Chapitre 1 partie 2
Geor
Un point pour moi ! déclara le conteur en déposant une carte sur la deuxième ligne. Ma pyromancienne menace ton cerbère.
Larish
Une magicienne est difficile à battre, lui concéda le chevalier en jetant les cartes de sa main. Bougre ! Tu remportes cette partie.
Geor
Tout à fait d’accord, une magicienne, quelque soit sa spécialité, est toujours difficile à battre, fit-il noter, que ce soit dans ce jeu comme dans la bataille de la vie, n’est-ce pas ? Dit-il en se tournant vers leur chef Deus-Latis tout en esquissant un sourire simiesque.
Et Verne qui les entendaient acquiesça non sans laisser Deus dans une attitude maussade.
Larish
Dis-moi, ça fait un moment que je me demandais, c’est quoi ton métier Geor ?
Geor
Et bien, je suis conteur ! Quelle question ! dit-il en agitant son livre.
Larish
Et c’est là ton seul travail ? Comment faisais-tu pour vivre avant de rejoindre la hanse ?
Rose
Tu n’as jamais rien fait d’autre ? Renchérit l’artisane de l’eau penchée sur l’épaule gauche du vieil ours.
Geor s’empourpra. A l’écart, Deus, le colossal premier pilier, ne put se contenir, et pouffa de rire. Et son rire, bien que léger, et à peine audible, fut si communicatif que tous se mirent à boyauter joyeusement. Une autre femme, à la droite de Larish esquissa un large sourire. Elle qui partageait ce moment sincère n’était pas très grande, encore moins lorsqu’elle se tenait aux côtés du géant barbu. Penchée ainsi sur l’autre épaule du vieil ours, le conteur pouvait observer sa poitrine opulente se dévoiler à travers l’encolure de son haut déboutonné. Geor l’avait remarqué dès leur première rencontre, et ne pouvait résister à l’envie de laisser ses yeux s’en délecter à la moindre occasion. C’était Lys. Elle avait des membres longs et des épaules robustes. Toute sa silhouette témoignait d'une force peu commune pour une femme de son âge, sans toutefois rien ôter de la grâce féminine qui se dégageait de son apparence juvénile. Ses habits semblaient incongrus, étant donné le décor environnant. Elle ne portait pas une jupe, mais un pantalon équipé de bandelettes d’acier. Ses bottes évasées en cuir souple lui arrivaient presque aux genoux et sa chemise de soie décolletée, aux manches et au col bouffants, complétaient son costume. Une épée droite à double tranchant pendait sur une de ses hanches gracieuses et une longue dague sur l'autre. Ses cheveux bruns et ébouriffés, coupés à hauteur des épaules, étaient laissés en bataille, et lui offrait un air de sauvageonne.
Geor
Disons que travail et moi, nous ne faisons pas bon ménage, tu peux comprendre cela ?
Rose
Non, pas vraiment, dit-elle d’un ton amusé.
Geor
On se raccommode de temps en temps vois-tu ? Mais ça finit toujours par des disputes. “Il”, le travail je veux dire, exige de moi que je le poursuive avec persévérance, racontait-il en se mettant en scène, alors que je suis plutôt enclin à l'abandonner souvent pour faire, et bien un petit somme, boire une coupe de vin à La Roche morte ou bien…
Lys
… Faire la bête à deux dos avec la fille du vicomte, coupa la porteuse d’oriflamme, dans un élan railleur.
La hanse toute entière explosa de rire. Peut-être plus que l’exigeait l’occasion, selon le point de vue de Geor, mais cette petite troupe portait depuis trop longtemps le fardeau de la solennité. C’était si bon de pouvoir s’esclaffer d’un rire sincère, c’était alors pour eux un étrange mélange de volupté et d’oubli. Ces hommes et ces femmes étaient réunis aux portes des racines de l’arbre, alors oublier le personnage qu’ils devaient incarner au quotidien, les faisaient ressembler un peu plus à des êtres humains. Et c’était bon. Cela leur permit d’oublier un peu la peur qui les serrait dans son étau oppresseur.
Geor
Je le concède mes amis, je l’ai bien mérité après cette histoire à Port-le-loup .
Lumis
Allons continuez Sir Geor ! Vous n’avez pas fini cette envolée lyrique, plaisanta à son tour un homme assis à ses côtés.
Geor
Et bien Sir Lumis Cotton de Chenoix, pour finir je dirais que travail finit toujours par me quitter sur un coup de colère qui plus est ! Et je me retrouve sans rien d'autre à faire que dormir, chanter…
Echo
….Et forniquer ! lâcha le mince et fluet maître caravanier en buvant à grand trait une liqueur dans un gobelet en bois assis sur l’un de ses chevaux.
Un nouveau rire éclata parmi arbres et feuillages.
Geor
Parfois, mais sans argent pour acheter à manger et à boire, cela n’attire que peu les donzelles, dit-il en posant une carte canon à fibre de feu.
Lumis
Heureusement vous avez l'amitié du Premier pilier, affirma l’éclaireur en tapotant l’épaule du conteur.
Rose
Et sa bourse ! lâcha de nouveau la jeune femme.
Lumis
Sacrebleu, je suis tenté de renchérir sur cette boutade, mais je m’abstiendrais. Notre premier pilier risque de ne pas apprécier mon humour fallacieux, avoua-t-il à demi-voix.
Lumis Cotton de Chenoix était un homme mûr, de taille moyenne, aux traits avenants. Ni toque, ni casque ne venait confiner son crâne calvitié. Bien qu'il ne fut pas très grand, l'homme était bien bâti et ses bras, que les courtes manches de sa tunique laissaient dénudés, étaient musclés et noueux.
Vandal
Abstiens-toi l’ami, où notre chef de hanse pourrait enfoncer son pied si loin dans ton fondement que tu retourneras à l'arbre plus vite que prévu, le prévint l’homme à côté de Deus- Latis.
Il était habillé d’une armure cannelée, agrémentée de motifs en bosse, surchargés et magnifiques, mais, qui d’après les dires Bronn, le bras combattant de cette hanse se révélait totalement inadaptées au combat, spécialement pour un voyage aussi long que celui de la hanse. Le cannelage et le bosselage formaient des pièges où venait se fixer la pointe d'une lance ou d'une épée, alors qu'une armure selon lui devait être conçue pour la détourner. Selon le vieil homme buriné dans du bois sec, cette armure, en dépit de toute sa beauté, représentait plus un surcroît de danger qu'une protection.
Ce dernier quant à lui était un homme large d’épaule, mais aussi souple et résistant qu'une lame d'acier flexible. C'était un homme rustre, avec des traits de rapace impitoyable. Son visage était tanné par le soleil et ses cheveux, implantés très en arrière de son front haut et étroit, étaient d'un blanc orageux. Ses yeux noirs étaient pénétrants et vifs, et sa fine barbe grisâtre ne parvenait pas à adoucir l'expression dure de ses lèvres fines. Il observait les deux adversaires, et tentait d’anticiper les coups du vieil ours. Il s’affublait de grands gestes à chaque échec de celui-ci. La raison en était simple. Il avait parié quelques florins avec Diurne la rage ardente que le pilier remporterait la partie. Le mage contait déjà ses pièces. Plus discret, il restait aux côtés de Verne tout en nettoyant ses anneaux sertis. Verne le connaissait bien, il avait combattu à ses côtés jadis. En revanche, il ne savait rien de Braise, sa compagne.
Tout ce qu’il savait c’était ce que Geor, leur ami commun voulait bien en dire. D’après lui dans sa terre natale, les ménestrels chantaient la beauté de Braise de l’orient à l’occident. Dans tout le pays, elle était la fière héritière d'une dynastie royale. Ses cheveux étaient aussi blonds que les blés mûrs de Ranova et retombaient en cascade soyeuses sur son dos souple. Ses vêtements étaient tout ce qu'il y a de plus normal pour une mage flamboyante. Une tunique rouge et grossière resserrée à la taille par une ceinture, un court pantalon de cuir et des bottes souples en daim qui lui arrivaient juste au-dessous des genoux. La poignée d'une dague saillait du revers d'une de ses bottes. Une besace en cuir, et un livre en peau de daim pendaient à sa large ceinture de cuir.
Rose
Allons, venez donc, la seconde manche commence, les convia l’artisane de l’eau.

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