6 - Au poste
Théo aurait du éviter de dire aux policiers qu'ils seraient plus avisés de traquer les voleurs plutôt que d’importuner les gens honnêtes.
Non, vraiment, il n'aurait pas du.
Il faut le comprendre aussi.
Cette nuit devait être un grand jour... oui, ne riez pas.
Une nuit à marquer d'une pierre blanche.
Il allait enfin pénétrer une femme. Celle qu'il aime.
Il allait connaître le plaisir infini de la petite mort.
Aussi, ces policiers qui doutaient de sa bonne foi et qui jouaient aux cow-boys l'on énervé.
Lui qui s'inquiétait de Marie.
Lui qui voulait rattraper son mauvais coup.
Ils s’entêtaient à exiger ses papiers.
Est-ce que le jour de son mariage, on se soucie d'avoir ses papiers sur soi !
Est-ce que quand on est à poil on a des papiers sur soi ?
Et surtout ils se permettaient de lui donner des leçons de morale.
Ils faisaient du zèle.
Et Théo trépignait.
Et les policiers, il faut les comprendre aussi. Ils passent la nuit dehors, délaissent leur famille, prennent des risques parfois, croisent le chemin de bien des hurluberlus les plus divers.
Et Théo, à leurs yeux, a tout l'air d'en être un beau spécimen.
Le genre d'individus à cause desquels ils laissent leur femme pour la nuit.
Et ils en entendent des excuses ou explications foireuses !
S'il leur fallait tout gober !
Aussi quand Théo leur a prétexté qu'il jouait à cache-cache, avec une petite culotte de femme, dans la rue, avec la mariée, pour sa nuit de noces, ils ont pensé qu'il se payait leur tête.
Faut les comprendre.
Et Théo a explosé.
Il n'aurait pas du.
Dans le commissariat, il se ronge les ongles.
Les policiers l'ont embarqué sans ménagement.
Ah oui, ils ont pris leur temps pour rentrer au poste.
Ils ont pris leur temps pour rédiger et taper le procès-verbal.
Atteinte à la pudeur, trouble à l'ordre public, insultes à agents, refus d'obtempérer...
Il est dans de beaux draps.
Ce ne sont pas ceux qu'il espérait.
Les policiers lui ont quand même donné une couverture.
Théo ne savait qui appeler. À part ses parents..
Il allait être la risée de toute la noce et cela lui tordait les boyaux.
Et Marie. Ou est-elle en ce moment ? Elle doit être folle d'inquiétude.
Quelle mouche l'a piquée de quitter la chambre et la maison au premier coup de semonce.
Un tir à blanc.
Il a essayé plusieurs fois de joindre son père sur son téléphone portable.
Sans succès.
La musique doit couvrir la sonnerie du téléphone.
Il laisse message sur message.
Son espoir est que ses parents et son oncle viennent rapidement le récupérer au commissariat en toute discrétion.
Et il rejoindra Marie, et ils se mettront au lit.
Même s'il faut différer la petite mort... il n'en mourra pas.
Il appréciera même le pot de chambre de chocolat.
Que c'est long !
Il finit par joindre son père.
Théo a du mal à donner une cohérence à ce qu'il lui raconte. Le résumé est pour le moins confus.
Lui aussi n'a pas eu l'air d'assimiler l'histoire du jeu de cache-cache !
Est-ce qu'une nuit nuptiale les mariés jouent à cache-cache ?
Théo ne doit pas se cacher derrière sa bite... ce n'est pas très crédible. Mais son cerveau est en mode surchauffe et des neurones sont en train de griller.
Il ne voit pas ce qu'il peut raconter d'autre pour sauver la face.
De toutes les manières d'envisager la situation, il passera pour un con.
Théo a bien préciser à son père d'être discret.
L'attente est interminable.
Il écoute les conversations des policiers. Pour passer le temps il tente de comprendre les motifs des appels qu'ils reçoivent.
Tapage nocturne, tentative d'effraction, accidents...
Ça l'occupe.
Quand il entend une série de coups de klaxon dans la rue, de nouveau il s’inquiète.
Et il croit devenir fou, quand il voit son père et l'oncle entrer dans le commissariat avec une bouteille de champagne et des verres, et avec chapeaux pointus et cotillons.
Sous terre... oui il voudrait être sous terre. A des kilomètres.
Il n'est pas simple de débloquer la situation.
Les policiers ne sont pas trop d'humeur à goûter la plaisanterie. Ils le font sentir de façon abrupte.
Après les vérifications d'identité d'usage, ils ont écouté.
Bien sur l'oncle et le papa confirment que Théo venait de se marier et qu'il était censé passer la nuit de noces dans la maison devant laquelle il a été ramassé, nu ou presque.
C'est ce détail qui questionne les policiers. Et pas qu'eux.
Que faisait-il nu dehors, sans la mariée ?
Incompréhensible.
Ou est la mariée ?
Le père explique qu'un ami, Nicolas, est allé voir ou elle peut être.
En entendant cela Théo explose ! Perd son sang froid. Insulte.
Ejaculateur précoce et cocu pour sa nuit de noces ! ce serait trop !!!
Il faut le calmer.
Théo doit ravaler sa fierté. Il est pressé.
Il raconte ce qui s’est passé. Enfin, pas complètement. Il se garde bien d'évoquer une partie des évènements..
Il explique simplement que Marie, jeune pucelle, s'est effarouchée et a voulu prendre un peu l'air avant de franchir le Rubicon.
Autant croire à la multiplication des pains.
Les policiers compatissent... un sourire en coin. Ils comptent bien éclaircir le sujet.
L’atmosphère se détend quelque peu, d'autant que maintenant chacun a conscience qu'une mariée est dans la nature.
Ou supposée l'être.
Le responsable du poste décide d'envoyer avec les noceurs une voiture avec deux policiers qui coordonneront les recherches éventuelles.
Dans cette éventualité, bien sûr.
Il prévient Théo d'une convocation à venir.
Néanmoins, avant de lâcher le groupe, il s'assure que le conducteur est en état de prendre le volant.
Et que croyez-Vous ?
Bien sur, nous sommes rarement à jeun au sortir d'une noce.

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