7 - Désarroi
Marie est décontenancée. Elle ne comprend pas.
Théo n'est pas dans la chambre. Ses habits sont toujours étalés au sol.
Elle a visité les différentes pièces de la maison accompagnée de ses trois nouveaux amis.
Et pas de Théo !
Elle regarde sous les lits, ouvre les placards.
Le marié s'est volatilisé.
Nu !
Ou a-t-il bien pu aller ?
Que lui est-il arrivé ?
Elle culpabilise.
Quel drame sa fuite a bien pu provoquer ?
Car elle imagine rapidement une catastrophe.
Les trois compères la regardent et semblent tout aussi désolés. Ils n'ont pas encore toutes les cartes du déroulement de la soirée, mais spontanément ils se sentent solidaires de Marie.
Ils lui proposent un téléphone, mais Marie refuse. Qui appeler ? Pour demander si quelqu'un a vu le marié !
C'est ridicule.
Théo ne doit pas être bien loin et il la cherche. Marie veut s'en persuader.
Elle commence à paniquer.
Elle est déroutée.
Ou alors il est vexé et il veut lui faire la leçon ? Cela lui semble tout aussi ridicule.
Théo n'est pas mesquin.
Cependant, dans le doute, de sa belle voix elle appelle Théo.
D'abord doucement.
Elle s'excuse. Dans le vide.
Et sans réponse, elle crie de plus en plus fort.
Rien ne se passe.
Paul et Pierre – ce sont les prénoms des deux garçons – pour participer, se mettent à chanter, en se tenant par les épaules, sur un air de Nougaro :
« Elle est sous sous sous ton balcon,
sans sa culotte,
oh oh Théo la bille eu... »
Marie les regarde, abattue. Elle se croit sur une autre planète et ne sait plus si elle doit pleurer ou rire.
Une comédie tragique.
La nuit de noces part en vrille.
C'est Josepha – la jeune fille – et la seule à avoir encore un peu de lucidité qui les fait taire.
Théo est proche. Il va revenir. A poil, il ne peut se balader dans les rues !!!
Elle voit bien Josepha perplexe. Son regard est franc et il se dégage une douceur qui inspire confiance.
Alors Marie lui raconte sa nuit de noces avortée.
Josepha l'écoute avec attention et devant cette détresse qu'elle perçoit bien, elle prend les mains de Marie dans les siennes et les serre. Comme si elle voulait lui transmettre de l'énergie.
Entre femmes, elles se comprennent.
Marie refait la visite des pièces, affolée.
En vain.
Elle croit défaillir.
De retour au salon, elle tombe dans le canapé à côté de Josepha, qui est déjà installée.
Paul et Pierre n'ont pas perdu de temps et reviennent de la cuisine avec une bouteille de champagne. Ils ont mis la main sur la réserve que l'oncle avait préparée en prévision du réveil matinal des mariés.
Elle craque.
Ils trouvent des verres, le bouchon pète.
Vivent les mariés ! Crient-ils.
Et ils s'embrassent amoureusement.
Il y en a au moins deux qui s'amusent !
Marie est incrédule.
Atterrée.
Dans les romans de la bibliothèque rose, une nuit de noces est toujours romantique.
Pourquoi pas la sienne ?
Marie, Josepha, un âne et un bœuf.
Il manque les rois mages et ce sera la totale.
Marie sanglote.
Josepha la prend dans ses bras et tente de la réconforter. Elle lui caresse les cheveux.
Marie, bercée, tout doucement se calme.
Spontanément, à son tour, elle enlace Josepha, la tête sur une épaule amie.
Un beau tableau. Émouvant.
Josepha est troublée par cette jeune mariée, en plein désarroi, qui l'enlace tendrement.
Marie lui paraît si ingénue.
Elle ne pensait pas que cette soirée de fiesta entre étudiants et étudiantes allait déboucher sur cette rencontre tellement improbable.
Josepha est rompue aux plaisirs lesbiens.
Sapho est sa maîtresse.
Même si un sexe d'homme, à l'occasion...
Elle est d'abord hésitante vis à vis de Marie.
Ne pas la brusquer.
Ne pas la mettre en péril.
Elle a beaucoup à perdre, ce soir, dans une relation extra-conjugale.
Josepha, par contre, a tout à gagner. Elle est libre et Marie la touche.
Qui ne tente rien n'a rien.
Ce corps chaud blotti dans ses bras réveille en elle des pulsions sensuelles.
Elle a envie de Marie.
Et celle-ci, la joue maintenant caressée, est sensible à la douceur des gestes de Josepha.
Son corps ressent un grand bien-être.
Une chaleur apaisante la gagne.
Après les événements qui viennent de chambouler sa vie et aussi la perturber, faut bien le dire, la tendresse qu'elle reçoit est un baume rafraîchissant.

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