Marvejols – 23 novembre 199… Cécile

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Malgré le crépuscule, les deux femmes décidèrent de passer par la scène de crime où Cécile avait placé une garde de trois hommes, relevés toutes les quatre heures, au cas où quelqu’un reviendrait traîner par là. Cécile gara sa Renault juste au-dessus du ruisseau. A la nuit tombante les lieux étaient encore plus sinistres, chaque arbre semblait menaçant.

- Zut, dit Cécile, avec ma tenue de sortie j’ai pas pris mon arme… enfin, il y a la garde… et j’ai juste ma vareuse, je vais me cailler.

- Pardon ? J’y crois pas… Toi tu peux avoir froid ? Tu serais donc un peu humaine… question arme, j’ai ce qu’il faut… Vanessa lui montra l’étui du Walter à sa ceinture.

- Dis-donc, tu n’as pas l’artillerie de ton cher collègue, moins voyant ton joujou…

- Mais super efficace dans mes mains, ma belle, et arrête de me parler de cet individu. Au fait merci, tu as été super, moi je me préparais à lui éclater la tête et j’allais avoir de gros ennuis…

Cécile lui donna une bourrade amicale assortie d’un clin d’œil et prit une puissante lampe tactique dans la boite à gants. Elle troqua ensuite ses escarpins contre une paire de bottes tirée du coffre. Les deux amies entreprirent de descendre le raidillon et Vanessa envia une fois de plus Cécile qui, malgré sa tenue de sortie, elle avait tout de même laissé le tricorne dans la voiture, se jouait des pierres gelées d’un pas souple et rapide. Elle se demanda si cette fille n’était pas un être surnaturel. En arrivant au ruisseau, le capitaine l’avait largement devancée, Vanessa lui dit avec un rire un peu essoufflé.

- Dis donc, rassure-moi… y a un truc que tu sais pas faire ? Je récapitule, physiquement tu es une bombe atomique, avec ce que tu engloutis, je serais une grosse vache, tu conduis comme Vatanen, tu es brevetée commando, tu cuisines divinement… y a quand même bien un truc que tu fais de travers ?

- Non, vraiment je vois pas rétorqua Cécile en pouffant, je pense que je suis un être supérieur. Tu connais Galadriel, la reine des Elfes dans Le Seigneur des Anneaux ? Et bien c’est moi.

- Non je connais pas mais j’ai trouvé, ton défaut c’est que tu es trop modeste répliqua Vanessa, suffisamment hilare pour presque oublier ce lit de ruisseau sinistre, figé par le gel, plongé dans la pénombre.

- Je te prêterai le bouquin, c’est super ! Bon où sont mes gars. Ohhh y a quelqu’un ?

Un « présent capitaine » retentit et un gendarme apparu de derrière un buisson. C’était le dernier affecté à la compagnie, un jeune sortant d’école.

- Mais qu’est-ce que vous foutez, Furlon, à vous promener tout seul ? Où sont le chef et Grangier ?

- Et ben, j’étais allé pisser capitaine et le chef Rebottet et Grangier sont allés reconnaître les environs.

- Mais bordel, en quelle langue il faut que je vous le dise, vous ne restez jamais seul ! Vous avez vu l’état du type qu’on a retrouvé hier ? Rebottet, Grangier, au rapport tout de suite, le ton de Cécile était sec, Vanessa fut étonnée d’entendre combien sa voix portait.

Elle observa le jeune gendarme, et le sentit décomposé, non pas tant de s’être fait remonter les bretelles par le capitaine mais de l’avoir déçue. Les deux autres gendarmes rappliquèrent au petit trot. Le maréchal des logis chef Rebottet, un homme jovial dont le tour de taille était un peu large n’avait pas l’air très à l’aise et, effectivement la tempête se déchaina. Pas de cri surexcité mais un ton sec, froid, tranchant qui figea sur place le sous-officier.

- Rebottet, vous êtes irresponsable ! Vous, un Maréchal des logis chef, vous laissez un de vos hommes, un bleu en plus, seul, dans une zone dangereuse, avec un tueur dans la nature. Vous avez un pois chiche en guise de cerveau. Bon en position tous les trois pour une série de trente.

Sous le regard ahuri de Vanessa, les trois hommes se mirent au sol en position de pompes, face à Cécile qui comptait, exécutant la punition en même temps qu’eux. La capitaine se releva avec aisance, quelques traces de neige sur sa vareuse mais l’exercice l’avait visiblement beaucoup moins affectée que les trois hommes.

- Bon, l’incident est clos. Cécile donna une claque amicale dans le dos du jeune gendarme, et Vanessa sentit le soulagement chez l'homme.

Les deux femmes observèrent un peu l’endroit mais la nuit, maintenant épaisse, ne facilitait pas leur inspection. Vanessa monta un peu dans la pente et remarqua, un peu plus haut, un buisson qui paraissait écrasé. Elle fit signe à Cécile et sortit son pistolet pour aller voir. Cécile balayait l’endroit de sa lampe tactique tandis que les trois gendarmes surveillaient. Vanessa redescendit et rangea son Walter.

- C’est ce que je pensais, le buisson a été couché, comme si on avait trainé quelque chose, et j’ai l’impression que ça continue encore plus haut. Mais bon, il fait trop noir pour explorer on verra ça demain, après la visite à Rignac.

- Oui, et puis tu sais quoi, je commence à me cailler…

Les deux amies furent heureuses de se retrouver dans l’appartement douillet de Cécile. Elles n’avaient pas vraiment faim et se contentèrent de thé et de sablés Bretons, assises dans le divan du salon. D’un accord tacite, elles décidèrent d’oublier l’enquête et la conversation tourna autour de leur gout pour les livres. Vanessa confia à Cécile sa passion pour Simenon et celle-ci alla chercher dans sa bibliothèque une magnifique édition illustrée du Seigneur des Anneaux. Elles plaisantèrent sur le fait de savoir si Cécile était bien une Elfe et Vanessa refusa tout net d’être assimilée à un hobbit assurant qu’elle n’avait pas les pieds poilus. La fatigue finit par les rattraper et chacune retrouva sa chambre.

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