5 - Dérapage

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Marie s'est évaporée.

Prenant du courage, Il avance sur le trottoir, fait quelques pas dans une direction, puis dans l'autre et il aperçoit le parc.

Elle doit être là. Elle aime ces endroits de verdure ou elle a l'impression de respirer un bon air.

Bon, mais il ne peut s'y rendre dans cette absence de tenue.
D'un autre coté il ne veut pas perdre du temps à aller s'habiller.

Il ressent comme une urgence.

Sans trop réflèchir il enfile la culotte de Marie. Au moins son matériel ne ballotera pas.

Il a un peu de mal mais en se dandinant finit par y arriver.

Il est un peu à l'étroit.

Alors qu'il traverse la rue, un peu inquiet quand même, une voiture de police qui fait une ronde de nuit débouche d'une rue voisine et arrive en face de lui !

Tel le lapin pris dans les phares d'une voiture, il se fige. Une main devant les yeux, l'autre devant son sexe, Il s'alarme.

A juste titre.

Il se sent lamentable.

A poil, devant une maison qui n'est pas la sienne, sans papier, ni sur lui bien sur, mais aussi à l'intérieur.

Avec uniquement la culotte de la mariée, qui cache ce qu'elle peut, pour prouver de sa bonne foi, il va lui falloir être convaincant !

---

Pendant ce temps là.

Marie est assise sur un banc. Elle veut se donner le temps de réfléchir avant de retrouver Théo.

Ce mariage, ils l'ont voulu tout les deux.
Cela leur paraissait comme la suite logique de la relation suivie qu'ils ont entretenue avec une certaine harmonie ces dernières années.

Relation plus amicale qu'amoureuse puisque Marie refusait de coucher avant le mariage.
Elle a reçu une éducation très stricte et surveillée.

Elle n'a consenti que des baisers bien pudiques.
Mais est-ce que Aimer c'est coucher ?

Sa mère n'a connu qu'un homme. Il devait en être de même pour elle.

Mais autre temps autres mœurs.
Elle aurait pu transgresser, mais ce n'était pas dans son caractère.

Bonne fille, elle sera une bonne épouse. Elle se rend compte de la stupidité de cette étiquette qu'on lui a collée.

Elle aime Théo.
Elle l'apprécie ou elle l'aime ?
Si elle l'aimait, se serait-elle sauvée du lit nuptial ?

Nicolas, en la caressant sous la table lui a fait ressentir des fourmillements bien agréables, elle doit se l'avouer. Et quand ils ont dansé un slow un peu plus tard, elle a frissonné dans ses bras qui la tenaient bien serrée. Elle sentait son souffle dans son cou.

Il lui a chuchoté qu'elle était désirable et les papillons sont revenus.

Oui, elle aime Théo. Elle s'en convainc.

Ou elle veut s'en convaincre ?

Danser avec Théo ne l'a pas boulversée.

Elle se pose trop de questions. Elle doit le rejoindre et arrêter de faire sa mijaurée. Sa pétasse diraient certains.
Et d'ailleurs, lui, pourquoi ne l'a-t-il pas encore retrouvée, pense-t-elle avec encore une pointe d’amertume.

Après la copulation, elle saura si c'est de l'amour. Elle esquisse une grimace de dépit à cette pensée.

Prête à pleurer.

C'est alors qu'elle entend des cris. Des gens qui chantent.
Faux. Ses oreilles se sentent agressées.
Elle s'effraie.

Elle voit approcher dans l'allée trois jeunes gens qui se tiennent par le bras. Une fille et deux garçons.
La fille est entre les garçons.

Ils avancent de front , bras dessus bras dessous, en chantant – vociférant - et en zigzaguant.
Et ils rient.
Ils n'ont pas l'air bien frais.
De retour d'une soirée peut-être.

Ils ont son âge, et n'ont pas l'air bien méchant.
Si ce n'est l'ivresse.

Une ivresse gaie.

Marie se dit qu'ils ont bien de la chance de savoir profiter ainsi de la vie.
Elle qui jusqu'à maintenant avait toujours regardé ces démonstrations comme grotesques, à cet instant, elle a un sourire mélancolique.

Dans sa robe blanche de mariée, sur ce banc, ils vont la trouver ridicule.
Une folle échappée d'on ne sait quel hôpital.

Les trois jeunes, s'arrêtent à quelques mètres. Ils sont surpris. Le mot est faible.

Ce n'est pas banal de tomber sur une mariée, seule, la nuit dans un parc.

Pas banal, mais comique, et ils ne s'étonnent que peu de temps.

L'alcool permettant bien des choses, un des garçons se jette à ses pieds et, lui prenant une main, lui déclare sa flamme et la demande illico en mariage.
Marie esquisse un sourire et finit par rire de bon cœur. Le stress s'évanouit par enchantement.
C'est une douce folie qui lui fait du bien, elle, si rigide.

Elle a envie de lâcher prise.

Et sans plus de manières, le garçon la fait se lever et lui prenant le bras l'entraîne dans l'allée en fredonnant la marche nuptiale.
La fille et le deuxième garçon soulèvent le pan de sa robe derrière et jouent la fille et le garçon d'honneur en criant vive les mariés.

Ho ho, la mariée ne craint pas les courants d'air dit le garçon derrière, que la curiosité a porté à jeter un coup d’œil sous la robe.

Marie devrait avoir honte.
Mais non. Peu lui importe alors. Elle ne s'offusque pas.
Elle veut cheminer dans la joie jusqu'à son dépucelage.

La procession avance ainsi et Marie se met aussi à chanter de sa belle voix.

Les trois jeunes sont exorcisés par ce joli timbre.

Et finalement ce sont eux qui se laisse diriger par Marie.

Elle s'ennivre de cette gaieté.

On pourrait croire que c'est l'haleine de son mari d'occasion qui la saoule.

Mais non.
Elle est gagnée par la joie de ses compagnons de circonstance.

Arrivés devant la maison, les trois jeunes hésitent, mais encouragés par Marie, ils l’accompagnent jusqu'à la porte.

Pourquoi alors leur demande-t-elle d'entrer ?

Présenter ses nouveaux amis à Théo ?

Ils lui donnent du courage.

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