Paris Printemps 1807… Pierre

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Pierre, était en grand uniforme, sa croix de la Légion d’Honneur pendait sur sa poitrine. Il regardait droit devant lui, impassible, figé au garde à vous. Tamerlan, dont le pelage luisait tant il l’avait brossé, avait du mal à rester immobile. Il était nerveux. Sous sa peau, les muscles frémissaient, comme si la bête devinait l’approche de l’Empereur. Ils étaient là une cinquantaine de sous-officiers, tous des vieux briscards, traineurs de sabres couturés. Parmi eux, Pierre était le plus jeune. Beaucoup avaient connu les guerres de la Révolution, l’Egypte et l’Italie. L’un d’entre eux, un Alsacien, Maréchal des Logis aux Chasseurs à Cheval, la moustache presque blanche, la joue droite barrée d’une horrible balafre, avait, à ce que l’on disait, servi aux hussards de Chamborand sous le règne de Louis XVI. On prétendait même qu’il avait combattu contre la République en Vendée, aux côtés du Prince de Talmont et qu’il avait réussi à s’échapper de la lente agonie qui avait détruit l’Armée Catholique et Royale à la fin de la Virée de Galerne pour, finalement, rejoindre les troupes Impériales. Dans quelques instants ils allaient devenir des officiers. Officier ! Jamais Pierre n’en aurait rêvé et pourtant il fulminait. Quitter la Garde, rentrer dans « le troupeau », même avec une épaulette ! Ah ça non !

Le temps était suspendu. Les minutes s’étiraient interminables. Enfin on entendit comme une rumeur, puis une clameur et le bruit du choc des sabots ferrés sur le pavé. Un peloton de Gendarmes d’Elite passa au trot.

- Présentez… Armes ! Les sabres se collèrent aux mentons, lames tournées vers le ciel grisâtre.

Monté sur un cheval blanc, enveloppé dans sa capote grise, chapeau vissé sur le crâne, l’Empereur apparut : A sa droite les Maréchaux Bessières et Lannes qui se haïssaient, à sa gauche, le mamelouk Roustam, tout de suite derrière, l’escorte de Chasseurs à Cheval de la Garde mousquetons au poing. Après, une nuée d’officiers, Généraux et Aides de Camps et, parmi eux Lepic.

La troupe s’arrêta. Napoléon s’avança seul vers les hommes qui attendaient. Parfois il s’attardait pour échanger quelques mots, parfois il se contentait d’examiner un visage. Il passa devant Pierre sans paraitre lui prêter attention et, soudain, il revint sur ses pas. Ses yeux noirs fixèrent ceux de Pierre qui, malgré lui, se sentit intimidé. L’Empereur semblait lire en lui.

- Ton nom ? Pierre avait presque du mal à comprendre l’Empereur car il parlait très vite, de manière saccadée, avec un terrible accent Corse.

- Maréchal des Logis-Chef Desbois, 1er Escadron du Régiment des Grenadiers à Cheval de la Garde, Mon Empereur. Napoléon continua de le scruter, silencieusement. Tout d’un coup sa voix jaillit, comme un projectile.

- Tu n’es pas content ? Tu vas être officier, toi une bourrique de paysan ! Que veux-tu de plus « coglione » ?

- Je veux rester dans votre Garde, même comme simple Grenadier.

Napoléon se tourna vers le Maréchal Bessières.

- Voyez-vous ça Bessières, il demande à être dégradé ! Lepic ! Appela l’Empereur. Le Colonel Général s’approcha rouge de colère. Quel est ce bougre qui ne veut pas devenir officier ?

- C’est Desbois, Sire, bon soldat mais tête dure.

- Que fait-il dans votre régiment ?

- Il commande un peloton en attendant que l’on remplace son Lieutenant tué à Eylau.

- Bene, bene. Il est efficace ?

- Assez Sire, il faudrait simplement qu’il apprenne la discipline.

- Je vois. Napoléon, la tête baissée, comme rentrée dans son cou se tourna vers Pierre l’air furibond. Je vais t’apprendre à obéir moi. J’ai dit que tu serais officier, tu seras officier !

- A vos ordres mon Empereur répondit Pierre dompté. Napoléon releva la tête avec un léger sourire et laissa le silence s’installer. Puis il reprit, l’air malicieux.

- Mais puisque tu es efficace à la tête de ton peloton, tu vas le garder. Je te nomme sous-Lieutenant de mes Grenadiers à Cheval. Lepic apprenez-lui donc à obéir !

- Merci Mon Empereur ! exulta Pierre.

- Apprenez d’abord à vous taire ! Tâchez de ressembler à un Officier puisqu’il parait que vous en êtes devenu un, lui lança Lepic en le foudroyant du regard.

Pierre n’avait pas encore réalisé qu’il était devenu un officier de la Garde, que l’Empereur, remontant la colonne avait disparu dans un rire sonore. Satisfait, il apostropha Lepic :

- Lepic, formez m’en 1000 comme ça et je dîne à Londres !

- Oui, mais tenez-lui la bride courte lança le Maréchal Lannes à Lepic, il pourrait prendre des idées, comme un autre sous-lieutenant que j’ai bien connu, il regarda Napoléon… Et rêver de s’assoir sur ton trône, mon Empereur. Lannes était le seul Maréchal qui tutoyait Napoléon.

- Cono ! Impossible il n’est pas Corse plaisanta l’Empereur d’excellente humeur.

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