Village de Rignac 25 novembre – Cécile et Vanessa

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Grâce à l’intervention de Salvi, la Cellule d’Identification Criminelle, initialement attendue seulement le lendemain, serait finalement sur place dès le début de l’après-midi. En attendant, il n’y avait rien de plus à faire sur le terrain. Cécile avait proposé à Vanessa de déjeuner au Deirdre's Arms. Elles pourraient en profiter pour reprendre calmement le dossier.

La jeune Irlandaise les accueillit avec sa chaleur habituelle.

— Oh Cécile, dommage qu’il faille quelque chose d’horrible pour que tu viennes plus souvent… Bonjour Madame, entrez vite vous mettre au chaud !

— Bonjour Deirdre. Je crois que tu peux appeler Madame la Commissaire "Vanessa"… et même la tutoyer. Oui, c’est une sale affaire. Et sois prudente… toi et Laurent aussi.

— Oh, j’ai toujours ce qu’il faut…

Avec un air faussement ingénu, Deirdre écarta légèrement sa veste de tweed, révélant la crosse d’un pistolet. Elle croisa le regard stupéfait de Vanessa et se troubla un instant.

— Je sais… c’est pas très bien… mais dans ma famille, au pays, on était plutôt pour l’IRA…

— Je croyais que tu jouais seulement de la harpe… Enfin, rassure-toi : puisque la Gendarmerie n’a rien vu… moi non plus. On dira que ce sont les coutumes locales. Il est déclaré ? Non bien sûr, quelle question idiote...

— Oui, ajouta Cécile avec douceur, évite juste de parler de l’IRA… surtout avec un flingue sous la veste.

Laurent sortit de la cuisine et Deirdre proposa qu’elles restent déjeuner.

— Il n’y aura pas grand monde aujourd’hui, avec ce temps… et les gens sont inquiets. Vous allez vous régaler : Laurent a fait des andouillettes à la moutarde !

— Chic ! s’exclama Cécile.

Vanessa, héroïquement, conserva un visage impassible. Elle se prépara mentalement à l’épreuve en songeant que Maigret affectionnait ce genre de plat. Peut-être cela l'aiderait-elle à passer divisionnaire...

Le déjeuner fut finalement très agréable. Pas encore tout à fait remise de la veille, Vanessa refusa tout alcool et manqua de s’étrangler lorsque Cécile, perfide, suggéra qu’elle préférerait peut-être une Guinness au Morgon débouché par Laurent. En revanche, elle dut admettre que Maigret avait raison : les andouillettes étaient délicieuses.

Après le repas, Deirdre et Laurent les installèrent dans le petit salon donnant sur la rue afin qu’elles puissent travailler avant de retourner sur les lieux du crime. Elles n’étaient pas pressées : les techniciens de l'identité criminelle n’avaient pas besoin d’elles pour l’instant.

— On n’a toujours pas le rapport du légiste. J’aimerais être sûre que les blessures sont identiques à celles des tiens, dit Cécile. Il pourrait se presser… mais ces toubibs, ce sont de vraies divas. Il faut y aller avec des gants.

— Tu ne peux pas lui faire faire trente pompes, c’est un civil.

— Fiche-toi de moi… À propos, elle était bonne, ton andouillette ?

La porte donnant directement sur la rue s’ouvrit.

— Pardon, je vous dérange ? Bonjour Cécile, ça fait tellement plaisir de te voir !

— Mon Père ! Je suis ravie. Je vous présente le Commissaire Vanessa Dandier, nous travaillons ensemble.

— Oui, terrible histoire… Enchanté Madame le Commissaire. Je suis le Père Abraao Arhana, curé de cette paroisse.

— Bonjour Monsieur, très heureuse également.

— Tu pourrais dire “Mon Père”, espèce de Parisienne laïcarde ! lança Cécile, hilare.

— Abraao ira très bien, répondit le prêtre en riant.

— Moi c’est Vanessa… pardon, je n’ai pas l’habitude.

Cécile leva les yeux au ciel.

— Vous voyez, Mon Père, toute son éducation est à refaire ! Figurez-vous qu’elle tutoie le Colonel Salvi !

— Oh, on dit bien “tu” quand on s’adresse à Dieu ! Comment va le Colonel ? Tu lui rappelleras qu’il m’a promis une bouteille de myrte de chez lui. Bon, je ne veux pas vous déranger…

— Asseyez-vous un instant, Mon Père. Prenez un café avec nous.

Abraao s’installa. Son regard glissa machinalement sur les documents éparpillés. Il s’arrêta sur un portrait anthropométrique.

— Tiens… celui-là, je le connais.

C’était la photo de « l’insomniaque ». Cécile et Vanessa échangèrent un regard stupéfait.

— Vous le connaissez ? demanda Vanessa.

— Oui. C’est un professeur d’histoire… d’Annecy ou de Chambéry, je ne sais plus exactement. Il est venu me voir parce qu’il s’intéresse aux grandes familles locales. Il avait appris que je faisais des recherches. Il m’a surtout questionné sur la famille Rignac.

Le silence se fit, lourd, compact. Les deux femmes se fixèrent. Enfin Vanessa lâcha :

— Putain… Il s’est bien foutu de moi.

Elle se leva d’un bond et attrapa le téléphone.

— Lucas, c’est Dandier. Tu laisses tomber tout ce que tu fais. Tu prends une équipe et tu me ramasses notre insomniaque… Oui, je t’expliquerai. Tu me le fous en garde à vue. Fissa.

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