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Elle émergea lentement et à mesure que ses pensées tissaient leur fil, la réalité brutale s’imposa à elle. Elle avait été enlevée. Elle remua doucement en un léger cliquetis métallique : ses poignets étaient menottés dans son dos. Un sursaut de panique, elle se cogna contre une paroi en se redressant. Le lieux de sa captivité était obscure et étroit. Un coffre de voiture, devina-t-elle, aux remous et aux feulement réguliers des pneus sur l’asphalte. Une respiration sifflante lui parvint, elle retint la sienne, gigota pour trouver un corps qui reposait contre le sien. Brice. Elle voulut l’appeler sans émettre autre chose qu’une plainte étouffée : elle était bâillonnée. La terreur, insidieuse, se répandit dans son corps entravé. Une angoisse sourde naquit au creux de son ventre. Elle se força à maitriser son souffle, pour ne pas céder à la panique mais c’était peine perdue. Diane éclata de pleurs désespérés, secouée par les spasmes et un chemin cahoteux.

La voiture roulait doucement. Un coup de frein sans ménagement la plaqua contre le dos de la banquette arrière. Elle retint sa respiration, attentive aux sons et aux mouvements qu’elle pouvait percevoir. Des portières s’ouvrirent, un court conciliabule eut lieu, le coffre se souleva sur une silhouette massive, ronde comme un bonhomme Michelin. Il la fixa brièvement d’un œil vide. Elle se rétracta, il suintait le malsain, il était terrifiant. L’homme l’ignora, plongea ses bras boudinés dans sa prison métallique, extirpa un Brice geignard qu’il laissa s’échouer au sol, avant de refermer le coffre d’un claquement sonore. Ses pas s’éloignèrent tandis qu’elle devinait le raclement du corps de son compagnon sur le sol. Puis le silence. Et cette autre présence qu’elle sentait fulminer, derrière la cloison fine. C’était lui, certainement moins hostile que cette brute dont elle avait fugacement croisé le regard. Elle ferma les yeux et respira profondément pour se calmer. Elle était étrangement rassurée par « lui ».

Comme pour répondre à son appel silencieux, le coffre se rouvrit. La fin du jour dessina son corps mince sans révéler ses intentions.

— N’aie pas peur, Petit Soleil.

Ses mains la saisirent délicatement sous les aisselles pour l’extirper de son carcan. Bientôt elle se trouva debout, désorientée. Il lui enleva son bâillon, elle se répandit en quinte de toux. Il la soutint jusqu’à ce que :

— Lâchez moi ! S’il vous plaît…

Elle tremblait d’effroi, il le fit, tendit les paumes en signe de paix. Elle put dès lors détailler son environnement : une carrière désaffectée. Elle occulta l’information pour se tourner vers son ravisseur, qui l’accueillit d’un sourire affable de tristesse. Elle avait un million de questions à lui poser :

— Pourquoi on est ici ? Où est Brice ?

Vlad alluma une clope.

— Tourne-toi, ordonna-t-il.

Elle obtempéra, il détacha ses menottes pour les lui remettre par devant. Et lui tendre son paquet. Il l’encouragea lorsqu’elle hésita.

— Je t’ai vue fumer haschich. Prends, si tu veux.

Au point où elle en était… « c’est pas ça qui te tuera, tu sais ? ». Non, elle ne savait pas. Elle préférait ne jamais savoir. Elle extirpa une cigarette, la ficha entre ses lèvres. Il l’alluma, elle aspira, la fumée envahit ses poumons en volupté salutaire. Elle la recracha, puis :

— Qu’est-ce que vous voulez ? Une rançon ? Mon père n’est pas riche… et ma maman…

Il pouffa son rire cynique :

— Plus que d’autres, Petit Soleil. Mais non. Pas question argent.

— Mais alors quoi ? insista-t-elle avec appréhension.

— Toi, juste toi, rétorqua-t-il gravement.

Elle eut un pleure, bref, qu’elle sécha d’un revers de manche. Elle se lamenterait plus tard. Des tordus, elle en avait croisé plus d’un, virtuellement parlant. Assez pour appréhender ce que son ravisseur sous-entendait. Pour autant… une telle débauche de moyens… pour elle ? Elle s’étrangla d’angoisse mais devait savoir :

— Qui ?

— Quelqu’un… plus riche que tes parents. Si il te veut, tu ne peux pas échapper. Personne ne peut échapper à lui. Pas moi, non plus. C’est comme ça.

La fille était désemparée mais faisait face, pour l’instant. Il pouvait alléger son sort, pas la sauver. C’était même la raison de cette semi-liberté, pour qu’elle ne soit pas seule au moment fatidique. En attendant, elle n’en finissait pas de le harceler de questions :

— Où… où est-ce qu’on va ?

— Tu vas prendre…

Il cherchait son mot. Il se fendit d’un mime, détendant ses bras en tanguant, d’un effet comique contrastant singulièrement au dramatique de la situation.

— Un avion ? s’impatienta-t-elle.

— Oui, un avion… et après…

L’après se déroula à l’instant. Une détonation, sèche. Qui rebondit en écho de paroi en paroi, et qui persista dans son esprit, figeant sa mine stupéfaite. Le déni n’y suffisait plus. Brice venait d’être abattu, comme un chien malade.

Vlad était là pour ça. Il l’enlaça pour la réconforter. Elle explosa d’un pleur fou. Brice était mort. Elle hurla son désarroi, Vlad la serra de plus belle, se confondant de mots étrangers qu’elle devinait réconfortants. Elle s’écroula entre ses bras, elle n’avait pas le choix, c’était son seul exutoire.

— Chhhhhhh… Pas ta faute, Petit Soleil. Pas ta faute… C’est comme ça.

Au milieu de l’orage, un éclair de lucidité. Le téléphone du ravisseur dans sa poche arrière, qu’elle fit glisser habilement dans la sienne.

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