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J’ai les yeux clos. Le soleil chauffe mon visage et la brise de la mer me caresse la peau.
Je languis confortablement assis sur un fauteuil en osier centenaire dont la peinture s’est enfuie. Leonor s’est allongée deux mètres plus loin sur un drap de plage délavé, au centre d’une vaste terrasse cernée de balustres, hérissée d’herbes hautes déjà sèches.
Elle m’a conduit chez elle, dans le Sud, pour se reposer au cœur de cette villa, relique d’une époque fastueuse, qui résistait avec gloire et résignation au temps.
Hier soir, l’édifice m’était apparu la nuit à la lueur des phares, blanche comme la lune.
Plus bas, la végétation sombre, découpée sur le fond brillant de la mer, peinait à assourdir la respiration des vagues traînant inlassablement les galets.
Le jour levé, nous nous sommes installés après un petit déjeuner copieux, sur la grande terrasse qui surplombe le parc et l’eau immense sous l’horizon dont on distingue la faible courbure.
Actuellement en plein soleil, Leonor est couchée sur le ventre, nue, en culotte couleur chair — pour bronzer, je suppose, ou bien présager d’un désir commun et me soumettre ses qualités formelles.
Elle m’offre donc la contemplation de son dos unique dont la fine peau satinée par l’astre doit goûter ce super agréable frôlement de vent qui éveille notre prise de conscience animale.
Tout va bien. Plus bas, les sommets des arbres tapissent la vue de la mer, certains morts et cassés : des pins, des eucalyptus, des mimosas, des palmiers, des cèdres, des néfliers, des acacias, des chênes-lièges, des lauriers et je ne connais que ceux-là. C’est la jungle tempérée. Les rayons du soleil nous frappent délicieusement.

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