Chapitre 23

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Le lendemain, la forêt changea encore.

Lythra le sentit dès les premières heures du matin.

Quelque chose dans l’air semblait devenu plus lourd, plus électrique, comme si le monde retenait son souffle à l’approche de l’ouverture des seuils. Les fissures lumineuses apparaissaient désormais même en plein jour, traversant parfois brièvement le ciel gris avant de se refermer dans un bruit sec semblable à du verre craquant au loin.

J-1.

Plus qu’un jour.

Cette pensée revenait constamment dans l’esprit de Lythra tandis qu’ils reprenaient la route à travers les profondeurs de la forêt.

Le paysage devenait de plus en plus ancien.

Et de plus en plus mauvais.

Les arbres avaient changé de forme ici. Leurs troncs noirs étaient gigantesques, si larges que plusieurs auraient pu contenir une maison entière dans leurs cavités. Les racines déformaient complètement le sol, traversant les sentiers comme des serpents pétrifiés couverts de mousse lumineuse et de champignons pâles. Des lianes translucides pendaient parfois des branches hautes, oscillant lentement sous le vent avec des reflets semblables à des nerfs mouillés.

L’air sentait :

  • la terre humide
  • les feuilles mortes
  • la pierre froide
  • et cette odeur métallique qui apparaissait toujours lorsque les seuils devenaient instables

Même les sons de la forêt étaient devenus étranges.

Par moments, le silence tombait brutalement pendant plusieurs longues secondes avant qu’un cri d’animal résonne soudain quelque part très loin entre les arbres.

Puis le silence revenait encore.

Pollen refusait désormais complètement de s’éloigner d’eux.

La petite créature restait perchée sur l’épaule de Lythra, ses tiges cotonneuses frémissant nerveusement à chaque nouvelle fissure apparaissant dans le ciel.

Vaelith marchait devant elle.

Et plus ils s’enfonçaient dans cette partie de la forêt, plus il devenait tendu.

Lythra le voyait dans sa posture.

Dans la manière dont ses doigts bougeaient parfois légèrement sous ses manches comme s’il retenait constamment sa magie prête à surgir.

Puis finalement, après plusieurs heures de marche, ils atteignirent une zone où la lumière elle-même semblait malade.

Les arbres formaient ici une voûte immense et presque complètement fermée au-dessus d’eux. Le ciel n’apparaissait plus que par fragments étroits entre les branches noires, laissant tomber une clarté grise et maladive sur le sentier couvert de mousse.

Et surtout, les ombres semblaient trop épaisses.

Lythra ralentit légèrement.

Son ventre se noua immédiatement.

Parce qu’elle reconnut cette sensation.

Cette impression d’être observée.

Vaelith s’arrêta lui aussi.

Très lentement.

Le silence autour d’eux devint absolu.

Puis Pollen poussa soudain un cri aigu.

Et quelque chose bougea entre les arbres.

Lythra tourna brutalement la tête.

Une silhouette noire traversa le sentier à une vitesse impossible avant de disparaître immédiatement derrière les troncs.

Son souffle se coupa.

Pas humaine.

Pas animale.

Une masse sombre mouvante.

Comme de l’encre vivante.

Vaelith se plaça instantanément devant elle.

Toute la forêt sembla se contracter autour d’eux.

Puis une voix résonna.

Déformée.

Lointaine.

Comme plusieurs murmures superposés.

— Trouvé…

Le froid traversa immédiatement tout le corps de Lythra.

L’ombre apparut brutalement derrière elle.

Beaucoup plus proche cette fois.

Elle ressemblait aux silhouettes mouvantes aperçues dans les archives :

  • un corps vaguement humain
  • des membres trop longs
  • un visage indistinct
  • une matière noire mouvante coulant constamment le long de sa forme

Mais contrairement aux archives…

Cette chose était agressive.

L’ombre bondit directement vers Lythra.

Vaelith réagit immédiatement.

Une explosion de lumière rouge éclata entre ses mains avant qu’un sort traverse violemment la forêt.

Le projectile frappa l’ombre de plein fouet.

Les arbres explosèrent autour de la créature dans une pluie d’écorce noire et de mousse lumineuse.

Mais l’ombre se reforma aussitôt.

Le souffle de Lythra se coupa.

— RECULE !

La voix de Vaelith claqua dans toute la forêt.

Lythra obéit immédiatement, reculant entre les racines géantes tandis que l’ombre se jetait déjà de nouveau sur eux.

Cette fois, Vaelith leva brutalement une main.

Des dizaines de symboles rouges apparurent dans l’air autour de lui avant qu’une onde magique explose.

Le sol se fissura.

Les arbres tremblèrent.

L’ombre fut projetée contre un tronc gigantesque dans un cri déformé impossible à identifier.

Mais encore une fois, elle se reforma.

Plus vite cette fois.

Et elle riait.

Pas réellement.

Quelque chose ressemblant à un rire humide et brisé.

— Lui…

Le visage informe se tourna vers Vaelith.

— Tu… ouvres…

Puis elle disparut.

Complètement.

Le silence retomba brutalement.

Vaelith se tourna immédiatement vers les arbres.

— Non…

Sa voix était tendue maintenant.

Très tendue.

Puis l’ombre réapparut à plusieurs mètres derrière eux avant de bondir directement vers Lythra.

Vaelith jura brutalement.

La forêt explosa autour d’eux.

Il lança un second sort beaucoup plus violent.

Cette fois, des chaînes lumineuses rouges surgirent du sol et traversèrent la clairière comme des serpents de lumière, venant s’enrouler autour de l’ombre en pleine attaque.

La créature poussa un hurlement déformé.

Mais les chaînes commencèrent déjà à noircir.

À se dissoudre.

Vaelith comprit immédiatement.

— Courez !

Lythra partit aussitôt.

Le cœur battant beaucoup trop vite.

Les racines gigantesques déformaient le sol sous ses pieds tandis qu’elle traversait la forêt derrière Vaelith. Les branches fouettaient parfois son visage et ses bras, l’air froid brûlait ses poumons, et derrière eux résonna soudain une explosion.

Les chaînes venaient de céder.

L’ombre les poursuivait.

Lythra l’entendait.

Pas des pas.

Un bruit liquide.

Comme une masse de chair humide glissant entre les arbres.

Vaelith se retourna brusquement en courant.

Une immense lance rouge apparut dans sa main avant qu’il la projette violemment derrière eux.

L’arme magique traversa plusieurs arbres avant d’exploser dans un éclair rouge aveuglant.

Le choc secoua toute la forêt.

Des morceaux d’écorce et de pierre furent projetés partout autour d’eux.

Mais l’ombre surgit encore de la fumée noire.

Plus rapide.

Plus agressive.

— OUVRE !

La voix déformée résonna brutalement entre les arbres.

Puis la créature bondit directement vers Lythra.

Vaelith disparut.

Littéralement.

Une impulsion rouge traversa l’air.

Puis il réapparut brutalement entre Lythra et l’ombre avant de frapper la créature avec une violence terrifiante.

Le sort explosa au contact.

Une vague de feu rouge traversa les arbres.

L’ombre hurla.

Et cette fois, une partie de son corps se déchira réellement.

Une matière noire liquide éclaboussa le sol avant de commencer à se dissoudre dans la mousse.

Mais la créature attrapa brutalement le bras de Vaelith.

Le souffle de Lythra se coupa.

Des marques noires commencèrent immédiatement à grimper le long de sa peau.

Vaelith serra les dents.

Puis une lumière blanche éclata brutalement autour de lui.

L’ombre fut projetée plusieurs mètres plus loin dans une explosion de racines et de terre.

Vaelith tomba à genoux.

Lythra accourut immédiatement vers lui.

— Vaelith !

Il releva difficilement les yeux.

— Ça va.

Mensonge évident.

Les marques noires pulsaient encore légèrement sur son bras.

Puis un bruit traversa la forêt.

L’ombre se relevait déjà.

Le ventre de Lythra se noua immédiatement.

Parce que cette chose ne semblait jamais réellement mourir.

Vaelith se remit debout malgré la douleur visible dans ses mouvements.

Puis il regarda brutalement autour d’eux.

Et quelque chose changea dans son expression.

De la compréhension.

— Les seuils…

Le vent explosa soudain autour de la forêt.

Des fissures lumineuses apparurent partout dans le ciel visible entre les branches.

L’ombre hurla brutalement.

Puis bondit encore.

Mais cette fois, Vaelith leva les deux mains.

Et la forêt entière sembla répondre.

Des centaines de symboles rouges apparurent dans les airs.

Immenses.

Brûlants.

Lythra sentit immédiatement la magie vibrer jusque dans ses os.

Puis Vaelith frappa violemment ses mains l’une contre l’autre.

L’explosion fut monstrueuse.

La lumière rouge dévora la forêt.

Les arbres se plièrent sous l’onde de choc.

Le sol éclata.

Et l’ombre fut littéralement pulvérisée dans un hurlement déformé.

Le silence retomba brutalement.

Seulement brisé par le souffle irrégulier de Vaelith.

Puis les morceaux noirs commencèrent lentement à se dissoudre dans l’air.

Comme des cendres.

Lythra resta immobile plusieurs secondes.

Le cœur battant si fort qu’elle avait l’impression qu’il allait éclater.

Puis elle tourna immédiatement les yeux vers Vaelith.

Il vacilla légèrement.

Et cette fois, elle vit réellement l’épuisement dans son regard.

La forêt autour d’eux fumait encore légèrement sous les traces du combat.

Des fissures lumineuses traversaient toujours lentement le ciel au-dessus des arbres.

Puis Vaelith murmura finalement :

— Elle cherchait les seuils.

Le silence retomba.

Et quelque part au loin, un grondement immense résonna à travers le monde entier.

La forêt resta silencieuse longtemps après la destruction de l’ombre.

Trop silencieuse.

Le souffle de Lythra était encore irrégulier tandis qu’elle avançait derrière Vaelith entre les arbres noircis par le combat. L’air sentait désormais le bois brûlé, la mousse pulvérisée et cette odeur métallique étrange laissée par les fissures des seuils ouvertes quelques minutes plus tôt.

Tout autour d’eux, la forêt portait encore les traces de la bataille.

Des troncs gigantesques avaient été fendus en deux par les explosions magiques de Vaelith. Certaines racines fumaient encore légèrement sous la mousse bleutée, et plusieurs fissures rouge sombre parcouraient le sol là où les sorts avaient frappé avec trop de puissance.

Le ciel, lui aussi, semblait blessé.

Très haut au-dessus des arbres, plusieurs craquelures lumineuses restaient visibles par intermittence avant de se refermer lentement dans des pulsations blanches et argentées.

J-1.

Le monde entier paraissait sur le point de céder.

Vaelith marchait quelques pas devant elle.

Mais plus ils avançaient, plus Lythra voyait son état se dégrader.

Les marques noires laissées par l’ombre pulsaient encore faiblement le long de son bras. Elles ressemblaient à des veines brûlées remontant sous sa peau pâle, mouvantes par moments, comme si quelque chose essayait encore de s’y accrocher.

Puis soudain, Vaelith vacilla légèrement.

Lythra accéléra immédiatement.

— Vaelith.

— Je vais bien.

Mensonge évident.

Sa voix était plus rauque maintenant.

Fatiguée.

Ils atteignirent finalement une zone rocheuse où la forêt s’ouvrait légèrement sur une falaise immense dominant les profondeurs des bois. Le paysage s’étendait très loin devant eux maintenant :

  • une mer infinie d’arbres noirs
  • des brumes argentées serpentant entre les vallées
  • et au loin, presque invisible dans l’horizon gris…
    une lumière.

Le futur portail.

Même à cette distance, il semblait irréel.

Une déchirure pâle dans le monde.

Lythra sentit son ventre se nouer immédiatement.

Plus qu’un jour.

Puis elle aperçut les ruines.

Un ancien sanctuaire de pierre accroché contre la falaise, à moitié englouti par les racines et les plantes lumineuses. Des colonnes fissurées entouraient encore la structure circulaire ouverte sur le vide, et plusieurs symboles anciens étaient gravés le long des murs effondrés.

Vaelith ralentit.

Puis souffla faiblement :

— On s’arrête ici.

Ils entrèrent dans le sanctuaire.

L’air y était plus froid.

Chargé d’odeurs de pluie, de pierre humide et de mousse ancienne.

Le vent traversait parfois les arches brisées ouvertes vers la falaise, faisant frissonner les longues plantes translucides accrochées aux colonnes.

Pollen bondit immédiatement hors du sac de Lythra avant de partir explorer les ruines avec un enthousiasme totalement déplacé.

Lythra se tourna aussitôt vers Vaelith.

— Assieds-toi.

Il leva légèrement les yeux vers elle.

— Très autoritaire.

— Assieds-toi.

Cette fois, un très léger souffle amusé lui échappa avant qu’il ne finisse par s’installer contre une pierre effondrée près du centre du sanctuaire.

Lythra s’agenouilla devant lui.

Et pour la première fois depuis le combat, elle observa réellement les marques noires sur son bras.

Son souffle ralentit immédiatement.

Elles avaient progressé.

Les veines sombres remontaient maintenant jusqu’au coude, fines mais mouvantes sous la peau comme des racines vivantes.

— Par les anciens…

Vaelith détourna légèrement les yeux.

— Ça finira par disparaître.

— Tu n’en sais rien.

Le silence retomba.

Puis Lythra ouvrit son sac pour sortir plusieurs bandes de tissu et une petite fiole d’eau claire récupérée près de la rivière chaude.

Le vent traversa doucement les ruines tandis qu’elle nettoyait lentement les traces noires sur son bras.

Vaelith grimaça immédiatement.

— Ça brûle ?

— Horriblement.

— Tant mieux.

Le coin de sa bouche bougea légèrement.

Puis il resta silencieux pendant qu’elle continuait.

Lythra sentait la chaleur de sa peau sous ses doigts malgré le froid du vent. Par moments, les marques pulsaient faiblement sous la surface comme si quelque chose essayait encore de bouger à l’intérieur.

Elle détestait ça.

Profondément.

Puis Pollen réapparut soudain derrière eux.

Avec quelque chose dans la bouche.

Lythra cligna des yeux.

— Pollen…

La petite créature déposa fièrement un os parfaitement humain devant Vaelith.

Le silence dura trois secondes.

Puis Vaelith regarda l’os.

Puis Pollen.

— Il devient réellement inquiétant.

Lythra éclata de rire malgré la tension.

— Où est-ce que tu as trouvé ça ?!

Pollen poussa un bruit satisfait.

Vaelith soupira profondément.

— Je refuse d’élever cette chose.

— On ne l’élève pas.

— Alors pourquoi agit-il comme un enfant criminel ?

Pollen tenta de grimper sur les genoux de Vaelith avec l’os toujours dans la bouche.

Vaelith le regarda avec une lassitude infinie.

— Si tu m’apportes encore des restes humains, je te jette dans la falaise.

Pollen éternua directement contre lui.

Un nuage rose explosa immédiatement.

Lythra se plia littéralement en deux de rire.

Même Vaelith finit par fermer les yeux avec un souffle épuisé ressemblant presque à un rire.

Le calme du moment dura quelques minutes encore.

Puis finalement, Lythra termina de bander son bras.

Le vent soufflait plus fort maintenant au-dessus de la falaise.

Et le portail au loin semblait légèrement plus lumineux qu’avant.

Vaelith l’observa longuement avant de murmurer :

— J’ai peur de ce qui approche.

La phrase tomba doucement dans le sanctuaire.

Sans ironie.

Sans protection.

Seulement honnête.

Lythra releva lentement les yeux vers lui.

Et quelque chose dans son regard lui serra immédiatement la poitrine.

Parce qu’il avait réellement peur.

Pas des ombres.

Pas des combats.

Du lendemain.

De Kael.

Des souvenirs.

De la vérité.

Alors doucement, elle posa sa main contre la sienne.

Vaelith baissa légèrement les yeux vers leurs doigts.

Puis les serra faiblement.

Ils reprirent la route quelques heures plus tard.

Le ciel devenait de plus en plus instable à mesure qu’ils approchaient des zones proches du portail. Des éclairs blancs traversaient parfois silencieusement les nuages gris, et certaines parties de la forêt semblaient se déformer brièvement avant de revenir à la normale.

Puis Vaelith s’arrêta brutalement.

Lythra sentit immédiatement la tension revenir.

— Quoi ?

Il observait quelque chose entre les arbres.

Des silhouettes.

Le ventre de Lythra se noua immédiatement.

Cinq personnes.

Armées.

Elles portaient des manteaux sombres renforcés de plaques métalliques gravées de symboles magiques. Plusieurs armes étaient accrochées à leurs ceintures :

  • lances courtes
  • chaînes lumineuses
  • couteaux gravés
  • cristaux enfermés dans des cages métalliques

Pas des soldats.

Quelque chose d’autre.

L’un d’eux releva lentement la tête vers Vaelith.

Puis son expression changea immédiatement.

— Attendez…

Le silence tomba brutalement dans la forêt.

L’homme fit un pas en avant.

Son visage était couvert de cicatrices anciennes, et un étrange symbole noir était tatoué le long de son cou.

Puis il murmura :

— Par les seuils…

Le regard de tout le groupe se fixa sur Vaelith.

Et Lythra comprit immédiatement que quelque chose allait mal tourner.

Très mal.

L’homme eut un rire nerveux.

— Le Dévoreur de seuils…

Le souffle de Vaelith ralentit brutalement.

Lythra tourna immédiatement les yeux vers lui.

Son visage s’était fermé d’un coup.

Complètement.

— On part, murmura-t-il.

Mais déjà trop tard.

Une femme du groupe sortit brutalement une chaîne gravée de runes rouges.

— Attrapez-le !

Le monde explosa.

Vaelith réagit immédiatement.

Une vague de magie rouge traversa brutalement la forêt avant même que les chasseurs n’atteignent leur position.

Les arbres tremblèrent.

Le sol éclata sous l’onde de choc.

Mais les chasseurs étaient préparés.

Des barrières lumineuses surgirent immédiatement autour d’eux.

Puis des chaînes magiques traversèrent l’air directement vers Vaelith.

— RECULE ! cria-t-il à Lythra.

Elle obéit immédiatement tandis qu’une explosion secouait déjà la forêt derrière eux.

Le combat devint chaotique instantanément.

Les chasseurs de seuils se dispersaient entre les arbres avec une coordination terrifiante, lançant :

  • pièges lumineux
  • lames enchantées
  • filets magiques

Vaelith esquivait constamment entre les explosions.

Mais Lythra remarqua immédiatement quelque chose :
il retenait sa magie.

Comme s’il refusait encore de devenir ce que les chasseurs voyaient en lui.

Puis un projectile lumineux frappa brutalement un arbre juste à côté d’elle.

L’explosion la projeta violemment au sol.

Une douleur brûlante traversa immédiatement son bras.

— Lythra !

Vaelith tourna brusquement les yeux vers elle.

Et quelque chose changea.

Complètement.

Le monde sembla devenir silencieux une seconde entière.

Puis la magie explosa autour de lui.

Vraiment explosa.

Des dizaines de symboles rouges apparurent dans les airs tout autour de la forêt.

Immenses.

Brûlants.

Terrifiants.

Même les chasseurs reculèrent brutalement.

L’un d’eux murmura avec horreur :

— Par les anciens…

Puis Vaelith leva lentement les yeux.

Et Lythra sentit immédiatement un frisson violent lui traverser tout le corps.

Parce qu’il avait l’air monstrueux.

Pas physiquement.

Dans sa puissance.

Dans cette magie rouge qui faisait vibrer la forêt entière autour de lui.

Puis il leva une main.

Et les arbres explosèrent.

La forêt explosa autour de Vaelith.

Pas seulement sous la force de sa magie, mais sous la violence de ce qu’il refusait de retenir désormais. Les arbres noirs se plièrent dans un craquement immense, leurs racines se soulevant sous la mousse comme des serpents arrachés à leur sommeil, tandis que les symboles rouges suspendus dans l’air tournaient autour de lui avec une lenteur presque cérémonielle.

Les chasseurs reculèrent.

Même ceux qui semblaient les plus entraînés.

Même ceux qui avaient levé leurs chaînes, leurs filets, leurs cristaux de capture avec cette assurance froide des gens habitués à traquer des anomalies plus faibles qu’eux.

Parce que Vaelith n’était pas une anomalie.

Pas seulement.

Il était une catastrophe ancienne qui venait de se souvenir de ce qu’elle pouvait encore faire.

Lythra, tombée contre une racine, porta une main à son bras blessé. La douleur brûlait le long de sa peau, mais elle était incapable de quitter Vaelith des yeux. La lumière rouge dessinait autour de lui une aura instable, presque dévorante, et pendant une seconde, elle comprit pourquoi des siècles d’histoires avaient pu transformer son nom en cauchemar.

Il était terrifiant.

Magnifique.

Et terrifié lui-même de l’être.

— Ne bougez plus, lança-t-il d’une voix basse.

Sa voix n’était pas forte.

Elle n’en avait pas besoin.

Elle traversa la forêt comme une lame.

Le chef des chasseurs serra les dents avant de lever un cristal prisonnier dans une cage métallique. L’objet pulsa d’une lueur bleue maladive.

— Tu crois qu’on va laisser repartir le Dévoreur de seuils ?

Vaelith ne répondit pas.

Il leva simplement la main.

Le cristal explosa.

Pas en fragments solides, mais en poussière lumineuse, comme si sa structure même venait d’être démantelée de l’intérieur. Le chasseur poussa un cri en reculant, la paume brûlée, tandis que deux autres attaquaient déjà par les côtés.

Des chaînes jaillirent.

Elles sifflèrent dans l’air, gravées de runes pâles, cherchant les poignets de Vaelith, ses cornes, sa gorge.

Il tourna sur lui-même.

Un cercle rouge s’ouvrit sous ses pieds.

Les chaînes furent happées par la lumière, tordues, avalées, puis recrachées en morceaux incandescents qui tombèrent dans la mousse en sifflant.

— Lythra, debout ! cria-t-il sans la regarder.

Elle se releva aussitôt, le souffle court, attrapant Pollen contre elle au moment où la petite créature surgissait de son sac en tremblant de toutes ses tiges cotonneuses.

Un chasseur profita de l’instant pour se jeter vers elle.

Lythra vit l’éclat d’une lame.

Elle recula trop tard.

Mais avant que l’homme ne l’atteigne, une ombre rouge traversa l’air.

Vaelith apparut entre eux.

Il frappa le sol du pied.

Une vague magique jaillit, soulevant le chasseur comme s’il ne pesait rien avant de le projeter contre un tronc avec une violence qui fit trembler les branches.

— Je vous avais dit de ne plus bouger.

Le silence qui suivit fut bref.

Puis la femme aux chaînes hurla :

— Il protège la fille ! Prenez-la !

Erreur.

Lythra le comprit à l’instant même où les mots furent prononcés.

Vaelith se figea.

Une immobilité totale.

Puis lentement, très lentement, il tourna les yeux vers la chasseuse.

La forêt devint rouge.

Les symboles suspendus dans l’air s’ouvrirent brusquement, comme des yeux de feu. Une pression énorme s’abattit sur les chasseurs, les forçant à plier les genoux, les armes tremblantes entre les mains. Même Lythra sentit cette puissance lui serrer la poitrine, mais elle ne l’écrasa pas.

Elle la contourna.

Comme si, même dans cette explosion de colère, Vaelith la reconnaissait.

La chasseuse tenta de lever une dernière chaîne.

Vaelith referma le poing.

La chaîne se retourna contre sa propriétaire, l’enroulant brutalement aux chevilles et aux poignets avant de la tirer au sol.

— Vous chassez les choses que vous ne comprenez pas, dit-il.

Le chef cracha du sang dans la mousse avant de rire faiblement.

— Et toi, tu prétends les comprendre ?

Le regard de Vaelith vacilla.

Une seconde.

Pas plus.

Mais Lythra le vit.

L’ombre d’Arich.

La créature.

Les archives.

Toutes les choses qu’il ne comprenait plus.

Le chef en profita pour lancer un dernier piège.

Un cercle bleu s’ouvrit sous Vaelith.

La magie mordit ses jambes, remonta comme du givre, cherchant à le fixer au sol.

Vaelith serra les dents.

Lythra sentit son propre cœur se soulever.

— Vaelith !

Il leva les yeux vers elle.

Et cela suffit.

La panique dans son regard s’effaça.

Pas entièrement.

Mais assez.

Il inspira.

Puis sa magie changea.

Moins violente.

Plus précise.

Une ligne rouge traversa le cercle bleu, puis une seconde, puis des dizaines. Les runes des chasseurs furent démontées une à une, comme les fils d’une couture qu’on défait avec patience. Le piège s’effondra dans un soupir de lumière.

Vaelith leva ensuite les deux mains.

Tous les chasseurs furent arrachés au sol et suspendus à quelques centimètres de hauteur, prisonniers d’anneaux rouges autour des poignets et de la gorge.

Ils haletaient.

Tremblaient.

Mais ils vivaient.

Lythra comprit alors ce qu’il venait de faire.

Il aurait pu les tuer.

Il ne l’avait pas fait.

Vaelith s’approcha du chef.

— Écoute-moi bien.

Sa voix était redevenue froide.

Épuisée.

Humaine.

— Si vous nous suivez encore, je ne prendrai pas le temps d’être aussi mesuré.

Le chef blêmit.

Vaelith relâcha brutalement les anneaux.

Les chasseurs tombèrent dans la mousse, désorganisés, humiliés, incapables de reprendre immédiatement le combat.

Lythra rejoignit Vaelith en tenant son bras blessé contre elle.

Il la regarda aussitôt.

Et toute la puissance terrible disparut de son visage, remplacée par une inquiétude presque douloureuse.

— Tu saignes.

— Ce n’est rien.

— Ne mens pas.

Elle esquissa un sourire malgré la douleur.

— Tu vois ? Tu apprends.

Il voulut répondre, mais un grondement traversa le ciel.

Au loin, la lumière du portail pulsa une fois.

Immense.

Irréelle.

Les chasseurs reculèrent aussitôt, terrifiés.

Vaelith prit doucement la main de Lythra.

— On part.

Et cette fois, aucun d’eux ne les suivit.

La pluie commença une heure plus tard.

D’abord quelques gouttes espacées, presque hésitantes, qui s’écrasaient sur les feuilles noires avec un bruit léger, puis une véritable averse qui tomba d’un coup sur la forêt comme si le ciel s’était enfin ouvert sous le poids des fissures. En quelques minutes, le monde devint gris, trempé, mouvant. Les troncs luisirent sous l’eau, les racines devinrent glissantes, la mousse s’affaissa sous leurs pas, et l’odeur de terre mouillée monta autour d’eux avec une puissance presque étourdissante.

Lythra avançait plus lentement maintenant.

La blessure à son bras n’était pas profonde, mais la douleur pulsait à chaque mouvement, chaude sous le froid de la pluie. Vaelith l’avait remarqué immédiatement, bien sûr. Depuis le combat, il ne cessait de ralentir, de tourner brièvement la tête vers elle, de mesurer sa respiration, ses pas, sa manière de tenir son bras contre elle.

Cela aurait pu l’agacer.

Mais après ce qu’ils venaient de traverser, cette vigilance-là lui serrait plutôt la gorge.

— Il faut s’abriter, dit-il enfin.

Lythra cligna des yeux sous la pluie.

— Tu admets qu’on ne peut pas marcher éternellement ?

— J’admets surtout que tu vas finir par t’effondrer par entêtement.

— C’est très différent.

— Pas tant que ça.

Elle aurait voulu répliquer, mais une nouvelle vague de douleur dans son bras la fit grimacer malgré elle.

Vaelith s’arrêta immédiatement.

— Là.

Il désigna une masse sombre à travers les arbres.

Des ruines.

Encore.

Mais celles-ci étaient différentes des précédentes : moins hautes, plus ouvertes, envahies par des plantes grimpantes et des fleurs pâles qui semblaient boire la pluie directement depuis l’air. Une ancienne galerie de pierre s’étendait sous une arche effondrée, assez profonde pour les protéger de l’averse, mais ouverte sur la forêt par de larges brèches où l’eau tombait en rideaux argentés.

Ils s’y réfugièrent en silence.

Le soulagement fut immédiat.

La pluie continua de marteler les pierres autour d’eux, mais l’intérieur des ruines restait relativement sec. L’air sentait la roche froide, le lichen humide et les fleurs nocturnes écrasées sous l’averse. Au-delà de l’arche, la forêt n’était plus qu’un brouillard mouvant de troncs noirs et de pluie.

Pollen sortit de son sac avec une indignation silencieuse.

Ses tiges cotonneuses étaient aplaties par l’humidité, lui donnant l’apparence d’une petite boule rose tragiquement humiliée.

Vaelith l’observa.

— Il ressemble enfin à ce qu’il est intérieurement.

Lythra, malgré la fatigue, éclata doucement de rire.

— Un être dramatique ?

— Une erreur de la nature.

Pollen éternua.

Pas un nuage.

Une minuscule gerbe humide de spores qui retomba aussitôt sur son propre museau.

La créature resta figée, visiblement offensée par son propre corps.

Même Vaelith détourna les yeux avec un souffle amusé.

Puis il se tourna vers Lythra.

Et le calme fragile disparut de son visage.

— Ton bras.

— Vaelith—

— Assieds-toi.

Elle soupira.

— Tu es aussi autoritaire que moi maintenant.

— C’est contagieux.

Elle s’assit sur une dalle sèche près du mur. Vaelith s’agenouilla devant elle, sortit de son sac une bande propre et une petite fiole translucide, puis tendit la main vers son bras avec cette prudence qui, inexplicablement, la troubla davantage que s’il l’avait simplement attrapé.

— Je peux ?

Lythra sentit une chaleur monter dans sa poitrine malgré le froid.

— Oui.

Il releva doucement sa manche.

La coupure traversait son avant-bras en diagonale, rouge, gonflée, mais propre. Vaelith l’observa avec une concentration presque douloureuse, comme s’il cherchait à mémoriser chaque détail pour s’assurer qu’il n’avait rien manqué.

— Ce n’est pas profond, murmura-t-il.

— Je te l’avais dit.

— Ce n’est pas une raison pour sourire comme si tu avais gagné.

— J’ai gagné.

Il leva les yeux vers elle.

— Tu as été projetée au sol par un chasseur de seuils.

— Et je suis toujours là.

Le silence qui suivit sembla le toucher plus qu’elle ne l’avait prévu.

Ses doigts se figèrent une seconde sur la bande de tissu.

Puis il baissa les yeux.

— Oui.

Le mot était faible.

Presque trop faible.

Il nettoya la blessure doucement. Le liquide de la fiole piqua immédiatement, et Lythra inspira entre ses dents.

Vaelith releva aussitôt les yeux.

— Désolé.

— Ça va.

— Ne recommence pas.

— À me faire attaquer ?

— À minimiser.

Elle resta silencieuse.

La pluie tombait fort autour des ruines, remplissant les espaces vides d’un grondement constant, presque intime, qui les isolait du reste du monde. Les fissures dans le ciel étaient invisibles derrière les nuages, mais parfois une lumière blanche traversait brièvement l’averse, éclairant les ruines comme un éclair sans tonnerre.

Vaelith termina de bander son bras.

Mais au lieu de se reculer immédiatement, il resta là, ses doigts encore posés contre son poignet.

Lythra le regarda.

Leurs visages étaient proches.

Trop proches.

Elle sentit son souffle ralentir.

— Tu as eu peur, dit-elle doucement.

Vaelith ne nia pas.

Pas cette fois.

— Oui.

La réponse lui coupa presque le souffle.

Elle s’attendait à une esquive.

Une remarque sèche.

Un mensonge.

Mais il la regardait simplement, avec une honnêteté fatiguée qui rendait tout plus fragile.

— Quand ils ont dit qu’ils allaient te prendre…

Sa mâchoire se contracta.

— J’ai perdu le contrôle.

Lythra murmura :

— Tu ne les as pas tués.

— J’aurais pu.

— Mais tu ne l’as pas fait.

La pluie frappait toujours les pierres autour d’eux.

Vaelith baissa légèrement les yeux vers la bande autour de son bras.

— Tu dis toujours ça comme si ça suffisait.

— Parce que parfois, ça suffit.

Il releva les yeux.

Dans son regard, il y avait encore de la peur. Pas celle des chasseurs. Pas celle des seuils. Une peur plus intime.

Celle de ce qu’il pouvait devenir.

Lythra leva lentement sa main libre.

Elle hésita une fraction de seconde.

Puis toucha doucement son visage.

Vaelith se figea.

Comme toujours.

Mais il ne recula pas.

Ses yeux restèrent fixés aux siens, sombres, traversés par les reflets argentés de la pluie derrière elle.

— Tu n’es pas ce qu’ils disent, murmura-t-elle.

— Tu ne sais pas encore tout.

— Non.

Elle caressa doucement sa joue du pouce.

— Mais je sais ce que j’ai vu aujourd’hui.

Il ne parla pas.

— Tu aurais pu les détruire.

Sa voix descendit presque jusqu’au murmure.

— Tu as choisi de ne pas le faire.

Le silence entre eux devint plus dense que la pluie.

Vaelith baissa très légèrement le front, comme s’il cédait à une fatigue immense. Lythra ne bougea pas lorsqu’il s’approcha malgré lui, lorsque leurs fronts se frôlèrent presque dans l’ombre humide des ruines.

Son cœur battait si fort qu’elle avait l’impression que la pluie pouvait l’entendre.

La main de Vaelith monta lentement jusqu’à la sienne, encore posée contre sa joue.

Il ne la repoussa pas.

Il la garda là.

— Et si demain tout change ? demanda-t-il très bas.

Lythra comprit.

Kael.

Selen.

L’ouverture.

Les deux mondes.

Elle sentit sa gorge se serrer.

— Alors demain changera.

Vaelith ferma brièvement les yeux.

— Et si tu dois choisir ?

La question resta suspendue entre eux comme une lame.

Lythra sentit une douleur douce dans sa poitrine.

Puis elle répondit :

— Je ne veux plus vivre dans un monde qui m’oblige à choisir entre les gens que j’aime.

Les yeux de Vaelith se rouvrirent.

Et pendant une seconde, quelque chose de violent et de tendre traversa son regard.

Il était si proche qu’elle sentit son souffle sur ses lèvres.

Le monde sembla ralentir.

La pluie devint lointaine.

Pollen ne bougea même plus.

Vaelith leva légèrement le menton.

Lythra ne recula pas.

Puis un grondement énorme déchira le ciel.

La ruine entière trembla.

Une lumière blanche explosa au-dessus de la forêt, traversant les nuages, les pierres, leurs visages proches.

Ils se séparèrent d’un sursaut.

Lythra tourna brutalement la tête vers l’extérieur.

La pluie tombait toujours, mais au loin, derrière les arbres, la lumière du portail venait de pulser.

Une fois.

Puis deux.

Vaelith se releva immédiatement.

Le moment s’était brisé.

Mais il était resté entre eux.

Inachevé.

Brûlant.

— Il faut repartir dès que la pluie baisse, murmura-t-il.

Lythra hocha lentement la tête.

Et malgré l’angoisse revenue, malgré la frustration presque douloureuse de ce qui venait d’être interrompu, elle sentit encore la chaleur de ses doigts sur sa peau.

Ils reprirent la route de nuit.

Mauvaise idée.

Ils le savaient tous les deux.

Mais le portail pulsait désormais à intervalles réguliers derrière les arbres, et chaque vibration semblait résonner jusque dans le sol. Attendre l’aube aurait été plus raisonnable. Plus prudent. Mais il ne restait plus qu’un jour avant l’ouverture, et depuis le combat contre l’ombre puis les chasseurs, Vaelith semblait craindre que les seuils attirent autre chose encore s’ils restaient trop longtemps au même endroit.

La forêt nocturne était devenue méconnaissable.

La pluie avait cessé, mais l’eau continuait de tomber des branches en gouttes lourdes qui frappaient les feuilles mortes avec des sons irréguliers. La brume remontait entre les troncs, basse et mouvante, éclairée parfois par les pulsations lointaines du portail. À chaque éclat blanc, les arbres projetaient des ombres déformées sur le sol, longues, étirées, presque humaines.

Lythra marchait près de Vaelith.

Très près.

Son bras blessé la lançait encore, mais la douleur restait supportable. Ce qui l’inquiétait davantage, c’était le silence.

Pas le silence habituel d’une forêt endormie.

Un silence plein de voix.

Elle les entendit d’abord comme des bruissements.

Des murmures confondus avec le vent.

Puis, progressivement, les mots devinrent plus distincts.

— Lythra…

Elle s’arrêta net.

Son cœur se glaça.

Vaelith s’arrêta immédiatement avec elle.

— Quoi ?

Elle tourna lentement la tête vers les arbres.

— Tu as entendu ?

Il resta silencieux.

Puis son visage se ferma.

— Oui.

Le murmure revint.

Plus proche.

— Lythra…

Cette fois, la voix ressemblait à celle de Kael.

Pas parfaitement.

Comme si quelqu’un l’imitait à travers de l’eau.

Lythra sentit son souffle se bloquer.

— Kael ?

Vaelith attrapa doucement son poignet.

— Non.

La forêt sembla frissonner autour d’eux.

Puis une autre voix surgit entre les arbres.

— Pourquoi tu n’es pas revenue ?

Selen.

Lythra sentit une douleur brutale lui traverser la poitrine.

— Ce n’est pas elle, murmura Vaelith.

Mais sa propre voix était tendue.

Parce qu’il entendait quelque chose lui aussi.

Lythra le vit à sa manière de regarder les troncs, les ombres, les fissures pâles qui apparaissaient parfois dans l’air.

Puis un murmure plus bas traversa la nuit.

— Tu réfléchis trop…

Vaelith se figea.

Lythra tourna immédiatement les yeux vers lui.

Arich.

La forêt des murmures venait de le trouver aussi.

Les voix se multiplièrent alors.

Elles glissaient entre les arbres, remontaient depuis la mousse, tombaient des branches, comme si les seuils eux-mêmes cherchaient dans leurs souvenirs pour leur renvoyer ce qui pouvait les blesser.

— Tu l’as laissé mourir…

— Lythra, reviens…

— Tu as ouvert la brèche…

— Pourquoi tu m’as abandonnée ?

— Ils sauront ce que tu es…

Lythra porta les mains à ses oreilles, mais les voix continuaient.

Pas dehors.

Dedans.

Vaelith leva brusquement une main.

Une sphère rouge s’ouvrit autour d’eux, repoussant légèrement la brume. Les murmures diminuèrent une seconde.

Puis revinrent.

Plus forts.

Les fissures apparaissaient maintenant à hauteur des arbres, de minces déchirures lumineuses flottant entre les troncs. À travers certaines, Lythra apercevait des fragments impossibles :
une chambre de son ancien monde,
un champ sous la pluie,
le visage flou de Selen,
une main tendue,
du sang sur un sol blanc.

Elle vacilla.

Vaelith la retint aussitôt.

— Regarde-moi.

Mais lui aussi tremblait.

Ses yeux étaient hantés.

— Vaelith…

Il serra les dents.

— Continue d’avancer.

— Et toi ?

— Je suis là.

Les voix frappèrent plus fort.

— Mensonge.

Lythra ne sut pas si le mot venait de la forêt ou de leur propre peur.

Ils avancèrent malgré tout.

Pas vite.

Mais ensemble.

Vaelith gardait une main autour du poignet de Lythra tandis que son autre main maintenait le bouclier rouge vacillant autour d’eux. La magie grésillait dans l’air humide, combattant les murmures sans jamais réussir à les réduire totalement au silence.

Puis soudain, la forêt s’ouvrit.

Et la lumière les frappa.

Lythra s’arrêta.

Son souffle disparut.

Au loin, entre les arbres noirs, se dressait le portail.

Pas ouvert encore.

Mais immense.

Une déchirure verticale de lumière blanche et argentée flottait au-dessus d’un cercle de pierres anciennes, pulsant lentement comme un cœur gigantesque. Autour de lui, l’air se tordait, les arbres se penchaient, les ombres semblaient aspirées vers la lumière.

Vaelith s’arrêta à côté d’elle.

Son visage était pâle.

Épuisé.

Mais ses yeux ne quittaient pas le seuil.

La forêt murmurait encore derrière eux.

Les voix de Kael, Selen, Arich et du palais se mélangeaient en un chœur déformé.

Puis Lythra sentit la main de Vaelith se resserrer autour de la sienne.

Au loin, le portail pulsa une nouvelle fois.

Plus fort.

Plus proche de l’ouverture.

Et Lythra comprit que le lendemain, son ancien monde allait réellement revenir la chercher.

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