La salsa des métros

Une minute de lecture

J’ai commencé à chanter pour exister. Je continue pour subsister. Chaque jour, je vais de ligne de métro en ligne de métro, reprendre le répertoire du chanteur du moment. En version salsa, toujours ! Ça fait voyager les usagers. Mais applaudir, jamais. Alors j’entends le rythme des bravos de mamita dans notre petit appartement au-dessus du Buena Vista Social Club, à La Havana Vieja. Lorsqu’à l’heure du coucher, elle me dit « Encore ! Encore ! », ma voix se déhanche sur les cuivres de Guantanamera.

« Châtelet-les-Halles ! Châtelet-les-Halles ! » Fini de chanter, je saute de la rame pour en attraper une autre et des sous au passage.

J’ai grandi sans père si ce n’est El Padre de la Revolución, Fidel. Mon géniteur ne l’était pas, lui, alors j’ai beaucoup de frères mais pas de père. Ma mère travaillait énormément. Au laboratoire d’État, à La Poste nationale et des ménages le week-end. Elle ne savait pas me voir ou seulement lorsque je me mettais en scène.

Elle est morte aujourd’hui ou il y a deux jours. Internet saute depuis une semaine à Cuba. Et moi, à la dérive le long de cette scène de rails, je rêve de trouver le regard de ma mère dans les yeux des usagers.

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