44. Un article compromettant

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Alken

Je suis en train de préparer mon café quand Kenzo débarque dans la cuisine, son téléphone à la main. Apparemment, il est en visio avec Théo car je reconnais sa voix. Joy a passé la soirée en visio avec les deux amoureux et, d’après ce que j’ai entendu, ils lui ont demandé au moins trois fois de raconter la scène de la cascade comme ils appellent ça. Théo a voulu tout savoir, et vu les éclats de rires que j’ai entendus et la bonne humeur de Joy après coup, je crois qu’elle a passé un bon moment.

— P’pa, Théo a un truc à te dire, me dit mon fils en me passant son téléphone.

Je vois le jeune black confortablement installé dans son lit, dans une chambre d’hôtel basique mais confortable. Il me sourit et commence par me faire un signe, poing fermé et pouce levé.

— Bonjour Théo. Joy ne t’a pas tout raconté hier soir ? demandé-je, amusé. Pourtant vu le temps que vous avez passé à rire, je croyais qu’elle t’avait donné tous les détails, même les plus intimes !

— Si tu savais tout ce qu’elle me dit, ricane-t-il, tu n’aurais pas l’air si assuré, Prof ! Je sais tout de votre vie, tu n’as pas idée !

— Tout ? Et tu n’es pas jaloux, dis-je en souriant. Tout se passe bien à Paris ? Je crois que tu as bientôt fini le spectacle, non ?

— Ouais, retour à Lille dans quelques semaines. C’est passé trop vite, c’est fou ! Mais, au moins, je serai disponible pour votre grand jour ! Fais gaffe, Joy va vouloir la totale, mon pauvre, tu ne sais pas dans quoi tu t’es embarqué !

— J’espère bien qu’on va faire la totale, Théo. Et tu as intérêt à être là, ça mettra un peu de couleur dans la cérémonie. Tu as dit oui aussi, à ce qu’il parait, Joy était toute contente que tu acceptes d’être son témoin.

— Tu m’étonnes, on a tous besoin d’un Théo dans sa vie, sourit-il. Et j’ai hâte de la voir toute stressée, incapable de se maquiller sans avoir l’air de ressembler à Marilyn Manson, prête à quitter l’église ou la mairie ou je ne sais pas ce que vous prévoyez. Bref, félicitations ! Mais si tu la fais souffrir, je te tue, c’est clair ? Et après t’avoir longuement fait souffrir.

— J’ai envie de faire plein de choses à Joy, mais clairement pas la faire souffrir. Bon, je dois te laisser, il y en a qui bossent en journée. Je te repasse Kenzo. Et tiens moi au courant quand tu rentres. Mon fils m’a dit que vous allez emménager ensemble à ton retour mais il est avare de détails, alors, n’hésite pas à me tenir au courant.

— Je ne te donnerai clairement pas autant de détails que ta fiancée m’en donne, je te préviens, pouffe-t-il. A bientôt, Prof ! Prends soin de ma meilleure amie !

Je me demande ce que Joy qui débarque à ce moment-là dans la cuisine peut bien lui raconter. Elle ne lui a quand même pas décrit ce que nous avons fait avec les costumes en rentrant de l’ESD hier soir ? Parce que c’est clair qu’elle est bien rentrée dans son rôle de policière dominatrice et que j’ai exaucé le moindre de ses désirs, soumis et excité par ses ordres et ses fessées pour me faire obtempérer. C’était divin d’être livré ainsi à ses délicieuses tortures, attaché au lit. Nous n’étions pas dans nos rôles habituels, mais le costume a bien aidé et la force de l’orgasme que nous avons tous les deux connu a démontré tout l’intérêt de ce jeu de rôle. En tous cas, si elle lui a expliqué ce que nous avons fait, je comprends mieux les propos de Théo.

— Tu racontes vraiment tout à Théo ? lui demandé-je en souriant alors qu’elle se fait chauffer un café. Il s’est gentiment moqué de moi, ce matin.

Elle ne porte qu’une petite culotte blanche et un de mes tee-shirts et elle est, comme toujours, adorable dans cette petite tenue. Ses fesses bien rondes et ses jolies jambes sont une vraie invitation au crime et je fais un effort sur moi-même pour ne pas me lever et lui faire l’amour, là tout de suite, même en présence de mon fils.

— Non, ça va pas la tête ? rit-elle. Il te charrie ! J’aime garder mon jardin secret, quand même, et je n’aimerais pas qu’il me dise tout de sa propre vie sexuelle. Et puis, tu crois vraiment que j’irais lui raconter nos nombreuses parties de jambes en l’air ? Où est-ce que je trouverais le temps ? C’est beaucoup mieux de les vivre.

Je suis un peu rassuré et nous partons tous les trois à l’ESD dans ma voiture. Je dépose les deux jeunes à quelques mètres de l’école avant d’y entrer seul, toujours pour préserver les apparences.

— Bonjour Marie, tu vas bien ?

La jolie secrétaire a l’air d’aller mieux depuis le jugement et elle a retrouvé le sourire. Cependant, ce matin, elle me fait signe de m’approcher.

— Elise veut te voir. C’est à propos de l’article sur Nice Matin. Bravo pour le concours, hein ! Tu nous avais caché que tu y participais !

L’article ? Elise sait pour le concours ? Mais comment est-ce possible ? Et puis, c’était un bal masqué, ils n’ont quand même pas donné nos noms aux journalistes sans notre accord, si ? Fébrilement, j’essaie d’ouvrir l’article sur mon téléphone, mais le lien ne se charge pas et je vois qu’il faut payer pour accéder au contenu du journal. Je frappe à la porte du bureau et entre lorsque la Directrice m’y invite.

— Bonjour Elise, tu voulais me voir ?

— Si Marie te l’a dit, c’est que c’est le cas, non ? me demande-t-elle froidement. Assieds-toi.

J’obtempère et me dis qu’il vaut mieux attaquer que de lui laisser l’avantage.

— Pour le concours, je sais que j’aurais dû te prévenir, mais je ne pensais pas que mon nom allait ressortir, Elise. Sinon, tu penses bien que je t’en aurais parlé. Je sais bien que notre contrat prévoit que comme on fait partie de l’école, si on participe à des événements publics, on doit t’en parler pour préserver l’image de l’ESD. Mais bon, tu vois, il n’y a pas de mal, on a gagné, et ça ne peut que renforcer la crédibilité de l’institution, tu ne crois pas ?

— Tu fais souvent des concours avec des élèves de l’ESD sans que ce soit à ma demande ? Ou c’est juste la petite Joy qui a tes faveurs ?

Ah mince, il n’y a pas que mon nom qui est ressorti, mais celui de ma jolie brune aussi. L’affaire va être plus corsée que ce que je croyais.

— Oh, tu sais, essayé-je de minimiser, on ne change pas une équipe qui gagne. Après la salsa, on voulait essayer de voir si sur un autre style, on pouvait avoir nos chances. Elle a du talent, cette petite, quand même.

— Oui, et pas que, n’est-ce pas ? Alken, tu ne crois pas qu’après l’histoire avec Charline, tu devrais éviter ce genre de conneries ? J’aimerais bien ne pas avoir à te suspendre tous les six mois.

— Comment ça, pas que ? Je ne sais pas ce qu’il y a dans l’article, mais il ne faut pas croire tout ce que les journalistes disent, tu sais ?

— Oh allez, ne me prends pas pour une buse, Alken, soupire Elise. Elle est jeune et jolie, tu es célibataire, vous avez la danse en commun. Ne me fais pas croire que si tu l’emmènes à un concours à Nice, c’est simplement pour voir ce que ça donne sur une autre danse.

Elle me tend l’article qu’elle a imprimé et me laisse le découvrir, en m’observant. J’essaie de ne rien laisser paraître, mais la photo est déjà bien explicite. Ma main sur les hanches de Joy ne laisse que peu de place au doute tellement j’ai une attitude possessive. Et le regard qu’elle me porte va au-delà de la simple relation professionnelle. L’article n’est pas mieux car il explique que “ce couple à la ville transcende toutes les dimensions de la danse pour exprimer dans leurs mouvements tout l’amour et la passion qu’ils ressentent au quotidien.” Et l’article mentionne même l’ESD, “lieu où est assurément née leur idylle qui a fait rêver tous les spectateurs.” C’est vraiment la catastrophe, là.

— Elise, commencé-je avant de m’arrêter sous son regard scrutateur, m’empêchant de continuer dans les mensonges que j’allais sortir. Écoute, je peux t’assurer que quoi qu’il se passe avec Joy, je suis toujours resté professionnel à l’ESD. Je n’ai rien à me reprocher.

— Non mais tu te moques de moi, là ? Tu crois que le règlement est fait pour tout le monde sauf pour Monsieur O’Brien et Mademoiselle Santorini ? A quel moment tu t’es dit que tu pouvais coucher avec une élève et t’en sortir sans problème ? Et… Au final, c’est la première ? Ou est-ce que je me suis complètement plantée en te défendant face au CA alors qu’ils prenaient quasiment tous le parti de Charline ? Tu n’as pas l’impression de clairement te foutre de moi, de l’école ? monte-t-elle dans les tours.

— Elise, Joy est la seule et unique élève pour laquelle j’ai craqué. Et je l’ai fait avant même de savoir qu’elle était élève ici.

— Tu veux dire que ça dure depuis deux ans et tu ne m’as rien dit ? Même au moment de l’affaire de Charline ?

— Elise… J’aime Joy comme je n’ai jamais aimé aucune femme avant elle. Et si ça dure depuis si longtemps et que personne n’a rien vu, c’est que nous avons su rester discrets, non ? Ton règlement, il devrait prendre en compte les vraies histoires d’amour, Elise…

— Tu vis vraiment sur une autre planète, mon pauvre ! Et si tout ça se sait, tu crois qu’ils vont réagir comment, nos élèves ? Joy a toujours d’excellentes notes dans ton cours, alors tu me pardonneras, mais professionnalisme ou pas, tout le monde va se poser des questions sur le fait que tu puisses la favoriser. Et puis, avec une telle histoire, tu ne crois pas que toutes les élèves vont se dire qu’elles ont leurs chances ? Tu veux des Charline à tous les coins ? Bon sang, tu te fous de moi depuis des mois, comment veux-tu que je te fasse confiance ? D’autant plus que tu me mens encore, puisque tu étais avec Marie à une époque et que Joy était déjà là !

— Parce que justement, on a essayé de respecter ton règlement, qu’on a cherché à s’éviter, mais que ce n’était pas possible, Elise. Tu vois ce que tu nous as poussés à faire ? Et quant aux notes, Joy a des supers notes partout, même avec mon ex-femme alors qu’elles ne s’apprécient pas plus que ça ! Tu crois quoi, que je donne des bonnes notes juste pour du sexe ? Après l’histoire de Charline, encore une fois, tu mets en doute mes compétences… Ça suffit toutes ces remises en cause ! Je suis un bon Prof, tu le sais, et jamais je n’ai dérapé ou failli à mes obligations pour des raisons personnelles. Que ce soit pour Joy ou pour Kenzo, je les ai toujours notés avec la même objectivité et personne n’y a jamais rien trouvé à redire !

— Tu as le culot de t’énerver, vraiment ? me demande-t-elle en grimaçant. Tu sais que tu es en tort et tu me reproches d’avoir des interrogations ? Tu ne doutes vraiment de rien. Donc, je suis censée te laisser en paix, coucher avec l’une de nos élèves ? Tu ne veux pas non plus que j’officialise votre relation et dise Ô combien je suis heureuse pour vous ? Vous me mentez ouvertement depuis le début, si tu crois que vous allez vous en tirer comme ça, c’est que tu es bien naïf. Bien, maintenant que vous vous êtes amusés avec moi, c’est mon tour de jouer. Convoquons mademoiselle Santorini. J’ai hâte de voir si elle est aussi douée que toi pour les mensonges, même si, vu son acharnement à te défendre il y a peu en jouant la sainte nitouche, je n’ai pas vraiment de doute. Marie, ajoute-t-elle en prenant son téléphone, faites venir Joy Santorini dans mon bureau, immédiatement.

Je dois blanchir à vue d’œil car ce que nous craignions le plus vient d’arriver. L’ESD est au courant de notre relation et la scolarité de Joy va être mise en péril. On risque tous les deux la suspension et j’ai un peu l’impression que le ciel s’écroule sur notre tête.

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