Chapitre 1 Partie 6

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Verne

Les gens ont besoin de croire en quelque chose, tenta de pondérer son ami. Même si, au fond d'eux, ils savent que c'est faux. Nous ne sommes pas les héros sacrés, les parangons que l’on voudrait faire de nous. Au fond on ne veut pas de nous parce que si on est honnête avec soi-même on se rend compte que ce pèlerinage n’est pas dénué d’une certaine forme d'égoïsme. Chacun ici est animé d’un souhait, d’un but, et cela soyons honnête n’a rien à avoir avec une quête religieuse.

Diurne

Chacun sa voie.

Larish

Je le répéterais jamais assez, lâcha le vieil ours, le fer est le seul langage que parlent des gens comme nous. Et ce langage n’appartient qu’aux gens comme nous.

Weid

Peut-être est-ce le seul langage que l’on n'ait jamais entendu mon ami.

Larish

Nous venons de deux nations que tout oppose et pourtant nos vies ont une curieuse similarité, lui avoua l’homme en armure. Et toi le géomaître, tu partages les dires de ton compatriote ?

Jean

Pourquoi ne pas demander à Lys ce qu’elle pense de cela ? Elle aussi est une de nos compatriotes, et c’est une guerrière de surcroit. De mon côté je suis déjà trop ivre pour philosopher avec vous autre.

Lys elle aussi était déjà à moitié endormie, les vapeurs d’alcool semblaient totalement l’avoir entourer.

Larish

Elle n’a pas connu l’épreuve de la guerre, la vraie guerre. Elle n’a pas encore ce qu’il faut.

Lys

Bientôt, hoqueta-t-elle à demi-consciente.

Weid

Demain ce sera notre épreuve à tous.

Verne

Elle est encore jeune, fit remarquer le porte-foudre en l’observant ronfler. Tu sais ce que cela représente pour une fille comme elle. Elle ne portera pas d’enfants, ne se mariera pas, toute sa vie s'arrêtera demain.

Weid

Oui, le plus tard aurait été le mieux… Elle voulait suivre la hanse, je ne pouvais pas l’en empêcher. Elle n’a rien qui la rattachait à sa terre. Alors vivre pour rien où mourir pour quelque-chose, le choix a été simple. Mais honnêtement je le regrette. Et toi Larish, pourquoi avoir rejoint la hanse ? Tu disais avoir une femme et des fils, alors pouquoi ?

Larish

Deus-Latis est venu à moi, il avait besoin de moi, je ne pouvais pas refuser. Pour le reste, je suis un pilier, je ne réfléchit que peu à ces choses là, lâcha-t-il.

Geor

De tous je crois que c’est bien Verne qui m’intrigue le plus. Tu es seul, seul sur la voie, tu as pourtant eu une seconde chance, c’est si rare, cela n’est pas un fardeau trop lourd à porter ? le questionna à son tour le conteur, les yeux toujours rivés sur le décolleté de Lys.

Verne

Avant j’étais… J’ai fait partie de la hanse, les membres de celle-ci étaient de grands émissaires de la maison des anneaux dit-il à moitié honteux.

La réputation de cette maison avait toujours suscité l’indignation des autres maisons des forgeurs, et tous le savaient pertinemment.

Geor

Vous avez passé les portes ?

Verne

Oui… Ce sera la seconde fois.

Geor

Jusqu’où êtes-vous allé ? Je veux dire, vous ne semblez souffrir d’aucun mal, alors avez-vous quitté la hanse au début.

Verne

Je ne suis pas resté longtemps… Pas assez pour subir le mal des racines.

Lafayette

Étaient-ils vos amis ? Ces hommes ?

Verne

Certains le sont devenus. Pour d'autres c’était différent… J’ignore le sort qu’ils ont eu là-bas.

Lafayette

Alors peut-être les reverrez-vous. Peu importe la distance ou le temps qui nous séparent. Un ami n'a pas besoin d'être gardé à vue ou à portée de main. Un ami doit avoir la liberté de trouver et de suivre son propre chemin. Si l'on a de la chance, nos chemins se rejoignent à nouveau pour un temps. C’est cela l’amitié telle que la voie.

Verne

Parfois nos chemins se séparent pour toujours.

Lafayette

Peu importe. Rien n’est figé. Si on se souvient d'un ami, c’est qu’il n'est jamais vraiment parti. Et si vous entendez l’histoire d’un caravanier au coin d’un feu, dans une taverne, alors cela sera suffisant et réconfortant, de savoir qu'un ami honore toujours son pèlerinage. Ce qui nous attend mon enfant, est un mystère, alors tout est possible.

Lumis

Et vous Sir Geor, que faisiez-vous avant de rencontrer le grand Deus-Latis ?

Geor

Moi, et bien, chers compagnons, je vous épargnerais le récit de mes premières années et de la vie que je menais. Sachez simplement qu'elles furent placées sous le sceau de l’art, de l’instruction et je dois bien l’avouer de la friponnerie. En dépit de mes constants efforts, malgré des trésors d'astuce et des joyaux d'imagination, je ne suis jamais parvenu à m'élever au-dessus de ma modeste condition. C'est pourquoi je me suis résolu à quitter ma bourgade natale, pour voir si mon sort s'améliorerait en changeant de monde et de pays. C'est ainsi que par un beau matin, le cœur tout gonflé d'espérance, je partis sur la voie moi aussi. Et de mésaventures en mésaventures je rencontrais ce bon vieux Deus-Latis. Et c’est ainsi que ce soir je partage un moment délicieux avec vous mes amis. Puissent la sainte, ou qui sait les dieux de Rano faire que demain soit une journée aussi délicieuse. Mais au vu de ce qui nous attend, je crains fort que le sang ne remplace le vin, ironisa le conteur une dernière fois.

Lafayette

J’ai foi en notre hanse. Dès que nous aurons passé le col de la montagne, les champs rouges nous attendront.

Diurne

Lafayette, ces champs sont-ils réellement ce que les livres en disent ?

Lafayette

La sainte de rouge fut habillée, sur la terre au-delà des contrées fut elle emmenée, car pour les hommes elle était fausse. Lorsqu'elle fut exécutée son cri retentit à la neuvième heure, et une larme coula de sa joue et donna la graine de l'yggdrasil. On dit que tous les hommes présents périrent et furent les premiers maudits de la terre. Ce lieu est donc empli de malice et de démons mais aussi marqué du sceau de la sainte. Elle guide les justes et punit le mal.

Diurne

Les avez-vous vu Porte-foudre ?

Verne

Vous verrez au-delà de ce que vous pouvez imaginer… Et je n’en dirais pas plus.

Diurne

Bien, je comprends… Braise prépare son sort, si vous avez un mot à faire parvenir, c’est le moment.

Ceux encore capables de tenir sur leurs pieds se rapprochèrent de la femme aux yeux d’or. Jeanne restait discrète jusqu’alors vint aux côtés de la flamme ardente. Braise se tenait sous la décombre d’un temple en compagnie de Béryl, Echo, Rhyme et Lord-ran. Des têtes d’orchidées pourpre passaient les toits, comme générées dans le pisé, tandis que jasmin et roses grimpaient le long des pierres. Des façades lézardées donnaient racine à des herbettes ou des bourgeons carmins. Partout les couleurs explosaient en pétales et couvraient l’architecture. Le lieu donnait l’étrange impression d’être habité par de lointains ancêtres.

Lorsque Braise se mit à chanter, des papillons de lumières se matérialisèrent, les regards se croisèrent, un oiseau se mit à chanter, perché sur une branche. À cet instant précis, Verne comprit le chant de Braise, il comprit le langage de l’eau qui tombait dans le bassin de la fontaine, la forme des nuages, le début et la fin du vent qui faisait bruire les feuilles. Au son mélodieux de sa voix, il eut l’impression de n’être lui-même qu’un mot dans la bouche de Braise.

Son chant n’était pas un simple chant, c'était une prière, la dernière prière. L'instant était comme suspendu. Toute son âme en puissance était divine à ce moment. Chaque matérialisation trouva chaque membre de la hanse et ainsi, l’invocation se plaça sur le front des hommes et des femmes afin que tous puissent livrer un dernier message aux êtres aimés.

La nature extérieure et intérieure, la doctrine, les dogmes, les rites, les livres, les églises, et les formes ne furent alors que des détails secondaires dans les esprits libérés du poids du regret. L’allure fantasmagorique de ces papillons de braise capturaient les pensées les plus nobles pour délivrer un message pur. Elles prirent leur envol dans une traînée d’étincelles flottantes, et ainsi alors qu'elles quittèrent les lieux, la plénitude de leur absence ouvrit le cœur des membres de la hanse sur la singularité de leur voyage. Ils patientèrent jusqu’à l’aube, avec pour écho les fables du vieil homme. Ses mots faisaient disparaître le silence et puis lui aussi cessa. Le soleil se leva, et le voyage commença.

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