8) Réalité

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Une lame de feu bleue, curieusement cylindrique, sortit de l’extrémité de la poignée tout en émettant un inquiétant bourdonnement. Elle se prolongea d’un bras et demi environ et se stabilisa. Dans le même temps l’atmosphère se remplit d’une curieuse fragrance, sans réelle odeur, mais qui piquait les narines. Un peu anxieux, D’hé admira l’étrange flamme immobile qu’il tenait à bout de bras. Le vrombissement agressif s’intensifiait à chaque léger mouvement du poignet.

Après avoir quitté le village, ils s’étaient enfoncés dans les bois pour s’arrêter dans cette clairière pour que D’hé se familiarise rapidement avec le maniement de La’Nhon.

Poussé par l’I.A., il s’enhardit et engagea quelques moulinets avec la bruyante lame de lumière en guise de sabre. Ses mouvements étaient fluides, limpides. L’arme réagissait à la moindre de ses sollicitations. Un profond sentiment de puissance commençait à le gagner.

Soudain, trois guerriers immenses surgirent de nulle part, poussant de puissants cris de guerre.

D’abord effrayé par cette apparition, D’hé fut vite rassuré par le rire moqueur de La’Nhon grelottant à l’intérieur de sa tête. Ces insolites adversaires étaient imaginaires, directement crées dans son esprit par l’I.A. de la poignée.

L’utopie se superposait et s’intégrait parfaitement au décor ambiant. Rien ne manquait, ni le choc des percussions lorsque les lames se croisaient, ni le tintamarre des plaques d’armure métallique qui s’entrechoquaient. Pas même l’odeur des corps macérant de transpiration dans les armures de cuir.

Mais le pouvoir de La’nhon était bien plus grand encore que créer des ennemis imaginaires.

Chacun des mouvements de D’héétaient amplifiés ou précisés par l’action de l’IA. Lui qui avait toujours délaissé les exercices militaires, se surprit à feinter comme un combattant émérite. C’était l’entrainement le plus agréable auquel il lui est été donné de participer.

Assisté par La’Nhon et aidé par la légèreté de son arme, D’hé fit rapidement un incontestable carnage. Le dernier des guerriers sanguinaires reculait maintenant peureusement à son approche, cherchant à se réfugier derrière un petit bouquet d’arbres bien réels.

N’arrivant pas à atteindre son adversaire, D’hé décida de couper les frêles troncs qui l’en séparaient. D’un puissant revers il frappa le premier arbrisseau qui s’interposait entre lui et son ultime et virtuel ennemi.

Au choc, la douleur à son poignet fut telle qu’il lâcha instantanément prise, envoyant dans le même mouvement valdinguer son arme à trois pas de là.

Tandis que l’arbrisseau intact vibrait sous le choc, le dernier guerrier se volatilisa. D’hé était seul dans sa propre tête.

Frottant son poignet endolori, D’hé se précipita vers le pommeau doré dont la lame lumineuse se rétractait avec un petit zwiip honteux. Saisissant l’objet sans ménagement, il posa son index sur la touche de syntonisation et repris le contact avec colère.

- Hé, c’est quoi cette histoire ? Tu n’es même pas capable de couper un tronc de deux doigts de diamètre ?!

- Bien sûr que non, imbécile ! Mon dernier propriétaire avait sept ans. Tu ne veux quand même pas que l’on donne un vrai sabre laser à un enfant de sept ans ?

- Comment çà, sept ans. Tu, tu n’es quand même pas en train de me dire que tu n’es qu’un jouet ?!

- Peut être bien, fit la voix vexée, mais en tous cas je suis un jouet très élaboré ! En fait, vu le niveau ambiant, j’ai même l’impression que je suis la plus haute intelligence de cette planète à la noix…

- Non d’un petit soleil bleu ! Je viens d’attiser la flamme de combat d’un peuple entier avec, comme seule arme, le jouet d’un garçon de sept ans… Que je sois maudit !

- Holà ! On se calme. Certes, j’ai donné le début du discours, mais ce n’est pas moi qui suis allé délirer sur la libération du peuple et nian-nian-nian… ni sur la mise à mort de Nunuchemachin !

- Bon, si tu es si intelligent, prouve-le. Comment peux-tu me sortir de ce pétrin ?

- Heu, j’ai quand même dans mes mémoires celles de Sun Tzu. Son traité sur la guerre est ce qui se fait de mieux dans le genre. Se serait bien le diable si on n’arrivait pas à en tirer quelques chose…

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