Chapitre 21

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Vagabond - Greenskeeper


C’était une belle maison, plutôt grande avec un jardin bien entretenu à l’avant, sûrement un autre à l’arrière. Inconsciemment, Antoine s’imaginait la vie qu’il aurait pu vivre ici, avec son père, si les choses s’étaient déroulées différemment.

Tom avait insisté pour l’accompagner jusqu’ici, quitte à rater des cours. Il lui avait même payé le billet de train. 

Ils n’avaient toujours pas reparlé de leur relation, depuis cette journée où Tom avait fini par avouer ses sentiments. Antoine avait décidé que ce n’était pas à lui de relancer la conversation, qu’il laisserait à son ami tout le temps qu’il lui faudrait pour digérer tout ça. Ce n’est pas facile d’être comme la personne que l’on déteste le plus au monde.



Ils gravirent tous les deux les quelques marches du perron, et Antoine appuya sur la sonnette. Il jeta un coup d'œil en direction de Tom, qui regardait droit devant lui. 

Quelques secondes plus tard, ils entendirent des pas à l’intérieur de la maison, et la porte finir par s’ouvrir.


Devant eux se présentait une femme d’environ quarante ans, au corps élancé et aux cheveux d’or. Elle était vêtue d’une robe blanche à fleurs jaunes, qui la rendait rayonnante.

– Bonjour, lança-t-elle. C’est pour quoi ?


Voyant qu’Antoine était long à la détente, Tom prit les devants.

– On aimerait savoir s’il y a un Gabriel Pélissier qui vit ici.

– C’est pour quoi ? répéta-t-elle plus froidement.

Antoine fit alors un pas en avant et se racla la gorge.

– Je suis son fils.

Il vit alors le regard de la dame changer radicalement, son visage se décomposa.

– Il est pas disponible.


Elle referma la porte d’un coup, mais Antoine la bloqua avec son pied.

– S’il vous plaît, c’est une question de vie ou de mort !

– Je sais, c’est bien le problème. Je veux pas être mêlée à vos histoires. Maintenant, retirez votre pied ou j’appelle les flics !

– Vous croyez que j’en ai quelque chose à foutre, des flics ? Par contre, vous, vous voudriez pas être en partie responsable de ma mort, n’est-ce pas ? Vous savez très bien que si je viens ici, c'est parce que c'est mon tout dernier recours ! 


Tom l’attrapa par la manche et secoua la tête en le foudroyant du regard, comme pour lui dire “Tu vas trop loin, là”.

Mais la porte finit par s’ouvrir, et la femme les invita à entrer en levant les yeux au ciel. Antoine se tourna vers son ami avec un grand sourire qui voulait certainement signifier “Tu vois, j’avais raison”.

– T’es le portrait craché de ton père. Même visage, même caractère.

– Ça me fait mal au cœur d’entendre ça, répondit Antoine avec un petit rictus.


Il déboula à l’intérieur, tandis que Tom était en train d’essuyer ses pieds sur le paillasson.

– Ton père te connaît bien, il savait que tu reviendrais. Personnellement, j’avais parié que non, que tu le détesterais toute ta vie et que tu refuserais de le revoir.

– Je le détesterai toute ma vie, vous avez raison. Mais là, j’ai besoin de lui, alors je vais faire un petit effort. Mais promis, je ne lui ferai pas de mal.

Son regard se porta rapidement vers une porte fermée, à côté du salon. C’était comme s’il pouvait sentir la présence de son père au travers de ce morceau de bois. Il sentit une montée d’adrénaline en lui, son corps en frissonnait d’excitation et de peur à la fois.

– Ton ami reste dehors, lança la femme.

– Oui, bien sûr… répondit Tom. J’veux pas les déranger, on va vous laisser tranquilles, tous les deux.

Et ils s’éloignèrent, tandis qu’Antoine restait planté devant la porte, le dos droit, l’air concentré. Il toqua deux coups, puis entra.


Un homme était assis à son bureau, un stylo à la main et une feuille devant lui. Ses cheveux était gris, tout comme sa barbe épaisse. Il leva ses yeux fatigués et prit quelques secondes pour observer le garçon qui se tenait devant lui, le poing fermé et la mâchoire serrée. Puis il se leva lentement, replaça sa chaise sous son bureau, et avança, pas à pas, jusqu’à Antoine. 

Il s’arrêta en face de lui. Ils faisaient la même taille, et se tenaient tous les deux droit comme un i. 


– J’envoie de l’argent à ta mère tous les mois pour pas te voir, mais bon. On sait tous les deux qu’elle sait pas tenir une promesse. Je suppose que tu veux que je t’épargne les phrases du genre : “Ah, comme tu as bien grandi”, et que tu me gifflerais si je te tirais les joues ?

– Raconte-moi tout sur ma mort, celle de ton frère, et de tous ceux qui y sont passés avant. J’veux tous les détails.

– Si je te le disais, ça servirait à quoi ? Tu veux vraiment savoir comment tu vas mourir ? Tous ceux qui ont essayé avant toi ont échoué. Qu’est-ce qui te ferait croire que toi, tu réussirais ?

– Je suis têtu, c’est tout.


Son père se mit à rire, une main sur le front.

– Ça m’étonne pas, ça coule dans tes veines. On est tous comme ça, dans la famille. Sauf ta mère, qui est une putain de lâche.

– C’est toi qui parles de lâcheté ? Pourquoi tu m’as abandonné à huit ans ? T’as l’air convaincu que je vais y passer, alors pourquoi avoir fait un enfant et être resté huit putain d’années à l’élever, si tu savais pertinemment qu’il allait y passer ? 

Antoine était tellement enragé qu’il avait du mal à respirer, sa poitrine se soulevait et retombait lourdement. Mais son père ne semblait pas du tout impressionné, il gardait ce calme légendaire qui l’avait marqué durant son enfance. 

– Viens, j’vais t’emmener voir un truc.

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