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Plongée dans ses tourments, débarrassée pour de bon des milliers d’yeux qui scrutaient ses faits et gestes et de ce boulet de Brice, Diane se répandit comme jamais. C’était douloureux mais salvateur. Cette chape de plomb sous laquelle elle suffoquait se liquéfia dans ses pleurs. En vain. Elle était vide, elle avait tout perdu d’un seul coup. Tout ce qu’elle avait construit s’était écroulé : « Petit Soleil » avait jeté son mal être à la face du monde, « Petit Soleil » pouvait pleurer.

Puis elle réalisa : elle était Diane, de nouveau, enfin. Le vide s’emplit de sérénité. Sa dernière larme mourut sur sa joue : elle était libre. Libre d’écrire un nouveau chapitre tel qu’elle l’entendait.

Sans calcul, les commissures de ses lèvres étirèrent son sourire lumineux, teinté d’une douce mélancolie. Un sourire neuf, chargé de son vécu, sans fard. Le sien. Elle s’adossa au banc, visage levé au ciel et ferma les yeux, se laissant caresser par une petite brise qui chassa ses derniers tourments. Elle était bien, les secondes défilaient d’une lenteur délicieuse. Elle était heureuse de cette simplicité retrouvée, alors elle resta là à savourer cette félicité, simplement. Jusqu’à ce qu’un frisson lui remonte l’échine. Quelque chose ne cadrait pas.

Elle se redressa, alerte. Un malaise se diffusa dans le square trop vide. Le décor semblait figé et silencieux, comme si l’univers lui envoyait un signe, une inspiration avant un basculement. L’air compressé dans ses poumons bloqua sa respiration lorsqu’elle l’aperçu. Une ombre, tapit sous celle d’un pin, qui l’observait. La cendre rougeoyante d’une cigarette révéla fugacement des traits fins, la lumière pâle de l’après-midi une silhouette mince, lorsqu’il s’avança résolument vers elle. Il était plus âgé, approchant la trentaine. Malgré sa démarche hésitante, il était consumé d’un feu destructeur qui avait asséché son corps. Son visage était marqué, vieilli prématurément, son regard rivé au sol était troublant, il avait quelque chose d’indéfinissable.

Le malaise se transforma en peur. Elle ne put rien faire d’autre que de rester immobile, abasourdie par cet instinct hurlant trop fort l’approche d’un prédateur. Elle sut lorsqu’il la contempla enfin. Cette chose dans ses yeux, qui n’y était plus, remplacée par la froideur d’une nuit glaciale, c’était une absence d’humanité, teintée d’une faible lueur de regret, l’espoir vain d’un échappatoire. Il était là, devant elle, l’écrasant d’un sentiment de danger imminent. Il tendit un paquet de cigarettes pour lui en offrir une, elle fut incapable d’esquisser le moindre geste ou de prononcer le moindre mot. Pourtant, leur échange silencieux était éloquent. En fait, elle était tout à fait certaine que cet homme allait lui faire du mal.

Et il savait qu’elle le savait. Vlad se navra de son sourire cynique, d’un fort accent de l’est :

— C’est pas ça qui te tuera, tu sais ?

Une sombre promesse, devina-t-elle. Pourtant, de l’avoir entendu, elle n’avait plus peur. Elle l’interrogea, lucide, d’une voix rendue rauque par ses chagrins devenus futiles :

— Qu’est-ce que vous allez me faire ?

Cet échange était surréaliste. Il sonnait juste, comme une évidence. Ravisseur et victime sur une même ligne, tendue en un parfait équilibre. Nier ou ruser était parfaitement inutile.

— Moi ? Pas grand-chose, Petit Soleil. Finalement, j’aimais assez te voir briller.

Elle plongea dans ses yeux, interdite. Il se fit opaque pour l’emprisonner.

Le décor s’effaça, noyé dans son gouffre de perdition. Lorsqu’elle parvint à s’échapper enfin, ça n’était plus son paquet de cigarettes qu’il tenait en main, mais une seringue. Un geste vif, une morsure dans son cou, les nuages qui tourbillonnent lorsqu’elle se renverse sur le banc pour se soulager de son corps trop lourd, une nausée de terreur qui transcende l’hébétude, les ténèbres.

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