4 - Le temps des questions

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Marie quitte la maison en ruminant, sort dans la rue et se dirige vers le petit parc à proximité.
Le temps est doux par cette belle nuit de juin.

Elle a besoin de faire le point.

Un passant aurait été bien étonné de voir une mariée déambuler seule dans la rue en pleine nuit et sans culotte. Mais ce dernier point ne peut se lire sur son visage.
Quoique, quoique... ce n'est pas si désagréable, se dit-elle.

Pieds nus sur le sol, son pas ralentit et doucement son cerveau se remet en marche.

Où est ma faute se demande-t-elle ?

Elle s'est forcée à laisser la langue de Théo s'introduire dans sa bouche. Mais elle a plus vécu cela comme un nettoyage de dentition que comme un baiser.
Bien loin des quelques romans à l'eau de rose qu'elle a pu lire à son adolescence. Et encore.

Quand la fermeture de la robe s'est coincée, elle a cru bien faire en s'allongeant sur le lit pour dédramatiser l'incident. Que Théo accomplisse ce qu'un mari est censé faire une nuit de noces.

Quand le sexe de Théo s'est dressé devant ses yeux, elle a été prise d'appréhension.

Et aussi de fascination, elle doit se l'avouer.
Elle n'imaginait pas un tel engin pénétrer ses chairs, mais elle ne peut nier que ce sexe dressé avait une certaine beauté et qu'elle a été flattée de constater l'effet qu'elle produit sur Théo.

De s'offrir, impudique, lui est apparu alors tellement naturel ! Et elle avait envie de lui faire plaisir.

Pourtant, quand il s'est allongé sur elle, elle n'a pas ressenti le trouble qui l'avait gagnée quand Nicolas la caressait sous la table. Elle se souvient encore de la douceur de ses mains et de la chaleur dans son ventre.

A-t-il un sexe aussi grand que celui de Théo ?

Elle a laissé à Théo l'initiative pour les conduire à l'accouplement.
Lui, il sait, a-t-elle pensé.
Il va être patient.

Par curiosité et pour en apprécier la texture, elle a pris la verge – elle a encore du mal à penser « bite » ou « queue » ou « pine »... - dans sa main.
Ainsi elle montrait à Théo que par sa participation, elle consentait à ce qu'il lui fasse l'amour.
À la limite, qu'il la prenne, mais pas qu'il la baise et encore moins qu'il la tronche.

Mais tout ce sperme sur elle...

Dans le parc, elle marche sur la pelouse et refait le film.
Le contact avec la terre lui ramène de la sérénité.

Elle a connu Théo à la bibliothèque municipale. Ils se sont croisés plusieurs fois avant de s'adresser la parole. Ils ont découvert qu'ils partageaient l'amour des mêmes auteurs. Des américains comme Toni Morrison, Jim Harrison, Philip Roth ou des français comme Emmanuel Carrère et bien d'autres.
Elle a aimé discuter avec lui.
Les échanges ont été riches.
Et toujours encore.

Mais la question de sa culpabilité éventuelle la taraude.
Je ne suis pas normale ?

Les mains de Nicolas lui ont prouvé que son corps n'est pas insensible et le plaisir qu'elle commençait à percevoir la trouble.
Elle ressent toujours son baiser sur son sexe à travers la fine lingerie. Comme si sa présence était encore réelle.

Nicolas la convoite c'est certain. Mais c'est une convoitise uniquement sexuelle. Elle le lit dans ses yeux quand il la regarde.
Après tout, peut-être aurait-elle dû lui céder à l'époque. Aujourd'hui elle ne serait pas aussi gourde avec Théo.
Avec son expérience – Il est plus âgé, la trentaine – elle aurait appris.

Elle connaît beaucoup de femmes, si ce n'est toutes, qui ont couché avant le mariage, pas forcément avec l'élu, et ne s'en portent pas plus mal.

Elle est injuste avec Théo.

---

Théo est surpris par la soudaine fuite de Marie. Et surpris, le terme est bien faible.

Bouche bée, il ne songe pas à la retenir, ni lui courir après.

Il regarde, ahuri, alternativement la porte de la chambre que Marie vient de franchir et l'objet du désastre entre ses jambes.

Sa première réaction est de s'en prendre à son sexe.

Il le réprimande en lui reprochant sa cessation trop rapide d'activité. Dégonflé lui dit-il.

Il le prend à témoin de son infortune en lui confiant ne pas comprendre les filles. À nous deux on fait la paire lui souffle-t-il.

Il tente de l'amadouer en lui promettant l’accès à un territoire délicieux s'il sait se conduire galamment la prochaine fois. Et tu auras une gâterie s'engage-t-il.

Bref, il a été pathétique.
Bref, il est pathétique.

Depuis qu'il connaît Marie et surtout depuis qu'il sort avec elle, sa vie a changé. Il était un garçon réservé pour ne pas dire renfermé, avec peu d'amis.
Ses parents commençaient à s'inquiéter. Notamment son père qui supposait une orientation homosexuelle chez son fils. Théo l'a même entendu dire qu'il n'avait rien contre les pédés mais qu'il ne voulait pas de ça chez lui.
De la bêtise.

Avec l'aide de Marie, il s'est ouvert aux autres et les autres l'ont accepté. Il est même apprécié par sa gentillesse.
Il a même fini par aimer la chorale.

Mais pas Nicolas.

Ils ont enchaîné les sorties – balades, expositions, cinéma, restaurants... - et ils avaient plaisir à se retrouver.
Les séparations ont toujours été, pour lui, douloureuses.

Comme aujourd'hui.
Au bout de quelques minutes l'absence de Marie lui fait mal et il s'inquiète de ne pas la voir revenir.
Elle ne peut pas lui en vouloir au point de ne pas le retrouver dans la chambre ?

Il quitte le lit.

Et il se saisit de la culotte de Marie. Quelle idée ?

Mais a-t-il toute sa tête ?

Il veut lui prendre la main, lui demander pardon et recommencer.

Tout nu il va de pièce en pièce.

La recherche étant infructueuse, il sort dans le jardin.

Il avance prudemment, contrôlant que personne ne peut le voir. À cette heure avancée ce serait surprenant. Mais on ne sait jamais !
Il vérifie dans la cabane de jardin.
Toujours pas de Marie !

Qu'elle ait pu quitter la maison lui met une boule dans l'estomac. Son ressentiment doit être fort.

Il va au portillon, passe la tête à l'extérieur. Dans la rue.

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