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Un soleil rayonnant coule comme du lait chaud par la fenêtre, aurait composé un artiste du verbe pour décrire ce moment où j’ouvre difficilement les paupières.

Je me recouvre prestement la tête de mon oreiller, pour me protéger de l’agression du jour.

Il n’entre pas, le soleil. Il vibre partout, jusqu’à atteindre le fond de mon lit. La chambre de Leonor que nous avons occupé cette nuit diffuse la lumière à travers les jalousies des volets, en réflexion sur les verreries et la clarté des meubles bleu pâle.

Enfin je me lève. Je suis d’ailleurs seul sur le matelas. Orgueilleusement j’imaginais ma vigueur matinale mieux accueillie. Avec arrogance j’en fais fi, je me dresse comme un kangourou et je gagne la salle à manger, mimant le déplacement d’un félin.

Dans la vaste pièce, maintenant baignée de soleil, ma splendide compagne de nuit se déplace tel un nuage lumineux. Leonor déambule comme une onde d’un énorme buffet italien du dix-neuvième à la porte de l’office. Vêtue d’une robe de chambre japonaise en soie peinte, à travers laquelle le soleil ombre son corps, elle lève un œil vers moi:

— Tu as bien dormi ? Je n’ai pas voulu te réveiller, tu t’es bien dépensé cette nuit, j’ai pensé que tu avais besoin de repos.

Je ne relève pas cette pique, aveu de sa croissante passion pour moi. La première fois que je l’ai rencontrée, nous avons croisé nos regards, surpris ensemble de la facilité de notre communication, de notre mutuelle compréhension. Sans oser enfreindre les délicieuses limites de la pure séduction, je joue avec elle, sans urgence, à tenir la distance, dans l’indépendance réciproque.

J’ai l’évidente conviction qu’un jour prochain nos électrons se mêleront et nous colleront l’un à l’autre comme les protons et neutrons d’un même noyau atomique.

Je lui annonce mon retour pour la capitale, décidé cette nuit, et lui propose de m’accompagner pour l’éloigner de l’horreur macabre. Elle décline vivement mon invitation, en affirmant qu’elle ne changerait pas ses plans à cause d’un mort déjà presque décomposé.

Je reçois sans complaisance ses arguments têtus et décide de ne pas modifier mes projets. Leonor ne s’en offusque pas ou parvient à m’en persuader. Immédiatement, je me précipite sur l’ordinateur du bureau, pour abandonner le deuxième billet qui m’est remboursé à travers ma carte.

Nous nous contentons d’un frugal repas, enjoués par le soleil déjà haut. Je m’éclipse pour réunir mes cliques dans la chambre. J’assure à Leonor que je serai de retour avant qu’elle ait réagi à ma disparition, puis appelle un taxi qui m’emmène à l’aéroport où je m’introduis dans l’avion qui s’envole ensuite vers mon destin.

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