Margeride, 20 novembre 199… Cécile

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- Mes respects mon Colonel. Le Capitaine Cécile de Falquières, commandant la Compagnie de Gendarmerie de Marvejols, se figea au garde-à-vous.

- Bonjour Falquières. Le Colonel lui rendit son salut puis se pencha vers sa subordonnée pour lui claquer la bise sans autre forme de procès. Ça va Cécile ?

- Oui mon Colonel mais c’est vraiment pas joli à voir. Le Lieutenant-colonel Salvi était le mentor de la jeune Cécile qu’il avait vu arriver de l’Ecole des Officiers de Gendarmerie, avec ses galons de Lieutenant, pour prendre le Commandement de la Brigade perdue de Rignac, disparue depuis. La « petite » avait fait du chemin et, après un détour par les bureaux Parisiens de la Direction Générale et quelques OPEX, elle était revenue en Lozère. Pour la brillante Saint-Cyrienne, cet endroit sauvage qui charmait son âme romantique, était comme une récréation avant les hautes sphères qui lui étaient promises.

- Je m’en doute. Un dingue, ici…. ça manquait. Il est en bas ? On va essayer de pas se casser la gueule. Salvi avait 18 ans lorsqu’il avait quitté à son village de Haute Corse, une grappe de maisons accrochées à un piton, pour aller faire son service militaire sur le Continent. Il n’avait plus jamais quitté la Gendarmerie et avait gravi, un à un, tous les échelons jusqu’à ce cinquième galon. Son poste de Commandant de Groupement était inespéré pour un officier qui n’avait pas fait les grandes écoles. Bien sûr il lui avait fallu se contenter de la Lozère…

Salvi suivait l’étroit sentier qui menait au fond du fossé, écartant les branches saupoudrées de neige qui l’agrippaient et lui fouettaient le visage. Malgré son corps sec, sculpté par l’exercice, il peinait. C’était imperceptible et beaucoup d’hommes de vingt de moins auraient eu du mal à le suivre, mais il peinait. Il y a dix ans, il serait descendu au petit trot. « Ton temps est presque fini » songea-t-il… Il levait parfois les yeux, au risque de glisser, pour suivre, avec un sentiment d’affection filial, mêlé d’envie, la silhouette élégante et souple de Cécile qui se jouait des obstacles, même ces maudites plaques de glace qui transformaient chaque pierraille en un piège pour les chevilles ! Elle respirait la jeunesse, l’énergie et la grâce. Foutu pays, songea le Colonel mais, bon encore deux ans et, enfin, m’assoir devant ma maison, boire du vin de ma treille, griller des châtaignes dans ma cheminée, manger des vraies figatelles… les vieux m’appelleront « Mon Colonel » … les jeunes ne poseront pas de questions mais rêverons que je leur raconte… on viendra me demander d’être maire parce que, comme ça, les Gendarmes laisseront le village en paix…

Le corps reposait sur le lit à sec d’un ruisseau gelé. Il était nu, de côté, déchiqueté. Son visage presque écrasé était figé dans la terreur du dernier instant. Le colonel se demanda à quoi on pouvait songer lorsque l’on réalisait que c’était terminé, qu’il n’y avait plus d’après. Il ne craignait pas vraiment la mort, il l’avait trop côtoyée, mais il n’aimait pas cette idée d’une fin, d’un instant où il n’y avait plus de lendemain.

Il fallait bien connaître Cécile pour sentir son trouble devant le cadavre : un léger mouvement, aussitôt corrigé, pour détourner son regard, les pommettes un peu plus pâles qu’à l’accoutumée, un frissonnement à la commissure des lèvres, la main qui se rapproche de l’étui du pistolet…

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