Margeride 20 novembre 199… Charlotte
Au milieu de l’après-midi, Charlotte et Rignac se rendirent au village. Malgré le froid, ils se promenèrent dans les ruelles vides, entre les maisons de pierre grise. Ils arrivèrent à l’Eglise, elle était fermée. Rignac frappa à la porte de la cure. Ils allaient repartir lorsqu’un homme, sans doute un peu plus jeune que Rignac ouvrit. Il avait le teint mat, les cheveux noir réunis en catogan, la barbe courte. Il portait un jean et des mocassins souples.
- Bonjour Padre lança Rignac sous le regard interloqué de Charlotte. Oui, je te présente le Père Abraao Arhana, curé de Rignac. C’est vrai qu’il n’a pas la tête de l’emploi mais il faut le comprendre, il a grandi dans les favélas de Rio.
- Bonjour Mademoiselle, savez-vous que cet individu, c’est le Diable ? Rétorqua le Père Arhana. Le curé tomba dans les bras de Rignac. S’adressant à Charlotte, il reprit. Vous savez que tous les deux on a fait les cent coups ! On a joué au rugby comme des voyous, couru les filles… enfin il m’a entrainé dans ses vices, alors que j’étais jeune et innocent ! Et puis il est parti faire le marin et moi au séminaire.
Charlotte regardait le visage du prêtre qu’elle trouvait incroyablement beau.
- Bon, tu nous fais entrer Padre, la Miss va geler sur place !
La pièce principale de la cure était surchauffée par un gros poêle en fonte noir. Ils s’assirent et le curé sortit une bouteille du buffet et trois verres. Ils burent un breuvage assez liquoreux au gout d’herbes.
- Le Padre s’est passionné pour l’Abbé Dosière. Tu continues à écrire ton bouquin ?
- Oui, j’en arrive à la Restauration. Dosière a vécu très vieux, vous savez. Il est mort en 1839, il avait 97 ans. Comme il n’était ni Bonapartiste, ni Légitimiste, il a été oublié, la Guerre d’Indépendance Américaine, c’était bien loin et puis, ici… Il a eu sa petite heure de gloire, bien triste pour lui d’ailleurs, l’enterrement de Pierre. Ce n’est que bien plus tard, après l’accession au Trône de Louis-Philippe, que l’on se souvint de lui. Le Roi le fit venir à Paris en 1836, pour le 60ème anniversaire de l’Indépendance Américaine et le décora de la Légion d’Honneur. Elle est rouge, comme la Croix de Saint Louis que lui avait donnée, Rochambeau… la boucle était bouclée.... Regardez. Arhana ouvrit de nouveau le buffet et en sortit un coffret avec, à l’intérieur deux rubans rouges, l’un portant une croix à Fleurs de Lys, l’autre une étoile à cinq branches, ornée de décors bleu blanc rouge. Vous vous intéressez à ça Charlotte ?
- Je trouve toute cette histoire fascinante et j’aime beaucoup le personnage de Dosière.
- C’était un sage, il a eu la gloire mais il a choisi finalement la solitude et l’étude… Le contraire de Pierre. En fait, Pierre fut un éclair. Il brilla puis disparu. Ceux qui firent la lignée des Desbois ce furent Ljubica et Dosière. Ljubica, la jeune Serbe ramenée par Pierre et Dosière qui lui apprit le Monde comme il l’avait apprit à Pierre. Mais si Pierre ne songeait qu’à la guerre, Ljubica avait compris que ce qui comptait, c’était les affaires.
- Ljubica… qui était-elle ? Comment est-elle venue ici ? Il ne m’a rien dit. Quel endroit étrange on a l’impression que des destins se croisent.
- Oui Ljubica est apparue dans la vie de Pierre de manière assez étrange, c’est le moins qu’on puisse dire. En 1809, après Wagram, il était Capitaine, toujours dans la Garde : les fameux Grenadiers à Cheval.

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