7. Infiltration

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La fée et la jeune fille arrivèrent avenue du Général de Gaulle, aux abords d’une tour que la jeune fille reconnut immédiatement. Elle était venue plusieurs fois à des réceptions organisées par le groupe Keller, quand elle était petite.

– C’est là, dit-elle… Attends… Où est l’entrée ?

Renaud adressa un sourire en coin à sa fille.

– Je t’y ai souvent emmenée, aux réceptions, pourtant.

– Oui… Mais on se garait toujours au sous-sol…

– Suivez-moi ! dit Renaud.

– Attendez, rappela Célestine.

La fée sortit de son sac un objet fin, recouvert de paillettes, dans un rose criard qui faisait penser à un jouet bas de gamme. Elle commença à faire un geste. Marie eut du mal à réprimer un rire.

– C’est quoi, ce jouet ?

– Ne vous moquez pas, mon p’tit chou. Ce jouet, comme vous dites, va nous rendre invisibles, comme votre père.

Puis elle fit un geste. Marie voyait toujours son corps, ainsi que celui de la Fée.

– Je le savais bien que c’était une blague ! dit-elle.

Puis sur un passage piéton, elle s'apprêtait à traverser alors qu’une voiture passait. Célestine la retint alors que le véhicule passa en trombe. L’automobiliste ne les avait pas vues.

– Vous disiez quelque chose ? demanda Célestine, sur un ton de reproche.

– Rien… Pardon…

– Faites bien ce que je vous dis, mon chou, si vous voulez en ressortir vivante.

– D’accord, dit Marie, contrite.

– Restez derrière moi, et déplacez-vous bien quand je vous le dis. Ah ! Et évitez tout contact avec les gens aussi.

– Vous êtes sérieuse, là ? C’est l’heure des sorties de bureau, ça va être blindé de monde !

– Dans la foule, ça ira. Si vous bousculez quelqu’un, ça peut venir de n’importe qui. Par contre, une fois dans la tour, il faudra raser les murs.

– J’espère que vous avez un enchantement pour entrer, par contre, dit Renaud. Sinon il vous faudra des badges.

– Faites-moi confiance, dit la fée. C’est une formalité.

Une fois à l’entrée de l’immense tour, elles trouvèrent une porte tournante, facile à franchir. Mais dans le hall, elles virent un portail avec détecteur de métaux et entrées avec badges.

– C’est là que vous intervenez ? Chuchota Marie.

– Chut ! Murmura Célestine. Oui… Maintenant, taisez-vous.

La fée brandit sa baguette, et subitement un vigile ouvrit la porte de côté pour voir ce qui se passait. La voie était libre pour la jeune fille et la fée. Célestine fit un signe de tête à Marie et toutes deux entrèrent.

Après qu’elles furent passées, un supérieur du vigile arriva.

– Un problème, Gimenez ?

– Hein ? Non, chef… J’avais cru… Mais non.

– Alors refermez ce portillon ! Quelqu’un pourrait en profiter.

De l’autre côté, Marie et Célestine échangèrent des regards amusés, puis poursuivirent leur chemin.

Fort heureusement, nous étions plutôt aux heures de sortie de bureau. Et à 17h30, beaucoup d’employés étaient déjà dehors. Il était donc facile de se faufiler sans risquer de bousculer quelqu’un.

– On a encore du temps, mais pas trop, dit le fantôme. À 20h00 ils bouclent les bâtiments.

– Il faudra qu’on ait trouvé quelque chose avant, répondit Célestine. Sinon j’en connais une qui va se faire tirer les oreilles par sa mère.

La fée tourna le regard en direction de Marie. Puis le fantôme de Renaud passa devant, et scruta les lieux. Il les regarda en pointant du doigt à leur gauche. Les deux autres acquiescèrent. C’était un ascenseur. Marie s’apprêtait à appuyer sur le bouton pour l’appeler, mais Célestine la retint. En la regardant, elle fit non de la tête. Marie se trouva bête, de nouveau. Il allait donc falloir que quelqu’un sorte de l’ascenseur. Au rez-de-chaussée. Cela ne pouvait pas tarder.

Mais il était déjà 17h45. Et à cette heure, plus personne ne sortait… Elles laissèrent s’écouler 5 minutes, 10 minutes. Marie sentait venir des fourmis dans ses jambes à force de ne pas bouger. Toutes deux commençaient à s’impatienter. Puis enfin, à 17h55, elles entendirent un bruit de pas.

– Perez, conclut Renaud.

– On le suit, répondit Célestine.

-- … OK.

Un peu terrifiée par ce qu’elles s’apprêtaient à faire, Marie allait opposer un refus, mais elle avait accepté de faire tout ce que demandait la fée. Il n’était plus question de s’en dédire. Perez arriva. Elle reconnut son costume gris, et sa cravate aux couleurs criardes. Elle n’aimait pas sa façon de s’habiller. Il voulait en mettre plein la vue, avec des vêtements clinquants. Renaud, quand il vivait, portait des vêtements très chers, mais avec des coupes simples, sans fioritures. Pierre était beaucoup plus tape-à-l’oeil.

Quant à son choix de cravates… Les couleurs trop criardes, les motifs d’un goût douteux… Rien n’allait.

Pierre Perez, flanqué de sa secrétaire, appela l’ascenseur. Puis tous deux montèrent, accompagnés à leur insu de Marie et Célestine. La jeune fille, toujours invisible, se sentit une boule au ventre. Célestine semblait l’avoir senti. Sans dire un mot, elle posa une main sur sa joue.

Marie leva le regard vers elle. La fée lui souriait, comme pour lui dire que tout allait bien se passer. Puis elle lui adressa un clin d’œil.

Tout ce monde arriva au 34e étage et Marie reconnut tout de suite les lieux. C’était là que le groupe organisait ses réceptions. Mais Pierre Perez et sa secrétaire empruntèrent une autre direction.

– Son bureau, dit Renaud.

– On le suit…

– Attendez ! Réagit le fantôme.

– Quoi ? s’étonna Marie.

– C’est sa secrétaire, c’est aussi sa maîtresse.

– Quoi ? glapit Marie.

Brusquement, Célestine lui mit la main sur la bouche. Pierre Perez se retourna. Heureusement, à l’autre bout, une femme au téléphone était dans une discussion intense avec une autre personne. Sans doute son mari. Le ton état plutôt houleux.

– Je peux savoir ce qui se passe ? Demanda Perez, d’un ton accusateur.

– Oh… Pardon, Monsieur… J’appelais mon mari, comme j’ai fini ma journée.

– Si vous avez fini votre journée, rentrez chez vous et laissez les autres travailler, répondit Perez, d’un ton froid.

– Oui, Monsieur. Pardon Monsieur.

Pierre Perez laissa échapper un « Humpf » de dédain. Avant d’entrer dans le bureau avec sa secrétaire. Une fois le hall vide, Marie soupira de soulagement. Avant de dire, prête à pleurer :

– Je suis désolée, j’ai failli nous faire repérer.

– N’y pensez plus, mon chou. Ce n’est pas arrivé. Mais je ne veux plus vous entendre, c’est clair ?

– Oui… Tiens, où est Papa ? S’étonna la jeune fille.

L’intéressé revint, avec une mine de dégoût. Il fit un non de la tête.

– On va attendre un peu, Marie… Je ne tiens pas à ce que tu vois ça.

– C’est seulement maintenant que tu me dis qu’il a une maîtresse, alors que tu es au courant depuis le début ? chuchota la jeune fille.

– Ça n’avait pas l’air de te préoccuper avant.

– Merde, quoi ! Il est censé épouser Maman et il la trompe déjà, ce porc !

Marie fulminait. Elle pensait à toutes les coupes de presse qui parlaient de leur prochain mariage. Certains journalistes avaient même tenté de l’approcher, elle, pour essayer de lui soutirer des informations croustillantes. Mais sa mère y avait mis bon ordre et menacé de poursuites tout journaliste qui tenterait d’interviewer Marie sans son accord.

La fée et la jeune fille restèrent assises ainsi une bonne demi-heure. Renaud, lui, regardait vers le bureau, l’air résigné. Au bout de 40 minutes, ils virent enfin sortir Perez et sa secrétaire. Dehors, la nuit était déjà tombée. Marie regarda nerveusement sa montre : 18h38. Sa mère allait commencer à s’inquiéter. Perez et sa secrétaire s’apprêtaient à reprendre l’ascenseur. Puis le successeur de Renaud à la tête du groupe s’arrêta et regarda en direction de Renaud. L’espèce d’un instant, le fantôme eut clairement l’impression qu’il avait croisé son regard.

Perez était blême.

– Qu’est-ce qu’il y a, Pierre ?

– C’est… Non… Rien. Allez, descendons.

Puis le P.-D.G. et sa secrétaire entrèrent dans l’ascenseur, et celui-ci descendit. Une fois seuls, les deux femmes et le fantôme partirent en direction du bureau. Devant la porte, elles eurent un moment d’hésitation. Ni Marie ni la Fée ne le connaissaient.

– Vous ne pouvez pas faire quelque chose ? demanda Marie.

– Si, si… Attendez… Laissez-moi voir…

– Essayez 181177, dit Renaud.

Célestine entra le code… La porte s’ouvrit.

– 181177 ? s’étonna Marie.

– C’est sa date de naissance. Retapez le code.

– Pourquoi ?

– Il y a une alarme.

Marie s’empressa de taper le code pour ne pas la déclencher. Le bip-bip caractéristique de l’alarme qu’on désactivait se fit entendre.

– Il faut se dépêcher, dit Renaud. Les femmes de ménage arrivent à 20h00. D’ici là, tout devra être en place, et l’alarme devra être réactivée. Allumez son ordinateur.

– Mais Papa… Il ne va pas se rendre compte que quelqu’un s’est connecté dessus ?

– Lui ? Penses-tu ! C’est tout juste s’il sait envoyer un mail.

– Tu es sûr ? Demanda Marie.

– Tu sais combien de temps j’ai passé à l’observer dans son bureau ?

– Euh…

– Quatre ans. Alors fais-moi confiance. Il ne se rendra compte de rien. À moins qu’il diligente un expert.

Entre-temps, l’ordinateur de bureau s’était allumé :

– 1177.

– Encore sa date de naissance ?

– Oui… Le groupe est entre de bonnes mains, hein ? Surtout quand tu sais qu’on peut retrouver ce genre d’information sur sa page Wikipédia.

Marie blêmit. Perez n’était pas seulement un criminel et un patron voyou. C’était aussi un incompétent incapable d’appliquer des consignes de sécurité pour lui-même, alors qu’en tant que patron, il avait accès à des informations sensibles.

Mais pour l’heure, ça tombait plutôt bien pour elles. La fée et la jeune fille purent se connecter sans problèmes à sa session. Naïvement, Marie cliqua sur le menu « Démarrer », et saisit « Nordet » dans la barre de recherche. Contre toute attente, il y avait plus de quarante occurrences.

– C’est une blague ? S’étonna Marie. Je n’ai même pas cherché 1 minute ?!

– Je te l’avais dit, répondit Renaud, d’un air amusé.

– Mais genre… Personne ne lui a dit que ce n’était pas sûr ?

– Non… Personne ne s’est connecté sur sa session… Enfin,… Jusqu’à maintenant.

– Mais comment c’est possible ?

– Je ne sais pas… Il y a un Dieu pour les abrutis ?

Marie réprima un rire, puis elle commença à ouvrir les fichiers.

– Mais qu’est-ce que je cherche ? Il y a plus de 40 fichiers et certains font plusieurs centaines de pages.

Renaud soupira.

– Ah là là !… La génération Z qui n’arrive pas à se débrouiller avec un PC ? Je vais t’expliquer…

Renaud lui fournit des explications sans grand intérêt pour vous. Je ne les retranscrirai donc pas ici… Mais de recherche par mot-clé en survol d’articles, Marie finit par récupérer des informations sur une vingtaine de délégués syndicaux, pris en cible prioritaire, pour des menaces ou des pots de vin.

Par ailleurs, elle eut bien confirmation d’un mouvement de 80 millions d’euros quatre ans plus tôt, à une date qui correspondait au procès de Mathieu Nordet. Mais elle n’eut pas plus de détails. Cela figurait sous le code comptable « Relations publiques ».

– Regarde qui est l’entreprise prestataire, dit Renaud.

En regardant sur la colonne tout à droite de cette ligne, elle reconnut un nom : Verdandi. Quand il le vit à son tour, Renaud eut un malaise.

– Verdandi… Mon Dieu !

– Qu’est-ce qu’il y a ? s’étonna Marie. C’est quoi, Verdandi ?

– Officiellement, c’est une agence de relations publiques. Pratiquement, ils peuvent aussi exécuter des basses besognes, pour aider à influencer l’opinion dans le sens qui arrange leurs clients. Certaines rumeurs parlent même de recours à des tueurs à gages.

– Mais c’est horrible ! Blêmit Marie. Et vous étiez déjà passés par eux avant ?

– Oui, admit Renaud.

– Et… tu… tu crois qu’ils ont déjà tué pour vous couvrir quand tu étais encore vivant ?

– Je… Je ne crois pas.

Renaud était de plus en plus gêné. Un silence s’installa.

– Je ne veux pas te presser, Marie, reprit-il. Mais il va falloir qu’on y aille. Ta mère va s’inquiéter.

– Mais qu’est-ce qu’on fait, alors ?

– On va jeter un coup d’œil du côté de Verdandi, conclut Célestine.

– Ils ne vous diront rien.

– Ils n’en auront pas besoin.

La fée eut un sourire malicieux en donnant cette réponse.

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