta de protester.

- Mais y-a pas de raison.

- Pfou avait soupiré Vanessa, s'il fallait une raison pour boucler deux petites frappes... Lucas, tu mettras outrage et rebellion et tiens... menaces de mort... ça permettra de les déférer. Et pour la cellule, tu me les colle avec les manouches qu'on a chopé cet après-midi...

Avec un sourire en repensant à la scène, elle entra dans son appartement spacieux, avec d’immenses baies vitrées et une grande terrasse, ce qui compensait le quartier dortoir. Ses vêtements allèrent rejoindre, au petit bonheur la chance, ceux qu’elle avait mis ces derniers jours, laissés là où ils étaient tombés, l’ordre n’était pas son fort… Nue, elle traversa le séjour, suivie de Scrountch, pour aller s’affaler sur son lit, elle songea que peut-être un vicelard dans la tour en face se rinçait l’œil et se dit qu’elle s’en moquait éperdument. Elle regretta un instant de ne pas avoir ramené les deux étudiants timorés, rien de tel pour se changer les idées qu’une étreinte sans lendemain. Pas faire l’amour : baiser. Bon, elle n’était pas très romantique et ne voyait pas pourquoi il aurait fallu se jurer l’amour éternel, ou même se promener main dans la main, simplement parce que l’on s’était envoyés en l’air. Elle aimait le sexe pour le sexe, voilà tout. Et pour l’affection, elle avait Scrountch. Le petit chat vint se blottir contre son visage et elle sombra.

Il lui semblait qu’elle venait juste de s’endormir quand le téléphone sonna.

- Encore un, patron. Elle reconnut la voix de Lucas. Elle souriait souvent en songeant que le nom de son adjoint était le même que celui de l’adjoint de Maigret. C’est en découvrant un Simenon, « Maigret tend un piège », un vieux livre de poche qui trainait dans la maigre bibliothèque familiale, que lui était venue sa vocation.

- Merde, où cette fois ?

- Sous le Pont des Arts, coté Louvres.

- Putain, fait chier… j’arrive. Elle envia Scrountch, frais et dispo, qui gambadait en poussant de petits miaulements et se frottait à ses jambes.

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