Chapitre XXXII

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Forêt de Schirmeck – 02 octobre 2075
Z.A.R. — ARCHANGE MAGINOT / NEOFFICIΝ

Boronov avait quitté la mégalopole par le district de Molsheim, comme on quitte un rêve en sursaut.
Derrière lui, les murailles d’EuroStrat se dressaient encore, noires et luisantes, hérissées de tours dont les feux rouges perçaient la brume comme les ultimes signaux d’une cité mourante.
Devant, au-delà des enceintes de béton, s’étendait la terre originelle — un monde sans algorithmes ni ordre, livré au vent, à la pluie et aux souvenirs de ce qui fut vivant.

Les Vosges se dessinaient à l’horizon, masses colossales noyées dans la vapeur grise.
Les arbres, torses et serrés, formaient une voûte que la lumière peinait à traverser.
Beaucoup portaient les stigmates des pluies acides : troncs blanchis, feuillages grêlés, plaies d’écorce figées en cicatrices ternies.
La forêt avait repoussé sur les ruines de la précédente, mutée, méfiante, traversée de spores fluorescentes qui luisaient faiblement dans la brume.
Le vent passait dans ces branches avec un son d’orgue, long et profond — une forêt redevenue temple, non de la vie, mais du silence.

À bord de son VBT, Boronov suivait le lit de la Bruche, fleuve réduit à un filet d’argent froid serpentant entre les rochers.
La route de service n’était plus qu’un ruban de bitume craquelé, mangé d’herbe et de mousse.
Les capteurs cliquetaient, brouillés par le brouillard.
Par moments, les phares heurtaient les troncs détrempés, et la lumière s’y reflétait comme sur des os polis.

Tout semblait conspirer à effacer la trace de l’homme : routes effacées, panneaux rongés, GPS muet.
Il savait seulement qu’il devait avancer.
Ses souvenirs, confus, s’amoncelaient comme des débris dans un courant trop fort — éclats d’une salle blanche, d’une voix de femme, d’un goût métallique — aussitôt engloutis.
Mais ses sens restaient sûrs.
Quelque chose en lui connaissait la direction : un instinct plus ancien que la mémoire.
La forêt n’était pas un obstacle, mais un appel.

La pluie, d’abord fine, se transforma soudain en rideau opaque.
Le ciel s’éventra.
Les gouttes frappaient la carrosserie du VBT avec la violence d’une grêle d’acier.
Des arcs électriques zébrèrent le ciel, illuminant les troncs mutilés, les nappes de vapeur, la route déformée.
Le radar se brouilla.
Une alarme faible résonna dans le cockpit.

« Avertissement : précipitations ioniques — visibilité réduite. »

— Sans blague, marmonna Boronov entre ses dents.

Il enclencha le mode manuel, serrant le volant. Le tonnerre roula, profond, et la pluie redoubla encore.
Les phares découpaient la brume en nappes mouvantes ; la route, elle, se rétrécissait sous la boue.
Il força le régime, gronda un juron, cette fois en russe :

— « Дерьмо, держись, тварь ! » (Derímo, derzhís', tvar' ! — “Tiens bon, saloperie !”)

Un éclair jaillit, brutal, révélant la masse d’un tronc gigantesque couché en travers de la voie.
Boronov jura de nouveau, plus bas, presque instinctivement :

— « Чёрт побери ! » (T’chor’t poberí ! — “Nom de Dieu !”)

Le VBT bondit, les pneus hurlant dans l’eau.
Il tira le volant, mais le véhicule glissa sur le tapis d’argile détrempée.
Un choc sourd secoua la cabine ; la ceinture le plaqua contre son siège.
Le VBT pivota sur le flanc, racla le bitume, puis s’immobilisa dans un bruit de succion, le nez enfoncé dans le talus.
Les voyants s’éteignirent un à un.

« Système moteur… défaillance critique. »
« Contactez votre superviseur APC… »

— « Мой начальник пойдёт к чёрту. » (Moy nachálnik pojdyót k tchórtou. — “Mon superviseur peut aller se faire foutre.”)

Un éclair traversa l’habitacle ; la pluie martelait la tôle comme un millier de doigts.
La voix synthétique tenta de reprendre :

« …Veuillez patienter, recalibrage des systèmes vitaux… »

Puis le silence.
Un dernier clic sec, puis l’écran principal se vida, avalé par le noir.
L’IA venait de mourir.

Boronov resta un instant immobile, respirant fort.
Le souffle court, il perçut la chaleur résiduelle du moteur se dissiper, la vibration des câbles s’éteindre.
Un vide parfait.
Un monde sans signal.

Il soupira une dernière fois et ouvrit la portière d’un coup.
Le vent s’y engouffra, glacé, saturé de vapeur.
L’eau ruissela immédiatement dans la cabine.
Le soldat posa un pied au sol — la boue céda avec un bruit mou.
Dehors, tout n’était que pluie, brouillard et métal.
Le tronc, monstrueux, barrait la route comme une bête abattue : ses racines hérissées semblaient figer un dernier cri.

Il s’approcha, leva la main vers la surface lisse du tronc, qui craqua sous ses doigts, exhalant une odeur d’ozone et de sève brûlée.
Des filaments luminescents couraient sous l’écorce.
Un vestige vivant d’une forêt malade.
Il recula d’un pas, remonta le col de son uniforme.

— Même la nature veut ma peau.

Il haussa les épaules, resserra la sangle de son bouclier, tira son sac du VBT et s’éloigna du véhicule, jetant un dernier regard vers la carcasse enlisée.

Il suivit un temps la trace fantomatique de la route de service, devinant sous la mousse le dessin ancien du bitume, puis même ce fil se rompit. Il ne resta plus que la pente, les pierres et les racines.

Au bout d’un moment, la notion même de durée s’effilocha.

Boronov marchait depuis des heures, ou seulement quelques minutes — ici, le temps s’étirait comme la brume, se dissolvait entre les troncs sombres.
La forêt l’absorbait : cathédrale de pluie, de mousse et de vent.
Sous ses bottes, la terre exhalait une odeur d’humus et de fer — parfum mêlé d’automne et de bataille.
Le vent glissait sur son bouclier, ruisselant en filets d’eau qui scintillaient avant de s’éteindre dans la boue.
Au-dessus, le ciel n’était plus qu’une chape grise, uniforme, lourde comme du plomb poli.

Puis le paysage bascula et les arbres s’écartèrent soudain.

Un périmètre extérieur apparut d’abord : des clôtures à demi couchées par endroits, éventrées à d’autres, hérissées de barbelés rouillés ; des poteaux de surveillance piqués de lichens, muets, où subsistaient les yeux endormis de caméras de surveillance.
Là, un portique anti-drones, renversé, bâillait sur le côté de la voie d’accès, et sous la peau de boue affleurait le marquage effacé :

NEOFFICIΝ — CLEARANCE TIER 3.

Boronov s’approcha, figé devant ce nom qui, désormais, était synonyme de mensonges et de souvenirs volés.

Puis son regard se releva sur un parking qui s’étalait en terrasses craquelées. Des silhouettes basses de véhicules d’entraînement dormaient sous des bâches déchirées ; des bornes de charge clignotaient encore d’une pulsation verte résiduelle, comme des lucioles épuisées.
Une enseigne, plantée de travers, grinçait sous le vent :

ARCH_NGE MAG_NOT — Hum_n P__fect_on Thr__gh Ef_rt.

Les lettres manquantes dessinaient des vides où la pluie s’accrochait.

Sur sa gauche, un parcours d’obstacles se déroulait — poutres, murs, fosses de saut — envahi par l’herbe haute.
Des numéros de couloir peints au sol réapparaissaient par fragments, 200 mètres, 400, 800, comme des fémurs blanchis sortant de la terre.
Un ruban de cônes d’entraînement s’était renversé et formait une guirlande orange noyée de pluie.

Aucun intérêt.

Un peu plus loin, il distinguait l’ancienne piscine de récupération : dalle bleutée, creusée d’algues fines ; l’eau stagnante reflétait un ciel sans fond.
Un haut-parleur mural, miraculeusement alimenté, crachota soudain un souffle, un début de voix synthétique — puis s’éteignit.

Boronov resta un moment immobile au bord du parking, le regard balayant les terrasses, les portiques, les silhouettes mortes des agrès.
Un souvenir, fugace, remonta : un écran de propagande, un slogan martelé — ARCHANGE : DÉPASSER L’HUMAIN —, des silhouettes casquées, bardées de capteurs, courant sous la neige artificielle.
La main d’un instructeur s’abattant sur son épaule.
Une voix qui riait, trop fort :

— « Encore un tour, Boronov. Les vrais ne s’arrêtent pas à la douleur. »

La vision se dissipa, le laissant avec un léger vertige.

Un grésillement discret lui fit tourner la tête.

Sur le haut d’un mât de surveillance, l’un des cônes aveugles de caméra venait de tressaillir.
Une goutte glissa sur la verrine, chassée par un micro-déplacement interne.
L’optique pivota, hésitante, raclant contre la rouille.

Une diode rouge, minuscule, s’alluma dans le socle.

— Tiens, souffla Boronov.

La caméra balaya le parking d’un mouvement lent, s’attardant sur les véhicules bâchés, les vestiaires préfabriqués, la piscine noyée de pluie.
Puis l’objectif se fixa sur lui.

Il sentit nettement le moment où l’algorithme, quelque part en dessous, retrouvait sa silhouette dans une base de données qui aurait dû être morte depuis des mois.
Un vieux réflexe d’infiltration lui suggéra de se décaler, de casser la ligne de vue, de se fondre dans un angle mort.

Il n’en fit rien.

Il se redressa au contraire, planta ses bottes dans la boue et leva le menton, offrant à l’œil de verre son visage entier, son bouclier, sa carrure.

— Vas-y, pensa-t-il.
Regarde bien.

La diode rouge clignota deux fois, comme un clin d’œil.
Quelque part, dans les entrailles du complexe, un relais se mit en marche, réveillant une chaîne de systèmes en sommeil.

Un haut-parleur lointain tenta de cracher quelques notes d’une musique d’entraînement, mourut sur un grésillement aigu.
Une série de néons sous le auvent de la piscine vibra, alluma une lumière verdâtre, puis s’éteignit.

Le silence retomba, troué seulement par la pluie.

Il longea alors le parking et suivit une allée bitumée qui descendait vers un bâtiment principal : un parallélépipède bas, vitrages blindés étoilés d’impacts, façade couverte d’affiches délavées. Sous le plastique jauni, on distinguait encore le profil stylisé d’un coureur bardé d’implants, silhouette blanche lancée dans une foulée impossible, prolongée de lignes bleues :

ARCHANGE MAGINOT
NEOFFICIΝ ATHLETIC DIVISION
— PUSH BEYOND —

Boronov s’approcha. La porte coulissante du hall était restée entrouverte, figée sur un panneau d’alerte rouge terni. Il posa la main sur le battant, força un peu. Le rail protesta, grinçant, puis céda.

Le hall d’accueil s’ouvrit comme un ventre vidé : comptoir renversé, distributeur de boissons éventré, fauteuils en plastique couverts d’un voile gris. Au mur, un écran mural figé montrait encore, en mosaïque tremblante, un Archange en combinaison noire franchissant un mur d’escalade sous les applaudissements d’un public virtuel.

Plus près, le distributeur portait des cicatrices plus récentes que le reste. La façade avait été arrachée proprement, au pied-de-biche ou à la barre ; les casiers intérieurs étaient vides, jusqu’aux rangées de barres protéinées. Des emballages froissés traînaient au sol.

Derrière le comptoir, la porte de la réserve avait également été forcée. Au sol, des empreintes de pas boueuses se devinaient encore dans la poussière détrempée, plus petites que celles de Boronov.

Au-dessus du bureau d’accueil, un pan de cloison avait été débarrassé de ses affichettes NeofficiN. À la place, une main maladroite avait tracé à la peinture verte un symbole grossier : un cercle d’où partaient trois traits vers le bas, comme des racines stylisées. La couleur, encore vive, tranchait avec le gris du reste.

Le site avait visiblement été fouillé, des Classes IV probablement. Ils avaient pris ce qui restait de comestible, laissé leur marque — puis disparu à leur tour, avalés par la forêt.

Boronov balaya la scène du regard, sans s’attarder davantage. Le centre n’appartenait plus à NeofficiN depuis longtemps. Il n’appartenait pas non plus à ces nouveaux occupants.
Il avait l’impression désagréable qu’Archange, au fond, n’avait jamais appartenu qu’à lui et à ceux qu’on avait cassés ici.

Derrière le comptoir, un pupitre de connexion NeofficiN pulsait faiblement. La surface tactile, fêlée, diffusait une lueur bleutée qui dessinait sur le plafond le logo en hélice de la société.
Le mot de passe lui revint à la gorge, sans qu’il sache s’il l’avait lu des centaines de fois ou s’il l’avait entendu murmurer à son oreille :

« Archange-07, série spéciale, validation biométrique. »

Il ne s’arrêta pas.
Il avait l’intuition que tout ce qu’il avait besoin de savoir n’était pas dans les menus, mais dans les murs.

Un couloir s’ouvrait à droite, menant aux vestiaires. Les portes étaient entrouvertes, les bancs renversés, des serviettes oubliées collées au sol comme des peaux mortes. Au fond, les douches formaient une enfilade de niches carrelées, les pommeaux pointés vers le sol.
Il lui sembla entendre un bref instant le martèlement d’une eau qui n’existait plus, des éclats de voix, des rires trop forts masquant des respirations à la limite de la rupture.

— « Encore une série, Boronov. Les Archanges ne sentent pas la fatigue. »

Il passa devant le miroir fissuré. Son reflet, dédoublé, le regarda sans expression.

Plus loin, une double porte battante donnait sur la salle principale. Il poussa.

Le gymnase s’étendait sur toute la longueur du bâtiment.
Au centre, trois rings de boxe se découpaient dans la pénombre, ceinturés de cordes détendues. Au-dessus de chaque structure, un portique de capteurs pendait comme un squelette de cage, ses modules éteints.
Aux angles, des bras articulés attendaient, repliés sur eux-mêmes, leurs gants de frappe renforcés pendants comme des poings au repos.

C’était ici.
L’enhanced boxing.
L’orgueil d’Archange.

Il s’approcha du ring central. Sous ses semelles, le plancher amortissant protesta d’un craquement sourd, toujours souple malgré les années.

Une traînée brunâtre marquait encore le tapis, à moitié effacée par des tentatives de nettoyage trop pressées.

Un souvenir brutal le cueillit :
le goût du sang dans sa bouche, le claquement sec d’un impact dopé par un exosquelette léger, la lumière blanche d’un projecteur, une foule de silhouettes derrière une vitre, leurs visages flous.
La voix métallique d’un arbitre automatique scandant les rounds, les pulsations de son propre cœur décalées par rapport aux chiffres affichés sur l’HUD qui clignotait devant ses yeux.

« Round 7. Pain threshold: exceeded.
Performance rating: acceptable.
Continue. »

Il sentit ses doigts se refermer sur le bord du ring.
Ses phalanges blanchirent, la peau tendue sur les cicatrices anciennes.

— Acceptable, répéta-t-il entre ses dents.
Ouais. On va dire ça.

Il lâcha prise, recula.
Autour des rings, les appareils de musculation formaient une forêt de métal : presses, racks, barres, poulies. Certains étaient encore garnis de disques, comme si quelqu’un avait été interrompu au milieu d’une série et n’était jamais revenu.

Sur un écran suspendu au plafond, un visage féminin figé affichait un sourire trop parfait, balafré par une ligne de pixels morts. En bas de l’image, un bandeau fantôme déroulait des mots tronqués :

COACH VIRTUEL — NE…FFICI…N TRAIN…G SUITE
VOUS POUVEZ TOUJOURS ALLER PLUS LOIN.

Plus haut, un système de harnais suspendus courait sur des rails : dispositifs d’assistance pour les sprints, résine de friction pour les tractions explosives, simulation de gravité variable.
L’un des harnais était resté baissé, les sangles entortillées comme une corde de pendu.

Boronov leva la main et effleura le cuir usé.
Une décharge fantôme parcourut sa nuque, souvenir d’une connexion neurale trop serrée.

« Programme Archange, série V. Sujet : Yvan Boronov.
Objectif : adaptation à l’effort extrême.
Note : excellente tolérance à la douleur. »

Il retira la main, laissa le harnais se balancer lentement au-dessus du sol.

Il continua sa progression.

Au fond du gymnase, une baie vitrée donnait sur un second plateau extérieur : piste circulaire, modules de tir, mur d’escalade vertical bardé de prises fluorescentes. Les projecteurs de bordure étaient morts, mais une seule balise, au bout du 400 mètres, pulsait encore d’un éclat intermittent, comme un cœur fatigué.

— On vous a oubliés, hein, murmura-t-il, sans savoir s’il parlait aux machines, à ses souvenirs, ou aux autres qu’on avait cassés ici avant lui.

Il sortit par une issue latérale, déboucha sous un préau qui surplombait la piste. De là, on embrassait presque tout le complexe : le parking en terrasses, la piscine immobile, le parcours d’obstacles noyé d’herbe, les bâtiments administratifs étouffés par la mousse.

Il se rendit compte qu’il tournait depuis un moment.
Qu’il revenait, sans vraiment le vouloir, dans les mêmes axes, les mêmes perspectives.

Le temps, lui, n’avait plus de contours précis.
La pluie avait changé de texture, plus fine, plus froide, et la lumière au-dessus des crêtes tirait désormais sur le plomb. Une demi-heure, peut-être plus, s’était écoulée depuis que la caméra avait cligné.

Il s’arrêta sous le préau, posa son bouclier contre un pilier, s’adossa un instant.

La forêt, au-delà des clôtures affaissées, formait un mur compact.
Le monde civilisé s’arrêtait ici.
Ici commençait Archange — et ce qu’on avait fait de lui.

Il ferma les yeux.

Un flash :
le même préau, mais inondé de lumière.
Une dizaine d’athlètes en combinaison noire, debout en ligne, haletants, le regard fixé droit devant.
Devant eux, un instructeur tournait lentement, mains derrière le dos.

« À partir d’aujourd’hui, vous n’êtes plus la série V, vous intégrez la série spéciale d’Archange.
On ne vous a pas formés pour les podiums, mais pour les zones grises.
Vous courrez pour l’Europe, vous frapperez pour elle, vous tomberez pour elle.
Si vous faites bien votre travail, personne ne saura jamais votre nom. »

Il rouvrit les yeux.
Le préau était vide.

Il récupéra son bouclier, descendit à nouveau vers le parking.
À chaque pas, son malaise se transformait en une sorte de résolution froide.
Le passé était là, intact, étalé sous la mousse et la rouille.
On ne réveillait pas un endroit comme Archange Maginot par accident.

Le ronflement arriva d’abord comme un frémissement dans le ventre du complexe, relayé par le béton, la taule, les vitres.
Cette fois, ce n’était ni un haut-parleur mourant, ni un néon capricieux.

Au début, il crut à un autre roulement d’orage.
Mais le son se précisa.
Régulier.
Mécanique.

Un moteur.
Pas celui d’un VBT.
Plus aigu, plus nerveux.

Il leva les yeux.

Au-dessus des cimes qui encerclaient le site, une silhouette se découpa, grossissant à vue d’œil.
Un appareil à rotors basculants franchit la crête, phares éteints, ventre noir, profil cassé d’oiseau de proie. Il descendit en spirale, parfaitement centré sur la terrasse centrale, comme guidé par un signal que Boronov n’avait pas besoin d’entendre pour en deviner l’origine.

— Bien sûr, murmura-t-il.

Les rotors soulevèrent un cyclone de pluie et de poussière, faisant battre les bâches déchirées comme des drapeaux en lambeaux.
Le bruit écrasa tout le reste : le chuchotis de la forêt, le goutte-à-goutte dans la piscine, le grincement des harnais.

L’appareil se posa lourdement sur le parking, les patins s’enfonçant dans le bitume fissuré. Les turbines ralentirent, passant du hurlement au vrombissement grave.

Boronov ne bougea pas.
Il resta planté là, seul au milieu des vestiges d’Archange, face à la masse sombre de la carlingue.

Une trappe latérale se déverrouilla dans un claquement sec.
Un souffle de vapeur blanche s’en échappa, se mêlant à la pluie.

Quelque part, au-dessus de lui, le haut-parleur mural laissa échapper un dernier souffle, presque un chuchotis :

— « …Archange… ready… »

Puis plus rien.

La trappe commença à s’ouvrir.

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