6. Marie se rebelle

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Dans la voiture qui les ramenait à Neuilly, le chauffeur avait remonté la vitre. Marie était en pleurs, sa mère à côté d’elle.

– Calme-toi, ma chérie. Il a peut-être exagéré. On ira vérifier, à l’occasion. Je verrai ça avec l’expert-comptable.

– Tu vas réussir à voir ça sans que Perez se doute de quelque chose ? demanda Marie entre deux sanglots.

Sophie sourit à sa fille.

– Fais-moi confiance, ma puce. Si jamais Perez a vraiment quelque chose à voir avec la mort de ton père, il va comprendre sa douleur.

Puis la jeune fille vint se blottir contre l’épaule de sa mère, laquelle lui caressa la tête avec tendresse. Dans la pénombre de la voiture, Marie ne le voyait pas, mais elle sentait que son père était là. Elle éprouvait un profond ressentiment. Tout cela était-il vrai ? Avait-il vraiment acheté le silence des ouvriers ?

De son côté, Renaud voyait sa fille, partagée entre le chagrin et la colère. Et il savait que ce n’était qu’une question de temps avant qu’il doive s’expliquer.

Le fantôme ne fut pas déçu. Une fois chez Célestine, Marie ne mâcha pas ses mots.

– J’arrive pas à le croire ! Dit-elle furieuse. Tu as vraiment essayé d’étouffer l’affaire ? Il n’y a pas que ces ouvriers. Il y a tous les gens autour, tous les gens qui ont acheté ces bouteilles. Tu t’en foutais, de tout ça ?

– Mais non, ma puce, protesta Renaud. Mais tu te rends compte de ce que ça impliquait, si jamais ça s’ébruitait ?

– Comme scandale, tu crois que c’est pire que d’envoyer un innocent en prison ?

– Je n’ai jamais souhaité qu’il aille en prison. Encore une fois, c’est Pierre qui a fait le coup.

– Peu importe, en fait, fulmina Marie. Maintenant, il va falloir s’occuper de le faire sortir. Et à mon avis, ça va se savoir, qu’il y a eu une erreur judiciaire ! Et toi qui avais peur pour les actions du groupe, tu ne vas pas être déçu !

– Tu vas m’écouter ? s’énerva Renaud.

– Oui ! Grommela Marie.

– Je n’ai jamais demandé que l’affaire soit étouffée. Je pensais qu’on pourrait régler ça à l’amiable, laisser fuiter l’information dans la presse, s’en sortir avec des dommages et intérêts. Qu’en gros, si je reconnaissais les torts du groupe et si je faisais une déclaration publique, ça allait passer. Je savais que les actions du groupe allaient baisser. Mais je me disais que ça allait repartir. C’est Perez qui a tout fait pour qu’on étouffe l’affaire. Et à mon avis, il a dû se mettre des actionnaires dans la poche pour ça.

– Quel fumier ! s’emporta Marie.

– Tu reprendras un peu de thé, Marie ? Demanda Célestine, pleine de sollicitude.

La jeune fille adressa un regard à la fée. Toujours l’air en colère. Puis elle hocha la tête, et récupéra une tasse fumante. Elle en but une gorgée qui lui brûla la gorge, souffla et répondit :

– Merci, Célestine…

– Un scone ?

– Oui, merci…

Puis elle mordit avec rage dans son scone et mastiqua nerveusement. En regardant son père, elle lui demanda :

– Tu crois que les délégués syndicaux pourraient témoigner ?

– En théorie, oui, reconnut Renaud. Mais ils ne voudront jamais le faire. Perez les a menacés de tout leur reprendre s’ils balançaient.

– Il faudrait peut-être voir parmi les personnes en dehors… réfléchit Marie. Nordet disait qu’il y avait aussi des riverains qui avaient essayé de déposer un recours.

– Ils essaient encore d’avoir gain de cause, dit Renaud. Perez a moins de moyens de pression sur ceux-là. Mais il y a déjà eu des tentatives d’intimidation contre eux. Comme ce journaliste, là, Bertaud… Il a déjà eu droit à plusieurs menaces de mort. Mais honnêtement, je crois qu’il ne va plus oser, là… La dernière fois, il a retrouvé une balle de revolver dans sa boîte aux lettres.

– Si on arrive à récupérer des informations de l’intérieur, on devrait peut-être le convaincre de reprendre l’affaire.

– Mais quelles informations de l’intérieur ? s’emporta Renaud. Tu crois vraiment que tu vas pouvoir entrer dans le bureau, comme ça ?

– Oui, j’y crois. Parce que tu vas m’aider à le faire, toi qui vois tout et qui vas partout.

– Quoi ? s’emporta Renaud. Ça va pas, la tête ? Tu crois vraiment que je vais te laisser te mettre en danger comme ça ?

– Oui, répondit la jeune fille avec fermeté. Et tu vas même m’y aider… Enfin, si Célestine peut faire en sorte que je puisse continuer le dialogue avec toi.

La fée Célestine, très occupée à câliner sa chienne leva le regard vers Marie.

– Bien sûr, mon p’tit chou, vous pouvez compter sur moi. Je vous accompagne.

Elle posa sa chienne et enfila un trench-coat accroché à son porte-manteaux.

– Allez, allons à la Défense ! dit-elle.

– Maintenant ? S’étonna Marie. Mais il pleut des cordes !

– Ne m’embarrassez pas avec ce genre de détail, mon p’tit chou. Je suis une fée, non ? Allez, suivez-moi, tous les deux !

Et Célestine attrapa Marie par le poignet. La jeune fille fut surprise par l’empressement de la fée, mais celle-ci semblait bien déterminée à l’emmener à la Défense, pour faire toute la lumière sur ce qui s’était passé quatre ans plus tôt.

Toutes deux montèrent sur le scooter de Célestine. Et Marie fut surprise, alors même qu’il pleuvait à torrents, de s’apercevoir qu’elle n’était pas mouillée.

– Mais qu’est-ce que… ?

– Pas mal, non ? C’est un dispositif anti-pluie que j’ai installé après l’enterrement de votre papa. Je me suis retrouvée trempée comme une soupe et je n’ai pas trop aimé l’expérience.

Enchanté, le scooter offrait les mêmes sensations que par temps sec, tout ce que subissait Marie de la pluie, c’était le bruit et l’image. Même l’écran de son casque restait parfaitement sec. Malgré la pluie, elle restait au chaud, et voyait tout ce qui se passait.

– Vous ne prenez pas la bonne direction. Le périphérique est de l’autre côté !

– Qui vous a dit que je voulais prendre le périphérique, mon p’tit chou ?

Puis sur ces paroles, le scooter commença à couper un peu partout. Marie ne comprit pas exactement ce qui se passait, mais elle eut la nette impression de passer à côté de voies de TGV et crut reconnaître la gare Montparnasse. Un peu plus tard, elle aperçut la Tour Eiffel de très, très près. Elles étaient sur la place du Trocadéro… au nez et à la barbe des touristes et des passants.

– Personne ne nous voit ?

– Non, mon chou, dit Célestine. On est en mode furtif et on se faufile entre les gens. Ils accuseront le vent.

– Attendez… dit Marie, interdite. Vous voulez prendre les Champs-Élysées ?

– Oui, mon chou… C’est sur la route.

– Ça ne va jamais passer… Il est 17h00, c’est l’heure de pointe !

Cela passa. Malgré les milliers de voitures saturant l’avenue, le scooter continuait de se faufiler, au nez et à la barbe, non seulement des automobilistes, mais aussi de la police.

Quelques minutes plus tard, après avoir franchi Neuilly-sur-Seine sans bien savoir comment, elles arrivèrent à Puteaux et stationnèrent le scooter aux abords des tours de la Défense. Revenue à une vitesse conventionnelle, Marie avait un sourire jusqu’aux oreilles.

– C’était génial ! S’écria-t-elle. Mais si Maman apprend qu’on a grugé la police comme ça en scooter, elle va me passer un de ces savons !

– Bah… Tu es entre les mains d’une fée, dit Renaud, qui les avait suivies. Rien de grave ne pouvait t’arriver.

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