Chapitre 2 Partie 2
Un garde ouvrit une porte, et les conduisit le long d’un couloir, qui semblait s’enfoncer un peu plus sous la terre. Enfin après avoir franchi d’interminables marches il se retrouvèrent dans une grande pièce éclairée par d'immenses candélabres où étaient plantés de grosses bougies au stalactites de cire. La pièce était carrée, ses murs et son plafond étaient en pierre apparente, et meublés à la façon Veyder d’autrefois. Verne resta immobile, dans l’expectative, promenant son regard sur les tables et les hommes qui y étaient prostrés. L’un d’eux avait le visage sombre, balafré, dont les yeux perçants invitaient les compagnons à le rejoindre.
Mikolaj
Et bien, demanda-t-il impatient. Que faîtes-vous ? Prenez place, les invita le capitaine.
Il se remplissait un gobelet incrusté de joyaux, versant un vin couleur pourpre d’un flacon doré alors que la hanse prenait place. Des verres leurs furent servis, mais pas n’importe quel verre, chacun reçut un verre de cristal si délicat qu'on l’aurait cru sculpté dans de la glace, et bientôt des petites gens s'affairèrent à remplir le précieux contenant. S’écoulait alors un filet de ce qui semblait être du rubis liquide. En faisant tourner légèrement le verre au-dessus de la table, Lumis huma une merveilleuse odeur qui se répandit jusqu'aux fond de ses narines. Pendant un instant, il eut l'impression de tenir entre ses mains un précieux bouquet de fleurs.
Lumis
Incroyable, quel arôme, un château de Ravello.
Mikolaj
Connaisseur ! Vous avez le nez Sir.
Geor
Tu sais toujours comment accueillir tes amis Mikolaj.
Lafayette
Comment d'humbles raisins peuvent-ils produire un nectar aussi délicieux ? Boire du vin dépasse les errements du langage, s’enivrait le vieux prêtre en triturant son chapelet.
Lys
A t’entendre sourcier, on croirait que tu préfèrerais la compagnie d’une bouteille à celle d’une femme, railla la porteuse d’oriflame.
Larish
Tu n’en manque pas une, toi, lui signifia le chevalier. Et vous capitaine, je suppose que vous êtes capitaine…
Mikolaj
Exact, confirma Mikolaj en tapant sur son écusson à forme d’aigle.
Vandal
Ce breuvage est un choix des plus honorable qu’il puisse être fait à un invité.
Mikolaj
Le choix est aisé, car j'en bois et en sert depuis des années à tous les pèlerins. Pour moi, ce rouge charpenté et suggestif accompagne tous les mets d'un bon repas, et parfois sans avoir à servir quoique ce soit d’autre ! Cette cuvée vous attendez, elle attend depuis le dernier pèlerinage, il y a douze ans. Ce vin m'a toujours rendu heureux, car son nez évoque les parfums uniques du soleil de ma terre. C’est là mon cadeau, un dernier repas sur la terre des hommes…
Deus-Latis
Vous parlez vrai capitaine. Merci
Mikolaj
En voilà une troupe bien singulière Seigneur Deus-Latis. Sachez que c’est un honneur d’avoir le héros de Bella-Riva ici même. Je vous aurais cru retiré dans votre domaine, à écoulé de vieux jours.
Deus-Latis
Je crois que le calme et la paix sont des choses qui me sont étrangères.
Mikolaj
Bien, trêve de bavardage, nous allons vous servir de quoi accompagner ce vin.
De la viande fut servie dans de larges assiettes sous les yeux émerveillés de la hanse. Les fragrances étaient exquises, et invitaient à se remplir la panse à en avoir la peau du ventre tendue à rompre.
Mikolaj
J’ose espérer qu’autant de bœuf à ingérer lors d'un seul repas suscitera en vous la force nécessaire pour braver la grande porte. Moi cela ne réveille qu’une chose : jouer avec des femmes au derrière bulbeux, lâcha-t-il en riant.
Du vin dégoulinait de son menton.
Bronn
Tout ce qui vit doit manger. Allons ne te fais prier, suggéra le colosse à la jeune Ambre.
Mikolaj
Vous n'aimez pas, jeune dame dont j’ignore le nom ?
Ambre
Ambre. Et je ne suis pas férue de viande.
Mikolaj
Alors c’est que vous mangez mal, vous vivez probablement aussi mal.
Deus-Latis
En effet, nous n’aurons pas la chance de manger aussi grassement à partir de demain, lâcha Deus en fixant la bedaine du capitaine.
Bronn
Il a raison. Manger vite, boire tout aussi vite, dormir d’un sommeil léger et ne jamais s’attarder pour quelque raison que ce soit… Ce sont là les règles élémentaires du pèlerinage, et celui qui manque de s’y conformer ne vivra guère longtemps.
Larish
Dans cette cité, tous n’ont pas cette chance inestimable de se goinfrer ainsi, railla le pilier.
Le capitaine ne prit pas ombrage de la remarque de Larisch. Il avait conscience des hommes auxquels il était confronté, et il savait qu'il ne pouvait s'y opposer. Mais pour lui ils n'étaient que des fous près à subir un sort pire que la mort. Il se demandait seulement jusqu’où ils pourraient bien aller cette hanse.
Mikolaj
Voilà une troupe qui ne manque pas d’audace. Difficile de trouver dans tout ça une marque de la noblesse.
Geor
Si tu nous parlez des autres pèlerins Capitaine, interrompit le conteur dans le duel de regards que s’échangeaient les deux hommes.
MIkolaj
Onze hanses se sont succédé, et seulement deux ont continué leur pèlerinage au-delà des portes.
Rhyme
Seulement deux ?
Lafayette
Il alla dans le champ rouge, récita le prêtre sourcier. Où, après une journée de marche, il s'assit sous un olivier, et demanda la mort, en disant: C'est assez ! et demanda à la sainte, prends mon âme, car je ne suis pas digne de ceux qui ont foulé un jour cette terre sainte.
Verne
Le pèlerinage sur le continent est une épreuve en soi, en revanche passer les grandes portes c’est une tout autre histoire. Tout retour devient impossible.
Rose
Plus on s’approche de la source de l’arbre, plus le corps devient dépendant, et lorsqu’on tente de faire marche arrière c’est la mort au mieux, ou une lente agonie.
Bronn
Deus et le vieillard nous ont déjà raconté tout ça. Ce qui doit être fait doit être fait. La magie disparaît peu à peu ce qui implique le retour d'événements terribles. Tornades, inondations, famines… Quelqu’un doit se sacrifier pour rétablir l’ordre, et par la sainte ce sera l’un d’entre nous. Et qu’elle en soit témoin, les autres reviendront auréolés.
Rano-Hanna
De toutes les hanses connues, seules la 49 et la 54 sont revenues en vie sans souffrir de la malédiction.
Mikolaj
Nous n’appelons pas ça une malédiction, mais je vois que vous êtes bien renseigné pour une paienn... femme des îles aux roseaux.
Rano-Hanna
C’est que la païenne a lu de nombreux ouvrages sur le sujet, qu’ils soient transcrits par les moines ou par des non croyants nous connaissons bien les traditions du continent.
Mikolaj
Intéressant et malgré tout ce que vous avez lu, vous êtes ici, en terre sainte. Si je ne connaissais pas Geor et qu’il n’y avait pas le général vous auriez été chassé hors des portes de la cité, mais je sais être clément. Après tout si vous êtes là c’est qu’il doit y avoir une raison. Ainsi parle la sainte.
Verne
Nous savons ce qui nous attend. Ils sont prêts depuis un long moment maintenant à affronter l’arbre.

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