Mende 23 novembre 199… - Cécile et Vanessa
Au grand soulagement de Vanessa, la conduite de Cécile, toujours rapide, avait été moins spectaculaire que la veille. La jeune Capitaine se contentait d’enchaîner les virages avec souplesse et efficacité.
Vanessa n’avait pu réprimer un rire en voyant Cécile apparaître avec son bel uniforme de sortie, vareuse bleu-marine impeccable, jupe, escarpins et… coiffée du fameux tricorne réglementaire pour les personnels féminins de la Gendarmerie. Elle-même avait fait un effort de toilette pour rencontrer les huiles locales, jean bien sûr, mais sa veste en tweed lui donnait un peu de chic, ainsi qu’un foulard Hermès, une folie qu’elle s’était offerte pour la Saint Valentin en se disant que l’on n’est jamais mieux servi que par soit même, surtout lorsque l’on est célibataire. Elle avait soigné son maquillage léger et se trouvait vraiment pas mal du tout.
- Oh ça va lui avait lancé Cécile, lâchant un sifflement d’admiration devant le nouveau look de la commissaire. Tu veux draguer le colonel ?
- Eh pourquoi pas ! Mais dis donc tu en as des breloques sur ta veste. C'est pas trop lourd ? Elle pouffa.
- Non sans une certaine fierté, Cécile fit l’énumération en désignant d’abord son insigne d’instructeur commando et son brevet parachutiste puis les rubans colorés qui ornaient la partie gauche de sa veste. Valeur Militaire avec étoile de bronze, Outre-mer, agrafe Mali et Défense Nationale, agrafes Sarajevo et Légion Etrangère, celle-là tu sais comment on l’appelle ? Devant la grimace d’ignorance de Vanessa, elle reprit c’est la « Cochonnou » à cause de ses couleurs.
- Dis-donc, tu es une vraie guerrière ! Tu as même été dans la Légion ???
Cécile lui fit un clin d’œil.
- Non, je te rassure... j'étais seulement affectée à la prévoté du 2ème Etranger d'Infanterie à Sarajevo... mais faut croire que leur colonel a apprécié mon boulot, j'ai eu droit à l'agrafe et même, elle montra un chevron vert cousu sur la manche de sa vareuse à la distinction de 1ère classe d'honneur de la Légion... bon peut-être aussi qu'ils ont trouvé que je faisais une bonne mascotte. Elle rit. Tu vois, faut pas se fier à mon tricorne, tu comprends pourquoi je préfère être tête nue ou en bonnet de police.
La Renault "Gendarmerie" se présenta devant la grille du groupement départemental et le planton leva la barrière en saluant. Cécile se gara devant le PC. Un Adjudant sortit du bâtiment, s'apprétant manifestement à lui ordonner d’aller plus loin. Il se figea à la vue du bas de ses manches ornées des galons de Capitaine et claqua un garde à vous impeccable assorti d’un sonore « mes respects capitaine ». Il ignora cependant ostensiblement Vanessa, en civil, donc, à ses yeux sans importance. Cela agaça fortement Cécile. D’un ton sec elle demanda à l’Adjudant ou était son képi, l’autre, sortit tête nue, bredouilla. Cécile lui demanda, toujours sur le même ton, en désignant Vanessa, si ce serait un trop grand effort pour lui de saluer un commissaire de police. Décomposé il s’exécuta et les deux femmes le plantèrent là, ahuri. Vanessa avait du mal à garder son sérieux.
- Eh bien, ma belle, tu fais pas rire... une chance qu'on soit copines !
Cécile, sourit tout en avançant dans le couloir.
- Je n’aime pas ce genre de types, ils ont besoin qu’on les remette à leur place. Quand j’ai pris le commandement de la compagnie à Marvejols, le colonel Salvi m’a mise en garde, il m’a prévenue que la plupart des gars étaient très bien mais que mon adjoint était une tête de con qui rêvait de ma place et qu’il avait une petite cour de vieux rouleurs de mécanique.
- Et ça ne t’a pas donné envie de partir à toute jambes ?
- Au contraire, j’avais concocté mon coup. Je savais aussi que la vie à Marvejols était tranquille, tranquille pour ces quelques vieux de la vieille, plus performants au bistrot que sur le terrain et que le boulot était fait par les plus jeunes gendarmes qui étaient désespérés que le nouveau capitaine soit une nana, donc, pensaient-ils, incapable de remettre de l’ordre.
- Et alors.
- Et bien le matin qui a suivi ma prise de commandement, j’avais ordonné "rassemblement" de tout le monde dans la cour, en tenue de sport. J’avais pris soin que personne ne voit mes « breloques » comme tu dis. Et on est parti en petite foulées. Je les ait fait cavaler jusqu’à ce qu’ils crachent leurs poumons, moi j’étais à peine échauffée. Quand on est rentrés à la caserne, je ne leur ai pas laissé un instant, séance de close-combat. J’avais choisi, bien sûr, comme adversaire mon adjoint, très fier de sa réputation de bagarreur. Il a pas été déçu du voyage... Après, tout s’est super bien passé, mon Adjoint à finalement choisit de prendre sa retraite, il a été remplacé par un major qui est très bien, et tout le monde s’est mis au boulot. A oui... après le bâton, la carotte, une fois la séance pêchue terminée, je les ai tous envoyés se mettre en tenue et un magnifique apéro offert par mes soins, je me suis ruinée… les attendait. J’ai bu un whisky, je ne voulais pas passer pour une petite nature et ensuite, de l’eau, en expliquant que trop d’alcool coupait les jambes et les réflexes…
Vanessa découvrait avec plaisir et étonnement la face cachée de cette fille surprenante.
- Tu caches bien ton jeu avec ton allure de mannequin.
- Tu dis ça pour mes grands pieds et ma petite poitrine ?
Vanessa pouffa.
- Très mignons tes pieds, surtout avec ton vernis rouge !
Une voix avec un accent Corse à couper au couteau tonna.
- Ça va l’ambiance est bonne ? Vous pressez surtout pas ! J’ai tout mon temps.
Un homme râblé, solide, droit comme un « I » avec une barbe taillée très court, arborant les galons de lieutenant-colonel, était sorti d’un bureau et les regardait l’air sévère, mais une pointe d’amusement dans l’œil.
- Mes respects mon Colonel. Je vous présente le Commissaire Vanessa Dandier, commissariat du VIIème arrondissement de Paris.
Le colonel rendit le salut et s’approcha de Vanessa pour lui serrer la main.
- Bonjour Madame le Commissaire, heureux de vous accueillir, je suis le lieutenant-colonel Salvi.
- Bonjour Colonel, heureuse de faire votre connaissance.
Vanessa fut éberluée lorsque le colonel avec un air malicieux, embrassa Cécile puis fit de même avec elle en lui lançant :
- Salut Gamine, content de voir que tu as l’air de bien t’entendre avec "Miss tête de lard" que j’adore. Si tu savais comme je l’ai engueulée quand elle est venue s’enterrer ici, elle, une Saint-Cyrienne. Mais je suis content de l’avoir avec moi avant qu’elle parte vers les hautes sphères… Au fait t’as vachement intérêt à réussir l’Ecole de Guerre Cécile ! Bon allons prendre l’apéro, à propos, Vanessa, ton homologue nous rejoindra pour le café, pas libre pour déjeuner, on se passera de lui, j’espère que tu supporteras d’être seule avec des gendarmes.
- No problem, Pierre, ravie de ton invitation ! Cécile eut un petit sursaut en l’entendant appeler le colonel par son prénom et le tutoyer. Salvi partit d’un grand éclat de rire.
- Décidément, tu n’es pas militaire ! Mais c’est sympa, ça faisait longtemps qu’une jolie fille m’avait pas dis « tu » et appelé par mon prénom.

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