Mende 23 novembre 199… - Cécile et Vanessa

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Le repas servi dans la salle à manger particulière de Salvi avait été simple mais des plus roboratifs. Après un whisky Irlandais que Cécile prit sec, tandis que Salvi, imité par Vanessa l’avait détendu d’un peu d’eau fraîche, un gendarme, en veste blanche avait apporté un solide assortiment de charcuteries où les spécialités de Lozère étaient complétées par une figatelle que le colonel faisait venir spécialement de son village Corse. Une daube de sanglier était arrivée, suivie d’une imposant plateau de fromages. Les convives, à l’exception de Cécile, avaient fait l’impasse sur la tarte au noix et Vanessa se demanda où la svelte capitaine pouvait mettre tant de nourriture. Elle s’était jetée sur le café, espérant qu’il l’aiderait à digérer, tandis que Cécile et le colonel buvaient un myrte.

Ce n’est que vers la fin du repas qu’ils abordèrent l’enquête. Salvi écouta avec attention les explications des deux femmes. Il ne disait rien se contentant de hocher la tête par moment, ses yeux était vifs, concentrés. Lorsque Cécile et Vanessa eurent terminés leurs exposés en évoquant la troublante coïncidence de la DS, Salvi sembla contrarié.

- Très ennuyeux tout ça. Tu le sais, Cécile, je connais très bien le Baron de Rignac, nos liens sont forts.

- Oui, mon colonel, je sais.

- Tu sais aussi que, quelle que soit mon affection pour lui, s’il a commis un crime, je ne le protégerai pas. Je m’assurerai seulement qu’il soit traité avec équité.

- Je n’ai aucun doute là-dessus mon Colonel, euh… moi-même je ne le déteste pas…

- Je sais aussi.

- Pierre j’ai toute confiance en toi déclara Vanessa. Cécile leva les yeux au ciel, elle continuait à commettre le sacrilège de tutoyer un colonel !

- Merci Vanessa. Salvi semblait touché par la réaction de la jeune policière. Peut-être n’avait-elle pas les codes mais elle avait le bon esprit songea-t-il. Vanessa puis-je encore te demander quelque chose ? Voilà, ton collègue le commissaire principal Louval va arriver d’ici un instant, d’ailleurs il est déjà en retard… peux-tu éviter de lui parler de la DS. Je ne voudrais pas qu’il se saisisse de cette information pour le seul plaisir de faire les titres de la presse à scandale ?

- Bien sûr Pierre, compte sur moi. D’ailleurs ajouta-t-elle, avec un clin d’œil, ce n’est dans aucune procédure, juste entre nous trois, donc pas de problème. Simplement il faudra peut-être lui expliquer pourquoi questionner Rignac ? Elle réfléchit un instant. Nous pourrions simplement dire que ses terres ne sont pas loin et que nous voulons vérifier que lui ou ses employés n’ont rien remarqué ?

- Parfait, tu es vraiment une chic fille, ça m’étonne pas que tu sois devenu si vite copine avec Cécile. Je vous propose de vous accompagner pour voir Rignac chez lui… en mode visite de courtoisie. Bon je sais, commissaire, c’est pas très régulier mais es-tu vraiment à cheval sur les règles ?

- Non, Pierre, seulement sur la justice.

Le colonel se tourna vers Cécile.

- Elle est vraiment bien cette petite, elle mériterait d’être gendarme.

- Oui, elle est super, mais gendarme, elle ? militaire ? Ça non, pensez mon Colonel, elle serait capable d’appeler un colonel par son prénom et de le tutoyer.

Salvi eu un grand éclat de rire.

- Tu as raison, Cécile, qu’elle reste comme elle est… mais tu es un peu jalouse parce que mon charme agit encore sur une jeunesse.

L’adjudant que Cécile avait rabroué, apparu dans l’encadrement de la porte.

- Mes respects mon Colonel, le Commissaire Principal Louval demande à vous voir.

- Qu’il vienne Boissier, merci.

Tandis que l’Adjudant allait chercher le commissaire, Salvi qui avait remarqué le regard mauvais du sous-officier en direction de Cécile, lui demanda :

- Boissier n’a pas l’air de te porter dans son cœur.

- Oh, Mon Colonel, nous avons eu une petite discussion quand nous sommes arrivés…

- Ok, je te connais, tu l’as pulvérisé de ton regard qui tue. Tu es vraiment une peau de vache… Non, je blague, tu as eu raison, c’est un con.

Le « con » réapparu et annonça le Commissaire Principal Louval. Le « collègue » de Vanessa pensait probablement que sa veste en cuir et ses Santiags, ainsi que l’étui du 357 magnum sous l’aisselle suffisaient à le faire ressembler à Belmondo, mais pour cela, il lui aurait fallu pas mal de kilos en moins et quelques cheveux et quelques muscles en plus… Il salua à la ronde.

- Bonjour mon Colonel, bonjour Capitaine, Salut collègue. Moi c’est Robert.

- Heureuse de te connaitre… Vanessa avait la nette impression que l’homme la déshabillait du regard. Pouha songea-t-elle.

Louval, s’installa avec emphase à coté de Vanessa qui leva les yeux au ciel discrètement. Pour un policier de plus de cinquante ans, ce poste en Lozère, dans un département très rural, essentiellement sous la juridiction de la Gendarmerie, n’était vraiment pas une promotion. C’était la conclusion logique d’une carrière très médiocre au cours de laquelle il avait seulement réussi à passer entre les gouttes sans commettre de bêtise majeure. A présent il en prenait son parti, se plaisant à jouer les « grands flics » pour draguer quelques jeunes femmes un peu trop crédules. Lorsqu’il avait vu arriver dans le département la jeune et attirante capitaine de Falquières, il avait commencé à fantasmer et avait trouvé des prétextes pour aller à Marvejols, lui qui détestait cet endroit sauvage. Il avait tenté quelques allusions un peu lourdes mais le regard glacial de Cécile l’intimidait et l’avait arrêté dans ses élans. Il avait définitivement renoncé en apprenant comment le jeune capitaine avait maté ses hommes récalcitrants. Il s’était mis à la détester secrètement mais n’osait pas manifester sa rancœur car il avait compris sa proximité avec le colonel Salvi qui lui inspirait une certaine crainte qu’il avait du mal à s’expliquer. Le colonel était toujours parfaitement courtois mais il y avait quelque chose d’inquiétant chez ce Corse impassible.

Salvi pris la parole et de manière très naturelle, il déclara que les procureurs de Paris et de Mende s’étaient accordés pour regrouper les procédures sous l’autorité du Parisien et que le commissaire Dandier et le Capitaine de Falquières étaient chargés de l’enquête, en relevant directement de son commandement. Il ajouta qu’il avait rendu compte au préfet qui lui avait donné carte blanche. Louval avait tiqué mais sans oser dire quoi que ce soit, la mention des procureurs et du préfet, qui paraissait beaucoup apprécier Salvi avec lequel il chassait, l’avait incité à la prudence. Salvi repris :

- Naturellement, monsieur le Commissaire Principal, je vous tiendrai informé. Sous la formulation courtoise, Salvi signifiait au policier qu’il ne voulait pas que celui-ci s’en mêle.

Louval compris le message et pour ne pas perdre la face, il acquiesça expliquant qu’il n’aurait pas beaucoup de temps pour les aider et que cette organisation lui convenait bien. Salvi se demanda intérieurement ce qui pouvait bien occuper les journées de Louval.

Vanessa s’amusait beaucoup intérieurement elle songea que le vieux colonel avait gardé ses cartes dans sa manche… Salvi lui donna alors la parole puisqu’elle suivait l’affaire depuis le début. Elle exposa clairement l’état des investigations, omettant la question de la DS. Salvi apprécia la clarté et la précision de la synthèse et songea que ce duo Vanessa – Cécile allait être redoutable. Ces deux-là étaient promises à un bel avenir. Il se dit qu’il ne connaissait pas encore bien Vanessa mais que Cécile l’étonnait car il cherchait vainement ses faiblesses qui, pourtant devait bien exister. Il se demanda si la jeune capitaine n’était pas trop exigeante avec elle-même et se dit qu’il faudrait qu’elle se ménage, il l’avait senti devant le cadavre, mais comment le faire comprendre à cette tête de pioche ? Peut-être Vanessa pourrait-elle lui donner un coup de main pour convaincre Cécile d'être un peu moins dure avec elle-même.

Louval que le dossier d’enquête intéressait peu contemplait Vanessa. Il se dit que cette jeune collègue était pas mal du tout, certes il l’aurait préféré plus provocante, mais elle avait vraiment quelque chose et, avec son aspect fluet et juvénile, elle l’impressionnait moins que cette pimbêche aristo de capitaine de Falquières. Il s’enhardit au point de poser la main sur le genou de Vanessa sous prétexte de la complimenter pour son travail. Une légère rougeur apparu sur les joues de la jeune femme que Louval pris, à tort, pour de la timidité. En fait Vanessa était en train de se demander si elle allait lui tirer une balle dans la tête ou bien le tuer à mains nues. La seconde solution lui semblait la plus tentante. Cécile qui avait vu le manège laissa d’abord la jeune policière essayer désespérément d’éviter les avances de Louval. Celui-ci s’enhardissait et parlait à quelques centimètres du visage de Vanessa qui commençait à suffoquer sous les relents de Pastis que charriait l’haleine de Louval. Cécile pris pitié. Avec une maladresse feinte, sous prétexte de montrer un document au policier, elle accrochât la cafetière posée sur la table basse et en renversa le contenu bouillant sur les jambes de Louval qui poussa un hurlement de douleur. Cécile joua la désolation avec une sincérité qui aurait pu lui valoir une nomination aux Oscars.

- Oh, Monsieur le Principal, je suis trop maladroite, vraiment pardonnez-moi, je suis désolée.

- Ce n’est rien capitaine grommela Louval grimaçant de douleur et contemplant son pantalon trempé. L’incident poussa le commissaire principal à se retirer prétextant de nouveau sa charge de travail. Il maudit intérieurement Cécile et se demanda s’il n’y avait pas eu complicité des deux femmes à ses dépens. Pour une fois, le commissaire principal Louval manifestait un semblant d’instinct... Furieux, mais s’efforçant de rester cordial, il se battit en retraite en concluant intérieurement que Cécile et Vanessa étaient probablement deux "salopes de gouines mal baisées", les contradictions contenues dans cette proposition ne l’arrêtant pas. Salvi qui avait bien vu le manège qui lui avait évité d’intervenir se mordait les lèvres pour combattre un irrésistible fou rire.

Dès que Louval eu disparu, le trio ne se retint plus et Salvi déclara aux deux femmes qu’il préférait ne pas les avoir pour ennemies. Il leur conseilla cependant de se méfier de Louval qui pouvait être rancunier. Ils restèrent encore quelques instants à échanger puis Cécile et Vanessa prirent congé et Salvi annonça qu’il viendrait à Marvejols le lendemain et qu’ils iraient voir Rignac ensemble.

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