Belgrade été 1809 - Pierre

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Pierre appuya lourdement ses mains sur la table du cabaret. Il tenta de se mettre debout. Il retomba lourdement sur la banquette en bois, manquant de la renverser. Il s’efforça de réveiller Janko qui ronflait, la tête posée sur la table mais, autant essayer de ressusciter un mort ! Il se saisit d’un broc et s’aspergea le visage dans l’espoir de reprendre ses esprits. Quelques clients les regardaient en échangeant des plaisanteries. Le sergent Serbe qui les avait accompagnés dans leur virée jusqu’à cette auberge à l’écart de la ville tenta de le retenir par le bras tandis qu’il allait vers la porte. Lorsqu’il sortit Pierre eu l’impression que l’homme faisait un rapide signe de croix, de droite à gauche, à la manière orthodoxe. Il sortit, l’air frais lui fit du bien. L’alcool ingurgité se dissipait un peu.

Une brume légère recouvrait la campagne. La pleine Lune tentait d’éclairer un ciel noir presque sans étoiles. Au loin on distinguait la masse sombre de Belgrade, avec seulement quelques lueurs légèrement estompées. Maladroitement, Pierre enfonça sa botte dans l’étrier et se hissa avec peine sur le dos de Tamerlan. Lorsque le cheval se mit en marche, Pierre eut un haut le cœur. Il réussit à se maîtriser. Heureusement, Tamerlan pouvait se passer des indications de son cavalier. Tranquillement l’animal se mit à avancer sur le chemin caillouteux qui conduisait à Belgrade. Ils s’enfoncèrent dans un bois qui laissait à peine le passage à l’homme et à sa monture.

Il parvint à s’extirper du corridor végétal, une branche lui fouetta le visage, lui rendant un peu de lucidité. Une grande clairière s’ouvrait devant lui. Il éperonna Tamerlan. L’animal renâcla, refusant d’avancer. Pierre piqua plus fort. Les oreilles couchées la bête se cabra. Par miracle il réussit à rester en selle. Il chercha à comprendre ce qui effrayait le cheval. Il scruta la prairie qui s’étalait devant lui mais ne distingua rien. Le sol était très sombre, mal éclairé par la lune pale, seules quelques formes allongées légèrement plus claires, rondins ou rochers, lui donnaient un peu de relief. Tamerlan sembla se calmer un peu et avança prudemment. Pierre ne se sentait pas vraiment bien, il eut l’impression que le sol bougeait, se dérobait. Tamerlan fit un écart brutal, il chuta lourdement. Il crut avoir des hallucinations la prairie se soulevait et puis, il comprit, les formes allongées étaient des hommes, ils avançaient vers lui armés de fourches et de bâtons. Il sortit son pistolet de sa ceinture et, encore à terre, il tira sur la silhouette la plus proche. Son bras engourdi par la chute dévia le coup, manquant largement l’assaillant. Il tenta de se relever et d’attraper son poignard mais un coup le rejeta à terre. Ils étaient sur lui les coups pleuvaient, il essayait de se défendre, coups de pieds, coups de poings qui, parfois atteignait une forme et lui arrachait un cri de douleur. Mais ses forces l’abandonnaient, un choc au front lui ouvrit l’arcade sourcilière, le sang se mit à couler. Il allait se faire massacrer ici, loin de la gloire, loin des champs de bataille, c’est idiot songea-t-il. Et puis, il n’y eu plus rien. C’est donc ça la mort ? Ce n’est pas si terrible… Une forme blanche s’approchait. Un ange ? Puis ce fut le néant.

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