Mireille, le ciment de la famille
Mireille avait toujours été une sale gosse. Toute la famille était d’accord. Dans la petite enfance, elle s’était mise à taper, à cracher, à gueuler et à ne plus dire bonjour. Quand elle arrivait quelque part, tout était à elle. Elle arrachait des mots ou même des mains de toute âme qui venait sur son chemin.
Le Diable, lui aussi, aurait été reçu pareillement. De toute façon, Mireille avait déjà croisé son regard dans les yeux de sa mère. Injecté de sang, oxydé, noir, comme dans le cordon d’un mort-né.
« Le petit frère mort.
- Mort juste avant sa première année.
- Année de la chute.
- Une chute lors d’un jeu.
- Un jeu un peu brusque.
- Brusque moment d’inattention. »
Le moment d’inattention qui avait fait de Mireille, quatre ans et trois quart, l’assassin.
Mireille n’a jamais eu d’enfant. Elle n’a que très rarement vu sa fratrie et sa descendance. Aux mariages, elle savait taper des scandales, cracher son fiel et gueuler sur les bébés. Elle a réappris à dire bonjour. Elle m’a même souri. Une fois. La première et la dernière. À son enterrement. J’y ai appris la vie et la mort de mon oncle de huit mois. Tout tenait dans une phrase de bribes et de silences. Auparavant, Mireille n’avait été que la mégère, le ciment de la famille.

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