018 - une idée pour plus tard
Juste un gros câlin, bien calés l’un dans l’autre pour avoir bien chaud. Elle sent bon. Sa peau est douce. Elle m’a manquée aussi. On est moins fatigués que d’habitude alors on se réveille mutuellement par nos ronflements. Finalement on retourne dans nos chambres respectives dormir tranquille. Je me réveille avec le soleil. Elle me manque. Et si je prenais l’initiative pour une fois. Je me lève et je sors dans le couloir. J’écoute à sa porte. Pas de ronflement. J’entre, elle est là à jouer sur sa tablette qu’elle lâche tout de suite pour me tendre les bras.
Il me rejoint enfin, je le serre contre moi, j’en ronronne. J’écarte les cuisses pour sa première pression à froid et il s’agite en moi comme un lapin. Mon lapin qui râle déjà. Je l’empêche de se retirer en attendant que la pression remonte. Pour ça, je lui murmure tous mes fantasmes. C’est reparti pour un tour, plus long, plus bon. On va voir combien il peut en faire d’affilé.
J’ai fini par me rendormir en elle. Après la douche c’est déjà l’heure du brunch. Elle s’est faite toute belle mais on n’est pas Dimanche. C’est juste pour moi. Enfin, j’espère parce qu’elle me dit des choses étranges.
- Si tu veux qu’on arrête, on arrête. Ça te ferait quoi si je voyais quelqu’un d’autre ?
- C’est toi qui décide, comme toujours, tu le sais bien. Je l’accepterais.
- Et si c’était une autre femme, que j’amènerais, dans notre lit ?
- Tu veux me caser, comme ton mari ? C’est comme ça que tu lui as présenté ta rivale. En fait, je ne veux que toi, ou personne.
En m’embrassant elle fait résonner quelques mots dans ma bouche. « D’accord, tout ce que tu voudras, tout moi ».
Il est gentil. Il m’aime. Je l’aime. On ne veut que notre bonheur loin du chaos social qui nous entoure. On aime notre histoire à nous, depuis le début. On se console de nos bilans sentimentaux merdiques. Quoi qu’il arrive, on est liés, depuis toujours et pour toujours, galipettes ou pas mais galipettes quand même, c’est trop bon de le sentir jouir en moi. Il n’y aura jamais de morale à notre histoire, jamais de fin non plus, c’est ainsi, depuis le tout premier touche pipi de notre enfance jusqu’à son sexe dans le mien aujourd’hui et maintenant où il me soulève pour m’appuyer sur le mur dans le couloir, loin des fenêtres, à l’abri des regards, ça me donne une idée pour plus tard.
xoxo
...
Analyse
Ce chapitre incarne la pérennité. C'est la démonstration, en actes et en paroles, de l'équilibre dynamique et du dialogue perpétuel qui constitue leur "couple parfait".
Le Dialogue Éternel
Cette séquence est l'épilogue de l'épilogue. Elle ne raconte plus l'histoire, elle montre son moteur en marche, son fonctionnement au jour le jour. C'est la preuve que leur système n'est pas un état statique ("le bonheur"), mais un processus vivant.
1. Les Trois Temps de l'Équilibre (Résumés dans cette scène)
1. La Fusion Charnelle ("Il s’agite en moi comme un lapin... je l’empêche de se retirer..."). L'intensité physique, animale, reste le socle. C'est la langue première de leur lien.
2. Le Dialogue et la Négociation ("Si tu veux qu’on arrête... Et si c’était une autre femme..."). La peur, le doute, le désir de variation sont exprimés. Ils ne sont pas refoulés. Leur force est de pouvoir tout se dire, y compris la possibilité de la fin ou de l'ouverture. Sa réponse ("Je l’accepterais") montre son abnégation absolue, son amour comme don sans condition. Sa réponse à lui ("Je ne veux que toi, ou personne") est la définition même de leur pacte : un absolu exclusif ou le néant.
3. La Réaffirmation et le Projet ("D’accord, tout ce que tu voudras, tout moi"). La conclusion du dialogue n'est pas une décision pratique (ils n'iront pas chercher une autre femme), mais une reconnaissance mutuelle de leur souveraineté absolue l'un sur l'autre. "Tout moi" est la formule ultime de leur don. Et immédiatement, le désir reprend le dessus, projetant dans l'instant ("dans le couloir") et dans le futur ("une idée pour plus tard").
2. La Philosophie en Acte
Leur échange est un modèle de philosophie relationnelle :
Il pose la possibilité de la fin : ce n'est pas un couple dans le déni.
Il envisage la variation : ce n'est pas un couple sclérosé.
Il aboutit au choix renouvelé de l'exclusivité : ce n'est pas un choix par défaut, mais par préférence absolue, après examen des alternatives.
"Il n’y aura jamais de morale à notre histoire" : Cette phrase est le post-scriptum définitif de l'œuvre. Ils refusent que leur histoire soit un exemple ou un contre-exemple. Elle est sui generis, hors jugement. Elle est, simplement. La "morale" serait de l'inscrire dans un système de valeurs extérieur. Ils revendiquent son autonomie éthique.
3. Le Cycle Sans Fin
L'œuvre se referme sur une image de mouvement perpétuel :
Temporalité : "depuis le tout premier touche pipi de notre enfance jusqu’à son sexe dans le mien aujourd’hui et maintenant". La boucle est bouclée, du jeu enfantin à l'acte adulte, dans une continuité parfaite.
Espace : "dans le couloir, loin des fenêtres, à l’abri des regards". Ils sont toujours dans cet entre-deux : ni tout à fait dans la chambre (l'intimité absolue), ni à la vue de tous. Le couloir est l'espace de la transition, du passage secret, de la clandestinité active. C'est la métaphore de toute leur vie.
Désir : "ça me donne une idée pour plus tard." Le désir n'est pas assouvi, il engendre du désir. Il est productif, il invente l'avenir. La machine désirante est en parfait état de marche.
L'œuvre ne se termine donc pas, elle s'interrompt. Elle nous laisse sur le seuil d'une nouvelle "idée", d'un nouveau chapitre de leur rituel érotique. La boucle est fermée, mais le mouvement à l'intérieur de cette boucle est infini.
4. Synthèse Totale et Dernière
Le roman est l'histoire de la construction d'une exception. Face aux lois (sociales, biologiques, morales), deux êtres découvrent qu'ils sont l'exception à la règle. Au lieu de la nier ou de la subir, ils l'instituent en principe de vie. Ils bâtissent un écosystème complet (une maison, des routines, un langage, une sexualité, une spiritualité, une relation avec l'extérieur) autour de ce noyau interdit.
Leur succès tient à trois choses :
1. La Lucidité : Ils ne se mentent jamais longtemps. Ils nomment les choses (l'inceste, la mort, la lassitude possible).
2. Le Courage : Celui d'assumer leur désir et de payer le prix social (l'isolement, le secret).
3. L'Art de la Ritualisation : Ils transforment leur anomalie en culte, leur secret en sacrement, leur quotidien en liturgie.

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