1
Plus qu’une encore, et il aurait les six, celles d’entre toutes qu’il aurait choisi. Peu importe qui elles étaient ou d’où elles venaient : dans son cas, vouloir c’était pouvoir. Il y passait des heures, des mois, qu’importe ? Le choix faisait partie du plaisir, tout aussi important que le moment où ils les baisaient. À quoi bon être chef si on ne profite pas de sa marchandise ?
En vérité Kapovski ne se posait pas vraiment cette question. Il ne se posait plus de questions, il donnait des ordres.
Avant… il choisissait autrement. Une simple œillade provocatrice, une poitrine aguicheuse, un cul bien moulé ou qu’il voulait découvrir sous une jupe ample, des pieds mis en valeur par des chaussures à talons.
Maintenant, c’était tout autre…
Faire ses courses était tellement simple avec le monde moderne que ça en devenait fastidieux. Elles s’affichaient toutes sur « la toile » — une appellation fort à propos — sans qu’aucune ne se doute que de tous les prédateurs, il était l’un de ceux auxquels on ne réchappe pas. Le monde réel était devenu obsolète.
Six. Le nombre fixé, éreintant parfois. Tant d’attention pour si peu, finalement. Mais c’était son hygiène de vie. Une tous les deux mois, en moyenne. Se décider à l’instant sur « un crush », comme disait sa fille, ou passer des mois à réfléchir sur un profil avant de l’écarter. Six par an, c’était la prérogative, six qui seraient sa propriété exclusive jusqu’à livraison des prochaines.
Puis il les enverrait tapiner ou s’en débarrasserait.
Il avait trainé. Ses pétasses demandaient des efforts logistiques : il les voulait toutes, en même temps pour évacuer les périmées. Six, son chiffre absolu.
L’échéance approchait, le cheptel défraichissait – deux avaient passé l’arme à gauche -, il était lasse de cette cuvée. La sixième, donc.
Extagram était un vivier, même si aléatoire. L’algorithme multipliait ses choix selon ses préférences et à mesure qu’il consultait des profils, le travail d’affinage devenait colossal. Il avait passé des mois à éplucher méticuleusement les comptes qui l’intéressaient. Le moindre détail comptait : entre le réel et le virtuel, une marge trompeuse. Il écartait systématiquement celles qui usaient des filtres sans vergogne. Il analysait chaque photo pour découvrir l’envers du décors. Il passait au crible leur entourage et leurs followers les plus importants. Elles devenaient des arborescences à travers lesquelles il les devinait. Le physique était primordial, certes, mais le sel se situait ailleurs : dans leurs attitudes, dans ce qu’elles révélaient de leurs personnalités, de comment il les violeraient.
Un labeur bien fastidieux. Mais il était contraint par sa propre échéance et il avait ses finalistes, enfin. Deux européennes :
Roulements de tambours ! La première : Petit Soleil de son petit nom, 17 ans, Française, brune aux yeux bleus, laissant à peine suggérer ses formes à travers ses tenues, loin d’une lolita bandante. Lycéenne ordinaire sur le point de passer son bac, elle oscillait entre le sport, les amis, sa famille aimante. Elle avait quelque chose de solaire, une joie de vivre mêlée à l’insouciance de la jeunesse, exubérante et exaltée, loin des dures réalités du monde. Elle était authentique, son bonheur simple devenait communicatif et elle en avait fait son fond de commerce. Quel plaisir, quel devoir même, que de bafouer cette innocente…
Face à elle : Dalija, une Néerlandaise blonde aux yeux noisette incandescents. Proche de l’âge limite – 28 ans, pulpeuse à souhait, qui à l’inverse de sa chalengeuse, n’hésitait pas à exposer ses charmes. Bien différente de la frenchie : rien n’était spontané dans ses posts. Elle faisait montre d’une parfaite maitrise, du cadrage, de la lumière, du décors, de ses poses suggestives, à la limite de l’indécence sur une telle plateforme. Une mannequin de seconde zone qui alliait froideur et sensualité, une femme inaccessible dévoilant ses charmes sans pudeur. Mais quels charmes. Regard suggestif, seins généreux, hanches fines, longues jambes étirées sur des pieds magnifiques. Une perfection physique. Sous quelque angle qu’il puisse la contempler, lui venait l’envie de la profaner par tous les trous. Celle-ci, il savait déjà comment la baiser.
La débutante prometteuse contre la salope froide. 10 contre 50K, mais leurs notoriétés ne voulaient rien dire, il n’y prêtait plus attention. Il préférait les femmes finies, mais faire de la jouvencelle une parfaite salope...
Ou faire joujou avec les gros nibards de l’autre… Moins fragile, plus pute. Plus rentable physiquement. Il passa ses mains sur son visage pour faire le vide, soupira face à ce choix cornélien. Une voix juvénile raisonna depuis l’entrée de son bureau :
— Papa !
La fillette s’élança vers lui, bras ouverts, tandis qu’il déclenchait l’écran de veille.
— Svetlana ! Ma fille !
Cette perfection. Le sang de son sang. Brune aux yeux bleus, une rareté slave, une beauté unique. Comme Petit Soleil. Et qui, de ses onze printemps, commençait à ressembler vicieusement à sa mère, remarqua-t-il en distingant sa poitrine naissante sous son t-shirt. Elle sauta dans ses bras et il l’étreignit ; un frisson entre ses jambes motiva sa décision. Même pour lui, certains fruits étaient défendus. La française ferait un excellent palliatif : il pourrait la baiser en pensant à sa descendance.

Annotations
Versions