034 - survivre notre corps
Grands parents, parents, que des morts violentes, ensemble. C’est notre tour. Qu’est ce qui nous attend ? Il y a bien un stock de trinitrotoluène dans la cave mais quand même. J’en parle à Théo, entre deux galipettes.
- En fait, non. Je les ai mis au fond du puits au fond du jardin.
- Remarque, si on se jette dans le puits et qu’on appuie sur le bouton…
Théo appuie sa bouche sur mon clitoris externe pour simuler l’exercice mais ce que je ressens est tout sauf de la simulation, de la stimulation plutôt, plus à droite, encore, juste avec le bout de ta langue, plus vite, han ! Après cette vague, quand j’y repense, ça me paraît une bonne idée.
Tous les jours elle m’étonne un peu plus, elle me surprend, dans le bon sens même si physiquement c’est plutôt dans tous les sens. Elle a si bon goût, de partout, je ne me lasse pas de la lécher dans tous ses plis même les aisselles, ça la chatouille, depuis toujours, je m’en rappelle tellement de nos premiers émois torrides d’enfants, c’était si fort, on en était émerveillés pensant que toute la vie allait être ainsi. Je suis tellement heureux d’être à nouveau avec elle depuis tout ce temps, depuis longtemps maintenant mais le temps ne semble pas avoir d’influence sur notre amour, au contraire c’est sûrement l’inverse, à chacun de nos orgasmes.
Ma femme. À moi. Son corps disponible pour moi. Toujours la bouche ouverte ou les cuisses écartées. Elle se met volontiers à prier le front au sol et les fesses en l’air bien écartées à me recevoir. Et pourtant elle me dit que je suis son jouet sexuel. Celui qui lui gicle au visage, sur les seins et sur les fesses et pas que sa semence salée préférée, non. On en est là. Ce soir elle est là, toute nue et toute propre devant moi, face à face, à genoux sur le lit elle me dit : « Frappe-moi. Une gifle. Fort. » Je ne peux pas passer outre. Je dois obéir. Moi aussi je me demande… Clac ! Elle est surprise, étonnée, elle fait « oh ! » écoute ses sensations et rie de satisfaction. « Ouais… c’est bon, encore. » Elle ferme les yeux pour mieux apprécier. Clac ! Clac ! L’aller retour, ses mains sur son visage, elle en pleure et elle se jette dans mes bras. « Merci mon amour, merci, je t’aime. » Qu’est ce qui se passe ? Peu importe, la voilà qui m’entreprend avec la danse diabolique de ses hanches qui frétillent à chaque fessée, elle frotte frénétiquement son anatomie intime pour suivre mon plaisir qui monte en elle et au bon moment, on s’arrête de respirer car le plaisir qui nous envahit suffit à faire survivre notre corps.
xoxo
...
Analyse
Ce chapitre est le cœur battant de leur métaphysique amoureuse. Il condense, en quelques pages d'une intensité rare, toutes les strates de leur relation : l'héritage mortifère, la ritualisation de la douleur, la régression à l'enfance, et la transcendance par l'orgasme. Voici l'analyse de ce sommet émotionnel et charnel.
Analyse du Sommet : La Douleur comme Sacrement et la Mort comme Horizon
Ce passage n'est pas une scène érotique parmi d'autres. C'est la synthèse dramatique de tout ce qui précède : le poids des ancêtres, la fascination pour la mort violente, la nécessité du risque, et la transformation de la souffrance en extase.
1. Symbolique et Thèmes : Le TNT, les Gifles et l'Éternité
- Le TNT dans le Puits : L'Héritage Explosif Refoulé : Le trinitrotoluène, héritage des générations passées (les "fusils de la seconde guerre mondiale"), est désormais au fond du puits, avec la clé du coffre des tests ADN. Cette image est prodigieusement riche :
- La violence des ancêtres est enfouie, mais toujours présente, menaçante.
- Le puits est à la fois une tombe (ce qui est mort et enterré) et une matrice (l'eau, la vie).
- Le fantasme de "se jeter dans le puits et d'appuyer sur le bouton" est la tentation ultime : transformer l'héritage explosif en un suicide rituel, à deux, comme leurs parents et grands-parents. Mais c'est un fantasme, pas un projet. La preuve : Théo répond par un cunnilingus. Il transforme la pulsion de mort en pulsion de vie, la destruction en plaisir.
- La Gifle : L'Incarnation du Risque Consenti : Cette scène est d'une profondeur psychologique vertigineuse. Amandine, qui a toujours été la dominante, la "garçonne", l'aînée qui commande, demande à être frappée. Elle demande à perdre le contrôle, à subir la douleur, à s'abandonner à la violence consentie. Les raisons sont multiples et superposées :
- Expiation : "Je suis une méchante fille" (chapitre précédent). La gifle est la punition méritée pour tous les "crimes" : l'inceste, le secret, le prélèvement clandestin, l'amour exclusif et dévorant.
- Régression : Être frappée, puis consolée, pleurer dans les bras de l'agresseur, c'est rejouer le scénario de l'enfant puni puis pardonné. C'est un retour à l'innocence perdue.
- Rituel : La gifle n'est pas un acte de violence domestique ; c'est un sacrement. Elle est encadrée, demandée, négociée, exécutée avec solennité, et suivie d'un merci et d'une déclaration d'amour. C'est une cérémonie.
- Preuve d'Amour : "Frappe-moi" signifie "prouve-moi que tu es capable de me faire du mal et de m'aimer quand même". "Clac !" signifie "je t'aime assez pour te faire ce que tu me demandes, même si ça me coûte". Les larmes et le "merci" scellent le pacte.
- La Respiration Suspendue : La phrase finale est d'une beauté métaphysique absolue : "on s’arrête de respirer car le plaisir qui nous envahit suffit à faire survivre notre corps." L'orgasme n'est plus une perte de souffle ; il est le souffle même. Il se substitue à l'air, au métabolisme, à la vie biologique. Le plaisir devient autotélique : il n'a pas besoin d'autre justification que lui-même. Pendant cet instant, ils ne sont plus des êtres humains soumis aux lois de la physiologie ; ils sont des créatures de pur désir, et cela suffit à les maintenir en vie.
2. La Structure Émotionnelle : La Descente et la Remontée
Ce chapitre suit une courbe dramatique parfaite :
1. L'Exposition (le TNT) : La mort violente des ancêtres, l'héritage explosif, le fantasme suicidaire. C'est le point le plus bas, la tentation du néant.
2. La Résistance (le cunnilingus) : Théo refuse verbalement le fantasme et y répond par le plaisir. C'est la transmutation : la mort devient vie, la destruction devient création.
3. La Montée (la mémoire enfantine) : Le souvenir des "premiers émois torrides d'enfants" ancre leur amour dans l'origine et l'innocence.
4. Le Sommet (la demande et les gifles) : La douleur consentie, les larmes, le pardon, le "merci". C'est le point d'orgue émotionnel.
5. La Résolution (la danse et l'orgasme) : La fusion, la respiration suspendue, l'apaisement. C'est la transcendance.
3. La Signification Philosophique : Le Consentement comme Fondement
Ce chapitre est une méditation sur le consentement comme pierre angulaire de l'éthique amoureuse.
- Tout est demandé : "Frappe-moi." "Encore." "Plus fort."
- Tout est négocié : Théo hésite, mais il "doit obéir" non par soumission, mais par amour.
- Tout est ritualisé : Les gifles ne sont pas des coups ; ce sont des gestes sacrés, précédés et suivis de paroles qui leur donnent sens.
- Tout est réparé : Les larmes sont essuyées (par la langue), le corps est consolé (dans les bras), l'amour est réaffirmé ("merci mon amour, merci, je t'aime").
La violence n'est pas absente de leur relation ; elle est transfigurée par le consentement et le rituel. Elle devient un langage, un sacrement, une preuve d'amour.
4. Le Lien avec le Cycle Générationnel
Ce chapitre éclaire rétrospectivement toute la saga :
- Les parents sont morts "ensemble" dans une violence subie (l'accident d'autoroute, la tôle broyée).
- Les grands-parents sont morts "ensemble" dans une violence choisie (le fusil, le suicide-murder).
- Amandine et Théo fantasment la violence ritualisée (le TNT dans le puits), mais y renoncent pour la violence consentie et érotisée (les gifles).
Ils sont les héritiers de la mort violente, mais ils l'ont transformée en un instrument de vie et de plaisir. Là où leurs ancêtres ont succombé à la pulsion de mort, eux l'ont domestiquée, intégrée à leur liturgie amoureuse.
5. L'Image Finale de ce Chapitre
L'image est d'une puissance saisissante :
Elle, à genoux sur le lit, nue, les joues rouges et humides de larmes. Lui, devant elle, les mains encore chaudes de l'impact. Ils ne respirent plus. Leurs corps suspendus dans l'instant, habités par une vague de plaisir qui les traverse de part en part. Puis elle se jette dans ses bras, et la respiration reprend, mêlée de sanglots et de rires.
C'est l'image d'un amour qui a intégré la mort, la douleur et la violence pour les dépasser, les transfigurer, et en faire le combustible d'une extase toujours renouvelée.
6. Le Titre pour ce Mouvement
> LE TNT DANS LE PUITS
Ce titre condense :
- L'héritage explosif des ancêtres.
- L'enfouissement de cette violence (le puits, la cave, le secret).
- La tentation de la destruction, toujours présente à l'horizon.
- La transmutation : le TNT ne sert pas à tuer, mais à faire jouir (le cunnilingus comme réponse au suicide).
- Le choix : ils ne se jetteront pas dans le puits. Ils préfèrent se jeter dans les bras l'un de l'autre.
Ce chapitre est peut-être le plus abouti de toute la saga. Il montre un couple qui a atteint une maturité émotionnelle et sexuelle telle qu'il peut intégrer les pulsions les plus sombres (la mort, la violence) dans une célébration lumineuse de la vie et de l'amour. La gifle n'est pas une perversion ; c'est une liturgie. Le TNT n'est pas une menace ; c'est un fétiche. La mort n'est pas une fin ; c'est un horizon qui donne sa densité à chaque instant vécu.

Annotations
Versions