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— Hello mes follow ! Aujourd’hui l’épreuve finale, les maths, avant les vacances avec dad et mum, aux Canaries ! Apportez moi vos énergies, mes p’tits cœurs : les maths c’est mon cauchemar ! Je vous dis à très vite !

Diane coupa l’enregistrement d’une moue dubitative : mauvais rythme, mauvaise intonation, mauvaises rimes. Elle pris une inspiration d’élan pour refaire la prise — c’était la cinquième — coupée par son paternel :

— Ça suffit maintenant ! Concentre toi, Diane !

— Mais papaaaa !

Ce ton geignard l’indisposa. Diane avait beau être précoce intellectuellement (peut-être HPI d’après la psy), elle avait besoin d’être cadrée, surtout dans un moment aussi crucial. Non qu’il douta de sa réussite, mais son devoir de père était de la ramener les pieds sur terre : la vraie vie avant les réseaux.

— Tu feras toutes les vidéos que tu veux, après. En attendant tu me lâches ce téléphone et tu révises Pythagore.

Elle récita comme l’évidence même :

— « Sur un triangle rectangle, le carré de la longueur de l’hypoténuse est égal à la somme des carrés des longueurs des deux autres côtés ». C’est au programme de 4ème…

Nom de Dieu, quel charabia… Le compte de sa fille avait beau être lucratif, il aspirait à ce qu’elle devienne autre chose qu’une influenceuse sur laquelle se paluchaient des milliers d’internautes. Et il devait tout faire pour qu’elle ne finisse pas sur Only Fan : il se trouverait bien con de l’y retrouver.

— Si tu n’as pas la mention, ma chérie… Tu passeras tes vacances à regarder les canaries dans des cages, chez Truffaut. Et tu bosseras au Mc’ Do à la rentrée, histoire de t’apprendre la vie. C’est clair ?

Elle fit une moue boudeuse d’un fond d’œil calculateur. La menace était vaine : sa plus mauvaise note de l’année était un quinze, ce qu’elle considérait comme une contre-performance. Elle s’appliquait néanmoins à être la fille modèle en toute circonstance :

— Oui, papa.

Il se contenta de cette capitulation de façade, s’arrêta devant le centre d’examen où quelques élèves anxieux attendaient l’heure fatidique. C’était presque une épreuve pour lui aussi : quelle tannée avait été ce putain de bac. Il l’étreignit, fébrile, bien plus qu’elle, puis déposa un baisé sur le haut de son crâne :

— Bon courage, ma fille.

— Merci.

Il la vit parfaitement concentrée et détendue, sa sérénité était contagieuse. Il la contempla avec fierté, avant d’ajouter :

— Mon petit soleil…

Elle l’aimait ce surnom, au point d’en avoir fait son alias. Pourtant, lorsque celui qui en était l’inventeur le prononça, son monde intérieur vacilla, proche de s'éffondrer. Elle masqua ce trouble en le gratifiant d’un sourire radieux, celui que Petit Soleil servait à ses abonnés pour les convaincre que la vie était un conte de fée.

— À ce soir, papa.

Personne ne voyait rien. Même pas lui.

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