40. Le Carnaval des amoureux

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Juanes - La Camisa Negra : https://youtu.be/kRt2sRyup6A

Alken

Nous sortons de la gare de Nice et tout de suite, cette atmosphère si particulière de la ville nous assaille. C’est un mélange de bruits d’une grande ville, d’une température très agréable pour un mois de février et de personnes qui ont toutes l’air d’être en vacances. Il y a aussi beaucoup de touristes, des français, mais surtout des russes, des anglais, des américains, des chinois. Je ne suis pas venu souvent dans cette ville, mais à chaque fois, le charme a opéré. J’entraîne Joy à ma suite et nous longeons la Place Masséna avec ses belles façades rouges. La place est magnifique avec ses fontaines et ses palmiers, et je constate avec plaisir que Joy est tout sourire à mes côtés. Je crois qu’elle aussi est séduite par la ville.

— Il fait bon, n’est-ce pas ? On a l’air un peu bête avec nos gros manteaux.

— On vient de Lille, on ne pouvait pas arriver en petite veste en jean sous peine de choper une pneumonie, rit Joy.

— C’est clair, mais ça va, la salle n’est pas très loin. On va arriver à la Promenade des Anglais, tu vas voir, la vue est magnifique.

Effectivement, quand nous prenons la petite rue qui mène à la célèbre avenue niçoise, Joy tire sur ma manche afin que l’on s’arrête pour admirer la vue de cette longue rue qui suit le bord de mer jusqu’à l’aéroport que l’on voit au loin. De l’autre côté, la petite colline qui surplombe la ville est aussi intrigante, avec ses maisons toutes collées dans cette partie plus ancienne de la ville. Elle sort son téléphone et prend un selfie de nous deux, avec la mer en arrière plan et les reflets du soleil sur l’eau. Une bien jolie photo de notre couple.

— Ce soir, si tu veux, on ira manger au cours Saleya et faire un tour au Château, après le Carnaval. C’est comme ça que les locaux appellent la colline même si je n’y ai jamais vu que des ruines et une cascade, souris-je. Tu vas voir, c’est une ambiance incroyable, dans cette ville !

— On fait tout ce que tu veux, je ne connais pas du tout et j’ai envie de visiter un peu.

— Avant, on va devoir danser un peu, nous ne sommes pas venus pour faire de la figuration !

Nous pénétrons après une petite marche bien agréable dans l’hôtel de luxe qui accueille la compétition. Tout est magnifique à l’intérieur, et ils ont transformé leur salle de conférence en salle de spectacle où il sera très plaisant de danser. Une jeune hôtesse nous indique la salle où nous pouvons nous échauffer et nous confirme que nous allons passer pour la présélection dans à peine trente minutes. Le timing est vraiment serré, mais cela ne nous fait pas peur.

J’ai l’impression que le concours a pas mal de succès auprès de beaucoup d’amateurs au vu du nombre de couples qui sont venus. Dans les couloirs, nous croisons Tarzan, D’Artagnan, la Belle et la Bête, Catwoman, la Petite Sirène. Certains costumes sont faits maison et sont super mignons, d’autres viennent du supermarché, mais ce qui est vraiment bien, c’est que tous sont là pour pouvoir faire cette compétition, pour pouvoir danser. Nous entrons dans la petite loge qui sert à tout le monde pour enfiler son costume et nous en profitons pour échanger quelques baisers. Comme prévu, Joy est magnifique dans sa tenue de policière. Le cuir, les menottes avec lesquelles elle joue nonchalamment, la mini-jupe qui dévoile ses magnifiques jambes, sa chevelure qu’elle relâche, elle joue à fond sur le fantasme de la dominatrix et j’en suis presque à me mettre à genoux devant elle pour quémander un baiser de cette déesse policière.

— Eh bien, soufflé-je dans son cou alors qu’elle se maquille, je crois que j’ai hâte de me faire arrêter !

— Ben voyons, sourit-elle. On ira au poste de Police après alors, je suis sûre qu’un vieux flic sera prêt à te passer les menottes, beau danseur.

Je constate avec plaisir qu’elle aussi admire ma tenue. Le haut est un peu serré et les bandes rayées mettent bien en valeur mon torse et mes muscles. Quant au pantalon, il est classique mais lui aussi bien ajusté. Je pense que le danseur pour qui ce costume a été réalisé était juste un peu plus petit que moi, mais ce n’est pas un souci car cela me fait presque un justaucorps qui va très bien avec le costume moulant de ma partenaire. Celle-ci a fini de se préparer et me fait signe de tendre les bras vers elle, ce que je fais sans discuter. Elle joue parfaitement son rôle et m’attache les menottes autour des poignets. Heureusement que ce sont des accessoires de spectacle et qu’elles sont rembourrées à l’intérieur avec un peu de tissu, car ma jolie brune le fait avec force. Puis, elle tend sa main vers moi, paume en l’air et me fait signe d’approcher en bougeant son index d’une manière sensuelle. Elle se penche vers moi, m’embrasse avec force et je me laisse faire avec plaisir.

— Tu comptes faire ça pendant la chorégraphie ? Parce que ça fait une excellente intro, je trouve. Tu vas mettre tout le jury dans un état d’excitation pas possible ! ris-je en enlevant les menottes pour les lui rendre.

— Possible, si on peut le caler quelque part. Tu n’as pas peur de vouloir tout changer comme ça à quelques minutes du début du concours ?

— Non, il faut savoir s’adapter dans le monde du spectacle. Et avec toi, je suis sûr que nous nous adapterons sans souci. C’est tellement naturel de danser avec toi ! Allons voir ce que ça peut donner.

Pendant l’échauffement, nous en profitons pour essayer les portés avec les menottes et nous mettons au point les derniers détails avant d’être appelés très rapidement pour passer dans la grande salle où se déroule la compétition. Je dépose un petit baiser à Joy qui a l’air plus stressée que moi et nous nous installons au milieu de la scène pendant que les édiles locaux et Jeanne Longchamp, la marraine du concours et chorégraphe professionnelle, vérifient nos identités. Je connais bien Jeanne pour avoir fait quelques spectacles avec elle et elle sourit en voyant mon nom, même si mon visage est masqué.

— C’est à vous. Espérons que le Prisonnier parviendra à se libérer des charmes de sa jeune et jolie policière, lance-t-elle, en appréciant visiblement la première impression que nous donnons.

Je me place derrière Joy alors que les premières notes de La Camisa Negra retentissent. J’enlace Joy qui fait semblant de vouloir me repousser dans un premier temps, mais j’insiste, ce qui nous permet de faire nos premiers pas et premières figures. C’est comme si un dialogue entre nos deux talents commençait à se nouer mais ceci est stoppé net quand je l’enlace et qu’au lieu de me repousser comme elle l’a fait les premières fois, elle attrape mes mains et me passe les menottes avant que je cale mes bras sous sa poitrine, devenant ainsi le prisonnier volontaire de cette étreinte qui ne doit jamais s’arrêter. Et pour symboliser cela, alors que ce n’était pas prévu, nous enchaînons les pas suivants que nous devions faire à distance en étant collés l’un contre l’autre. Quand enfin, je me libère en passant mes bras au dessus de sa tête, la frustration que Joy ressent n’est pas feinte et nous continuons notre danse avec elle, pleine de grâce, qui me court derrière avant de me rattraper. La danse se termine quand Joy me rattrape et que ses mains passent autour de mon cou. Nos deux visages sont à quelques centimètres et je sens son souffle contre le mien. Je résiste à l’envie de l’embrasser et nous nous éloignons enfin pour saluer le jury.

— Nous vous enverrons un SMS dans la journée pour vous indiquer officiellement notre décision. Mais vous pouvez vous préparer pour demain, c’était… Impressionnant ! Bravo !

Je souris à cette remarque qui nous indique notre probable sélection et nous sortons de la salle, tout heureux. Pendant que nous nous rhabillons, Joy n’arrête pas de venir m’embrasser, comme si la frustration de la danse se faisait encore ressentir en elle.

— Tu vois, mon Coeur, tu as été formidable ! Même dans l’improvisation ! Danser avec toi, c’est tellement magique et naturel, c’est fou.

— C’est la danse de l’amour, Prof, rit-elle en venant se presser contre moi. Deux corps qui se comprennent, se connaissent et s’aimantent, qui vont dans la même direction, et deux cœurs qui battent à l’unisson.

— Eh bien ! Nice te rend encore plus romantique qu’habituellement, ma Chérie. Et j’en suis ravi ! Allons profiter un peu de la ville, maintenant ! Le Carnaval débute en milieu d’après-midi. Tu vas voir, c’est magique d’admirer tous ces chars, ces danseurs, de voir les rires des enfants et de profiter de l’ambiance.

Nous passons rapidement à l’hôtel que j’ai réservé pour y déposer nos sacs et nous grignotons un sandwich avant de nous rendre sur l’avenue Jean Médecin, non loin de la Cathédrale, afin de prendre place au bord de la route et admirer le spectacle qui va commencer. Des vendeurs de confettis et de bombes à serpentin déambulent entre tous les spectateurs. Je profite que l’attention de Joy soit tournée vers le premier char qu’on commence à voir en bout de rue, pour me reculer un peu et, une fois mes achats effectués, je reprends place près d’elle.

— Tiens, c’est pour toi, ma Chérie, lui annoncé-je en lui donnant un gros ballon gonflé à l’hélium, en forme de cœur rouge et argenté, bien brillant. Ça, c’est parce que je t’aime. Et ça, ajouté-je en lui versant une poignée de confettis sur la tête, c’est parce que tu me rends encore plus fou que je ne le suis déjà !

— Alken, pouffe-t-elle, tout sourire en venant déposer un baiser sur mes lèvres. Et c’est moi qui suis encore plus romantique que d’habitude ? Merci, danseur de ma vie, tu es trop mignon !

— Je ne suis pas mignon, je suis amoureux ! Et ici, on est libres de vivre notre Amour comme on veut, ça fait vraiment du bien.

Je donne un sac de confettis à Joy et nous nous amusons à en lancer sur les différents artistes qui participent au cortège comme sur nous-mêmes entre deux fous rires. Nous admirons les chars qui passent, tous aussi bien réalisés les uns que les autres. Quand le char du roi arrive, je me rapproche de ma chérie et lui explique ce qu’il va se passer.

— Tu vois, ce char, eh bien, ils le brûlent le dernier jour du Carnaval. C’est un moyen de se moquer des autorités et d’affirmer la liberté du peuple. J’ai bien envie de réaliser un char à l’effigie d’Elise et de le brûler sur le parking de l’ESD. Tu en penses quoi ?

— Bonne idée. Tu crois qu’on pourrait en faire un gros et y coller tous ceux qui trouveraient ça si terrible de nous savoir ensemble ? J’ai l’impression d’être une hors la loi tous les jours en t’aimant, pourtant ça n’a rien de malsain ou je ne sais quoi. C’est même la meilleure chose possible. Tu mets des confettis dans ma vie, Alken O’Brien, sourit-elle en m’enlaçant.

— J’espère que tu aimes avoir tous ces confettis dans ta vie, alors. Tu sais, au pire, si on quitte l’ESD, on essaie d’intégrer la troupe des danseurs du Brésil. Moi, j’adorerais te voir vêtue d’un bikini avec de grandes plumes aux fesses et danser dans les rues des plus belles villes du monde pour tous les carnavals ! me moqué-je. Sans oublier, qu’au moins, à chaque parade, je pourrais bien me rincer l'œil… Sur toi, hein, pas sur toutes ces magnifiques danseuses !

— Tu peux te rincer l’œil tous les jours, pas besoin que je me retrouve avec des plumes pour ça. Et puis, je ne sais pas si voyager tout le temps me plairait. J’aime avoir un chez-moi et le truc tout bête de te retrouver à la maison le soir. C’est… Un peu gnangnan peut-être, mais vu notre situation, ces petits moments de normalité sont les meilleurs.

— C’est vrai qu’une vie itinérante, c’est pas ce qu’il y a de plus tranquille. Le spectacle t’a plu ? Moi, ce que je trouve le plus fort, ce sont les italiens qui lancent leurs drapeaux géants en l’air, le font tournoyer et le rattrapent comme si de rien n’était. Je ne sais pas comment ils font ni combien de temps ils se sont entraînés pour parvenir à une telle coordination, mais c’est vraiment splendide. Tu as faim ? On va jusqu’au cours Saleya pour manger dans le Vieux Nice ?

— C’était superbe. J’espère qu’on reviendra d’ailleurs. Et… Tu me parles chinois, Alken, je ne connais pas du tout Nice alors je te suis, je te fais confiance. N’oublie juste pas que j’ai un gros ballon à trimballer, rit Joy.

— Il vole tout seul, ce ballon ! Suis-moi, je vais te montrer cette vieille ville avec ses petites rues où tu peux serrer la main à ton voisin de l’immeuble d’en face, et il y a plein de magasins qui vendent des produits provençaux. Rien de tel qu’une soirée en amoureux pour se mettre dans les bonnes conditions pour le concours de demain. Et un petit dîner romantique pour fêter la Saint Valentin un peu en avance ! Que j’aime ces moments passés avec toi, Joy…

— Ça vaut mieux, sinon tu devrais te demander ce que tu fiches avec moi, mon Chéri. Crois-moi, je les aime aussi beaucoup, ces moments.

Bras dessus, bras dessous, nous nous éloignons un peu de l’agitation du centre ville où le cortège finit de parader pour nous rendre dans la vieille ville. Joy est toujours aussi adorable, avec son ballon en forme de cœur, des confettis un peu partout dans ses longs cheveux malgré ses efforts pour s’en débarrasser et surtout, son magnifique sourire qui ne semble plus pouvoir quitter ses lèvres. J’adore la rendre heureuse comme ça, c’est un sentiment dont je ne pourrai plus jamais me passer.

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