006 - le sien à lui
Elle est cool, Coralie, ma petite copine brune qui traîne avec sa blonde, moi. Aucun signe extérieurs de LGBTQIA+, on est plutôt classes, classiques et insignifiantes. Coralie ne veut plus que Florent nous regarde faire. Je dois me partager entre les deux. De quoi jouir plusieurs fois par jour, trois fois au maximum si je me compte toute seule pour m’endormir et me réveiller aussi parfois. Mon corps de femme naissante se réclame à ma libido avec la volonté universelle de la vie.
Mon existence est bipolaire, comme elle. Il y a quand je suis avec elle. Il y a quand je me rappelle d’elle. Cendrine est tout le temps dans mes pensées. Elle s’est coupée les cheveux mais elle est toujours aussi sexy, à genoux sur moi elle y va à son rythme, ses deux petits seins me regardent sans bouger pourtant elle danse, les yeux fermés, la tête en arrière. Mes mains glissent sur les cuisses lisses et douces pour attraper ses fesses et donner un a coup histoire de lui ouvrir les paupières sur ses yeux clairs. Je ne sais pas pourquoi mais dès que je regarde mon anatomie dans la sienne et mes poils qui se mélangent aux siens, j’ai du mal à me retenir de jouir, même en y repensant quand elle n’est pas là, sur moi, à tanguer de plaisir. Qu’est ce qu’elle ressent ?
Quand il est en moi et que je suis sur lui, je me sens tellement femme, ça m’excite autant que le reste dans des proportions qui restent indéterminées. Qu’est ce que je vais raconter à ma gynéco ? Il me faut une contraception, une sans risque pour mon avenir de maman, une capsule sous cutanée ou bien ? Il me faut des plus gros seins, il me faut…
Elle tressaille comme une épileptique quand j’enfonce mes doigts entre ses fesses. Elle y a déjà mis du lubrifiant ou alors elle est très excitée. Moi aussi je faillis et mon esprit s’échappe de mon corps un instant avant de revenir soulagé et apaisé. Cendrine se retourne déjà et se met en position d’attente pour le deuxième round. Les fesses en l’air, elle me présente son désir que je masse avec mes pouces, l’un après autre, en attendant que mon outil soit à nouveau opérationnel.
Je suis comblée. J’ai tout. Lui, elle. Florent et Coralie. Mon Football Club à moi. Mon foutre boules Club à nous. Je m’agrippe aux draps sous le rythme des assauts de mon amant en mon séant qui est le sien à lui.
xoxo
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Analyse synthétique des chapitres 1 à 6
1. Symbolique des événements et thèmes majeurs abordés
La triangulation comme équilibre et nouvelle alchimie :
L'introduction de Coralie n'est pas une simple diversification sexuelle. Elle crée un système triangulaire complet qui semble apporter un équilibre inédit à Cendrine. Florent représente la passion hétérosexuelle, réparatrice et fusionnelle ; Coralie incarne l'homosexualité familière, douce et complice. Ce "Football Club" à elle seule et ce "Foutre boules Club" à trois symbolisent la tentative de synthèse de son identité bipolaire. Le triangle n'est pas conflictuel, mais complémentaire, chacun comblant une partie de ses désirs et de son histoire.
L'observation de soi et la fragmentation du désir :
Le désir n'est plus seulement vécu, il est scruté, comparé, intellectualisé. Cette distance réflexive est à la fois une richesse et une forme de dissociation.
La quête d'un corps de femme "achevé" :
Les préoccupations de Cendrine évoluent vers des questions très concrètes de morphologie et de santé reproductive ("Il me faut des plus gros seins", "une contraception sans risque pour mon avenir de maman"). Le corps n'est plus seulement le lieu du trauma ou du plaisir, mais un projet à optimiser pour correspondre à un idéal (de mère, de femme désirable) et pour pérenniser son bonheur actuel. C'est l'entrée dans une forme de maturité pragmatique, voire angoissée.
Thème majeur :
La plénitude paradoxale et sa précarité :
Pour la première fois, Cendrine utilise le mot "comblée". Le système qu'elle a construit (le couple avec Florent, la relation avec Coralie, la sexualité comme jeu et réparation) semble fonctionner. Mais cette plénitude est présentée comme une performance intense ("tressaille comme une épileptique", "rythme des assauts") qui nécessite une gestion de flux ("se partager", "deuxième round"). La question sous-jacente est : cet équilibre, basé sur le partage, l'intensité constante et la satisfaction de tous les désirs, est-il tenable ?
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2. Bilan
Cendrine (la narratrice) :
Elle atteint un sommet de complexité. Elle est l'architecte et le metteur en scène de ce système triangulaire. Elle est à la fois l'observatrice lucide, la participante passionnée, et la gestionnaire anxieuse de son propre bonheur et de son corps. Sa "bipolarité" assumée devient une force : elle navigue avec une aisance surprenante entre les deux pôles de son désir, les vivant pleinement. Cependant, les questions pratiques qu'elle se pose (gynéco, contraception) sont les premiers signes que le monde réel, avec ses contraintes biologiques et sociales, commence à percer la bulle qu'elle a créée.
Florent :
Il est désormais décrit comme "mon amant", un terme qui souligne sa fonction dans ce nouveau système. Il est le partenaire hétérosexuel passionné, celui dont "l'outil" doit être "opérationnel" pour le "deuxième round". Il semble avoir pleinement intégré son rôle au sein de cette configuration, sans jalousie apparente, focalisé sur la satisfaction de Cendrine ("en mon séant qui est le sien à lui").
Coralie :
Elle se dessine comme le pôle de stabilité et de douceur. Son refus que Florent les regarde impose une frontière saine et lui donne une autonomie dans la relation avec Cendrine. Elle est l'élément "classique", l'ancrage dans une homosexualité non problématique, contrastant avec la relation intense et chargée d'histoire avec Florent.
3. Conclusion
L'œuvre explore maintenant la possibilité d'une synthèse identitaire par l'expérience et le désir. Face à une histoire traumatique et une sexualité fragmentée, Cendrine ne choisit pas une identité (lesbienne ou hétérosexuelle) au détriment de l'autre. Elle tente, de façon audacieuse et risquée, de les intégrer dans un système relationnel qu'elle gère activement. Le roman pose cette question fondamentale : l'identité, en particulier sexuelle, doit-elle être un choix exclusif, ou peut-elle être une architecture complexe et inclusive que l'on bâtit avec les matériaux de son histoire et de ses désirs ? Le "je suis comblée" est une affirmation puissante, mais le récit nous force à nous interroger sur la soutenabilité de cette synthèse et sur le coût de cette gestion permanente.
4. Analyse de ce chapitre dans le contexte de l'œuvre
Ce chapitre 6 représente un apogée narratif et un point d'inflexion potentiel.
Il résout temporairement les tensions antérieures :
La peur de l'avenir ("J’espère que ça ne nous portera pas préjudice") semble dissipée par l'équilibre trouvé. La copine-juge (Coralie) n'est plus une menace extérieure mais une participante intégrée au système.
Il change la nature du conflit :
Le conflit n'est plus interne (honte, trauma) ou interpersonnel (jalousie, maladresse). Il devient existentiel et pragmatique : comment faire durer cet équilibre parfait ? Comment gérer les implications concrètes (contraception, projet d'enfant) sans tout faire voler en éclats ? Le roman bascule de la dramaturgie de la découverte à celle de la conservation d'un bonheur fragile.
Il approfondit la voix narrative :
Le style alterne entre des descriptions d'une grande sensualité poétique ("ses deux petits seins me regardent sans bouger pourtant elle danse") et des préoccupations terre-à-terre. Cette hybridité renforce l'impression du couple à la fois profondément incarné et en constante réflexion sur sa condition.
Il prépare la suite :
Les questions pratiques ("contraception", "gros seins", "avenir de maman") sont autant de bombes à retardement qui pourraient bouleverser l'équilibre actuel. De plus, la gestion du partage et l'intensité constante ("jouir plusieurs fois par jour") laissent présager un possible épuisement ou un déséquilibre.
5. Suite générative
Alors que le système triangulaire semblait atteindre son point d'équilibre parfait, lequel des trois éléments allait le premier faire défaut : le corps de Cendrine, par une grossesse non planifiée ou une lassitude ; la patience de Coralie, face au partage ; ou l'amour absolu de Florent, face à la réalité d'être, finalement, un élément d'un ensemble et non plus l'univers entier ?

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