Belgrade Été 1809 – Pierre
La douleur était lancinante, obsédante et d’autant plus insupportable qu’il était plongé dans des ténèbres épais. Pierre tenta de se redresser, une lame de feu traversa son crane et lui arracha un gémissement. La tête retomba lourdement. Il perdit de nouveau connaissance.
Il n’aurait su dire depuis combien de temps il était là lorsqu’il lui sembla entendre des pas légers. Puis ce fut le grincement d’une serrure et un trait de lumière diffuse se dessina, il s’élargit en une porte et une silhouette claire apparut tenant une lanterne à la main. Pierre ne distinguait qu’une vague forme claire, la lueur, même faible ravivait son mal de tête. Il n’avait pas peur, il était résigné. Si cette apparition signifiait sa mort, et bien soit, au moins il pourrait se reposer. Une main douce se posa sur son avant-bras, une voix féminine, chaude, avec un accent étrange, légèrement chantant prononça quelques mots qu’il ne comprit pas. Il réussit à se dresser sur ses coudes. Une femme brune se penchait sur lui, il ne parvenait pas à discerner ses traits mais, au son de sa voix, elle lui sembla jeune. Il essaya de lui parler en Français, n’obtenant aucune réaction. Il tenta quelques mots d’Allemand, langue qu’il connaissait un peu. La femme lui répondit avec une maitrise tout aussi approximative que la sienne de cette langue.
- Merci dit Pierre, où je suis ?
- Vous, en sécurité, moi aider vous. Vous attaqué par bandits, village là-bas, bandits, très méchants, beaucoup tuer pour voler.
- Que s’est-il passé ?
- Eux sûrement avoir espion dans taverne. Quand voir vous partir seul, eux tendre piège.
- Est-ce vous qui m’avez sauvé ? Comment ?
- Eux croire moi être non-mort, eux très peur de moi… longtemps eux tuer ma famille, Papa, Maman, mes frères… Rignac cru entendre un sanglot. Après un temps d’arrêt la voix repris. Eux croire tuer moi aussi, me jeter dans trou avec famille moi et jeter terre. Mais moi pas morte, gratter terre et eux apercevoir moi nuit tombée. Eux très, très peur, depuis eux jamais venir jusqu’ici.
- Vous vivez là, seule ?
- Oui, moi toute seule. Un jour oseront venir nombreux et tuer moi… mais moi me battre elle sortit un long couteau qui semblait d’origine Ottomane et le montra à Pierre.
- Je suis un soldat, je viens de France, il faut que j’arrive à retrouver mon escorte et je vous emmènerai avec moi, vous m’avez sauvé la vie, à mon tour maintenant.
Le regard de la femme s’éclaira, maintenant s’habituant à la pénombre, il distinguait mieux ses traits, un visage à l’ovale régulier, de grands yeux légèrement en amande, des cheveux noirs ondulés, la peau mate. Très jeune, probablement pas vingt ans. Pierre réfléchit, il commençait à reprendre ses esprits.
- Mais comment avez-vous réussi à m’amener ici, toute seule ?
Elle eu un petit rire.
- Je me demandais bien… Après eux fuir, moi mettre longtemps à réveiller vous, avais peur qu’eux reviennent, je pensais eux pas loin, eux peut-être regarder. Alors moi mettre bouche sur cou vous et vous finir par reprendre vos esprits et vous arriver à marcher… je pense eux croire moi changer vous en non-mort eux sûrement très, très peur.
Pierre ne se souvenait de rien, il avait dû tomber comme une brute sur la couche où il reposait à présent.
- Pierre dit-il en se désignant du doigt qu’il pointa ensuite vers elle.
- Ljubica.

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