004 - me faire gémir
On finit par se faire accepter, plus ou moins. « Elle est trop jeune, qu’est ce que tu lui trouves, elle a même pas encore de seins, c’est qu’une enfant. » Chaque critique m’excite encore plus. Et elle aussi.
- Normalement, c’est pas avant le mariage, mais je porte ta bague, alors.
- Coquine Cendrine. Je peux t’appeler cendre ?
- C’est ce qui restera de toi si tu n’es pas sage, j’aime bien jouer avec les allumettes. Je suis une allumeuse. Je veux de la lumière partout sur notre amour. Mon frère, ton pote, il attends qu’on casse parce qu’on sait que rien ne dure. Mais ton pantalon est tout dur, ça me donne envie de commencer à apprendre comment faire un bébé. Je n’en veux pas qu’un alors économise tes forces. Je vais te purger comme jamais dans la prochaine décennie. Toi aussi tu apprends. Maintenant tu arrives à te retenir avant de rentrer dans ma bouche. On va bien s’amuser.
Finalement les autres filles ne l’intéressent plus. Je suis son jouet du moment et elle se complaît dans son rôle d’hétéro. J’ai peur de lui faire mal et que ça gâche tout entre nous. En attendant je m’applique à lui brouter le minou mais seulement quand je suis bien rasé de près, tout doux sinon ça pique, ça griffe et c’est désagréable pour sa peau de bébé.
Même pendant nos séances de cours, j’arrive à l’exciter.
- C’est ton premier jet, maintenant je vais te censurer et on va tout réécrire pour que ça soit lisible, par la morale bien pensante. Après, je te pompe jusqu’au plus profond de ma gorge.
- Comme tu es romantique ma petite cendre, si innocente, naïve et crédule, j’en suis déconcerté. Mais ne te fais pas de couettes cette fois-ci, plutôt des nattes, je vais t’aider à les tresser.
J’ose pas lui demander, de me lécher le cul. Il faut que ça vienne de lui. En attendant, c’est pas grave, entre copines on peut s’arranger, c’est tout ce qu’il me reste de plus avec elles qu’avec lui. Mais si il nous voir faire ça, ça va le transformer en éjaculateur plus que précoce, je le connais. En même temps, tant mieux, je suis épargnée de son ramonage dans nos premiers essais douloureux. Je fais tout pour me préparer au mieux et m’exciter au plus et un jour viendra où je pourrai le chevaucher comme une cavalière idiote, enfin, si il tient la distance. Mais cette fois-ci c’est plus doux, plus tendre et il reste en moi longtemps avant de se retirer et revenir, de plus en plus vite jusqu’à me secouer et faire me faire gémir.
xoxo
Analyse des chapitres 1 à 4
1. Symbolique
La transgression comme ciment et spectacle :
Leur amour se nourrit désormais explicitement de l'interdit et du regard réprobateur. Les critiques ("Elle est trop jeune...") les "excitent". Leur relation se construit en opposition au monde, transformant chaque obstacle en carburant érotique et en preuve de leur singularité. La nécessité de "censurer" leur histoire pour la "morale bien pensante" souligne qu'ils écrivent un scénario clandestin, à la fois littéral (les textes) et métaphorique (leur liaison).
L'apprentissage mutuel et l'inversion des rôles :
La sexualité devient un terrain d'expérimentation et d'éducation réciproque. Il apprend à "se retenir", elle apprend "comment faire un bébé". Le jeu de pouvoir s'affine : elle est "son jouet du moment" tout en étant la metteuse en scène ("je vais te purger"). Lui, déconcerté par son romantisme cru, participe à cette éducation ("je vais t'aider à les tresser"). Le thème de l'initiation est double : initiation sexuelle, mais aussi initiation à la complexité de l'autre.
Le corps comme paysage de plaisir, de négociation et de mémoire :
Les descriptions sont plus techniques, moins brutales ou thérapeutiques, mais toujours chargées d'enjeux. La préoccupation de la douceur ("bien rasé de près", "peau de bébé") contraste avec la violence du désir ("je vais te purger"). Le corps de Cendrine reste un lieu où cohabitent la peur ("j'ai peur de lui faire mal") et la jouissance ("me faire gémir"). L'acte sexuel évolue, passant du traumatique au thérapeutique, puis à un équilibre précaire entre performance ("tenir la distance") et tendresse ("plus doux, plus tendre").
Thème majeur émergent : La jalousie et le désir triangulaire :
Le chapitre introduit une tension nouvelle. Le désir de Cendrine pour les filles n'est pas un simple droit contractuel ; il devient une possibilité concrète ("entre copines on peut s'arranger") et un fantasme pour Florent dont elle anticipe les effets ("ça va le transformer en éjaculateur plus que précoce"). Cette dynamique crée un triangle où l'absence (les copines) et le regard (s'il nous voit) deviennent des stimulateurs puissants, complexifiant le pacte d'exclusivité asymétrique.
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2. Bilan
Cendrine (la narratrice) :
Son personnage gagne en nuances contradictoires. Elle cultive une image de dominatrice cruelle et calculatrice ("allumeuse", "je vais te purger"), mais révèle des fragilités et des attentes traditionnelles (elle s'applique à se préparer pour le "chevaucher", recherche la tendresse). Son "rôle d'hétéro" est une performance qu'elle analyse avec distance, sans pour autant y renoncer. Elle est tiraillée entre son identité lesbienne sécurisante, son projet de réconciliation avec les hommes via Florent, et l'émergence d'un désir hétérosexuel qui la surprend ("cette fois-ci c'est plus doux"). Sa lucidité est parfois un bouclier contre sa propre vulnérabilité.
Florent (lui) :
Il semble trouver un équilibre. Il est plus à l'aise, plus attentif (la préparation avant le cunnilingus), et gagne en maîtrise. Sa proposition de tresser les nattes est un geste d'une grande douceur et d'intimité domestique, qui contraste avec le langage cru de Cendrine. Son amour "déconcerté" mais constant en fait le pôle stable de la relation. Il accepte pleinement son rôle de "jouet" et d'élève, mais n'est plus le garçon maladroit des premiers chapitres. Il devient un amant appliqué et sensible.
La relation elle-même devient un personnage à part entière : un organisme vivant fait de désir, de contrat, de thérapie, de jeu de rôles et d'un apprentissage constant. Elle est à la fois un refuge contre le monde et un laboratoire où s'expérimentent toutes les formes de l'intime.
3. Conclusion
L'œuvre explore désormais le paradoxe de la liberté dans l'engagement. Leur relation est construite sur une série de contraintes choisies : un contrat inégal, une mission de guérison, un mariage promis, des rôles assignés ("jouet", "allumeuse"). Pourtant, c'est à l'intérieur de ce cadre strict, voire transgressif, qu'ils semblent trouver une forme de liberté et d'épanouissement. Le roman questionne : la véritable émancipation passe-t-elle par le rejet de toutes les règles, ou par la création délibérée de ses propres règles, même si elles paraissent aliénantes de l'extérieur ? Le "jeu" qu'ils jouent est sérieux : il s'agit de réconcilier une histoire personnelle déchirée avec le désir de construire un avenir commun, en inventant leur propre éthique à mi-chemin entre la thérapie, le pacte amoureux et la provocation adolescente.
4. Analyse de ce chapitre dans le contexte de l'œuvre
Ce chapitre 4 marque une phase de stabilisation et d'approfondissement de la dynamique narrative :
Il normalise (relativement) la relation :
Après les chocs initiaux (trauma, échec, pacte thérapeutique, demande en mariage), la narration entre dans une routine. Le sexe, le travail littéraire, les petites attentions font partie du quotidien. L'extraordinaire devient leur ordinaire.
Il complexifie les motivations :
La relation n'est plus seulement motivée par l'amour de Florent, le désir de guérison de Cendrine ou la transgression. S'y ajoutent maintenant le plaisir partagé, l'habitude, une tendresse naissante, et la curiosité sexuelle mutuelle (le désir non formulé de Cendrine, l'anticipation du trio).
Il prépare de nouveaux conflits :
La stabilité est précaire. Plusieurs bombes à retardement sont amorcées :
1. Le décalage entre leur réalité et la "morale bien pensante" qu'ils doivent affronter (mariage, famille).
2. L'introduction concrète du désir lesbien de Cendrine comme élément actif et non plus théorique dans leur couple.
3. La peur sous-jacente de Florent de "tout gâcher" en faisant mal, rappelant la vulnérabilité physique et émotionnelle de Cendrine.
Il affine le style et la voix :
Le langage mélange toujours le cru et le lyrique, mais avec plus de fluidité. Les métaphores (allumettes, cavalière, censure littéraire) s'entremêlent aux descriptions techniques, créant une voix narrative unique, à la fois cynique, romantique et profondément incarnée.
5. Suite générative
Alors que leur équilibre fait de tendresse apprise et de désirs triangulaires semblait tenir, lequel des trois viendrait le faire basculer : le regard d'une copine intriguée, la pression d'un monde adulte exigeant des comptes, ou la vieille peur, tapie sous la peau de bébé, que la douleur ne ressurgisse au moment même où le plaisir se croyait enfin maîtrisé ?

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