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L’aéroport en verre, métal et lino blanc-gris s’impose, énorme bloc entouré et rempli de caddies, de taxis et d’humains qui piétinent vers leur vol. Tous différents à l’œil, mais manipulés par les mêmes marques qui proposent des gammes variées de panoplies tendance. Ici, cette vision planétaire brille partout. Je frémis de me savoir appartenir à cette humanité consentante quand je m’avance sur ce sol uniforme et brillant, précédé par le son de mon bagage roulant.

Au détour d’une file d’attente, je retrouve l’existence de Leonor — exceptionnel moment, similaire à la fin d’une plongée en apnée — devant le comptoir de notre compagnie nationale d’aviation qui fait rêver plus d’un pays alentour.

Léonor m’apparaît avec ravissement dans son élégante tenue de voyageuse universelle. Incomparablement plus exaltante que Jeanne, Diana, Ségo, Ingrid, Carla, Angela, ou Brigitte, nos actuelles références féminines de beauté, de courage, d’intelligence et de détermination dans ce monde de brutes.

Elle saute dans mes bras, on s’enserre, c’est résolument bon. Leonor me conte instantanément son impatience de saluer son oncle, et surtout retrouver la Colombie qu’elle a quittée depuis des années. Vamonos.

Le vol dure un peu plus de dix heures, dans le luxe vrombissant de ces tonnes de métal, de carburant, de chair et d’effets personnels, lancées à plus de 800 km/h. Nul besoin d’en parler, autrement que pour souligner la chaude convivialité que cette promiscuité temporaire génère.

Les hôtesses sont charmantes. Je détaille leur attitude pour repérer par anticipation une quelconque défaillance technique inattendue ou un comportement individuel particulier qui se rapporterait aussitôt à une scène « déjà vue » dans notre univers audiovisuel ou dans les faits divers.

Rien ne se passe donc de remarquable. C’est long. Je suis mal installé. Je me nourris sans désir et je respire dans un grand tube surpeuplé. Mais nous nous déplaçons très vite. Dans un couple d’heures, nous atterrirons à Cartagena.

Leonor pose tout de même un moment sa tête sur mon épaule puis change totalement de bascule en me proposant sa hanche gauche. Ma clavicule droite a dû la faire souffrir. Je me satisfais de la proximité de son bassin. On ronronne, l’un contre l’autre abandonné.

Deux films plus tard, je me reprends. Nous sommes là pour aller apprendre au propriétaire d’une maison dans la piscine de laquelle nous avons découvert un cadavre que la police le recherche pour l’interroger. C’est pour nous — j’inclus Leonor pour l’attacher à moi plus confortablement que sur ce siège « economic » — un prétexte très excitant, pour découvrir ou retrouver un passionnant pays.

Les arrivées tropicales, tout le monde en a déjà entendu parler aussi. Mais la dépression de vent chaud qui nous englue à la descente de l’avion sur le tarmac de l’aéroport Rafael Núñez de Carthagène est particulièrement palpable. Leonor est ici chez elle. Elle s’assoit sur le bord métallique du tapis qui délivre les bagages et sort son portable.

Moi, je dépose ma veste sur le chariot et je fais, comme dans tous les bons westerns, un tour d’horizon circulaire dirigé par les épaules. La lumière éclaire superbement, les gens sont souriants, la chaleur....

Un bien-être existentiel me descend de la nuque, Leonor allonge son bras et me sourit, illuminant son visage, je m’approche, elle me chuchote :

— Me vez en mi pais ahora querido. Génial, non. La fiesta, la rumba, el paradiso terrenal.

Évidemment elle tombe amoureuse de moi. Je ne dois pas faire grand-chose pour l’en empêcher, tant sa gaieté et ses yeux m’enivrent. Enfin tout va bien, cette arrivée répond à toutes mes attentes.

Nous réassemblons nos esprits et récupérons nos bagages. Elle m’apprend qu’une voiture va venir nous chercher dans cinq minutes, et nous sortons. Dehors, un air marin vivifie tièdement mes pensées.

Mon sentiment intérieur dans ce lieu construit et arpenté depuis déjà des siècles par d’autres personnalités que la mienne, possédant différents moyens et ambitions, concentre mes activités cérébrales à l’ingestion — favorisant la meilleure perception — des premiers flux d’informations qui m’assaillent.

Nous attendons devant une file de taxis, filtrée par un vigile en costume sur un parking presque vide. Régulièrement, une jeune femme ou un enfant viennent nous proposer des jus et des fruits. Sans trop insister, en respectant notre quiétude. Nous demeurons immobiles et muets.

Leonor est pourtant obligée à trois reprises de renvoyer ces marchands ambulants.

Nous patientons près de quarante minutes, à l’ombre d’un mur. Notre couple reste maintenant la seule cible sur le trottoir des clients potentiels.

— Ce sont des minutes colombiennes s’excuse Leonor.

Puis elle se tourne vers cette charmante vendeuse qui vient une dernière fois nous proposer ses produits, et lui parle très vite, sans respirer, le front en avant.

Je n’ai rien compris, mais l’autre disparaît.

Enfin, un énorme 4X4 noir, Marschall Bird v8 de 6,9 litres, s’avance en vrombissant dans notre direction, chromé de la calandre au pare-brise.

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