Prologue - Le soleil rouge

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Le soleil descendait lentement sur la baie d’Acapulco.

La lumière du soir étalait sur l’océan une couleur étrange, un rouge sombre qui faisait ressembler l’eau à une plaque de métal brûlant. Les palmiers découpaient leurs ombres sur les façades des hôtels, et les premières lumières commençaient à apparaître dans la ville. De loin, tout semblait paisible. Presque parfait.

Le Mexique savait être beau comme un mensonge.

Sur la route côtière, les voitures roulaient encore lentement entre les bars ouverts et les terrasses où les touristes buvaient face à la mer. La musique sortait des restaurants, mêlée au bruit des vagues et au ronronnement des moteurs. Rien, dans ce décor de carte postale, ne laissait deviner ce qui existait derrière les collines qui entouraient la baie.

Quelques kilomètres plus loin, la route quittait la côte et s’enfonçait dans l’intérieur des terres. Les hôtels disparaissaient peu à peu, remplacés par des maisons basses, des garages, puis par de longues étendues de poussière et de végétation sèche. Les lampadaires devenaient rares. La musique aussi.

Au bout d’un moment, il n’y avait plus que le bruit du vent.

Dans ces endroits-là, les routes semblaient mener nulle part. Elles traversaient des terrains abandonnés, contournaient des ranchs silencieux, longeaient des bâtiments sans fenêtres. Des lieux que les habitants connaissaient mais qu’ils évitaient de regarder trop longtemps.

Parce que certaines choses, au Mexique, existent seulement tant qu’on ne pose pas de questions.

Cette nuit-là, quelque part entre la côte et les premières collines du Guerrero, une voiture quitta l’asphalte pour suivre une piste de terre. La poussière se souleva derrière elle et resta suspendue un instant dans la lumière rouge du ciel.

Personne ne la suivait.

Personne ne la verrait repartir.

Dans la ville, la vie continuait pourtant comme si rien ne s’était produit. Les bars restaient ouverts, les touristes marchaient encore le long de la plage, et la mer reflétait le dernier éclat du soleil.

Au Mexique, certaines disparitions n’interrompent jamais la soirée.

Elles se dissolvent simplement dans la nuit, comme si elles n’avaient jamais existé.

Le lendemain, quand Ximena Rojas apprit que sa sœur Lucía ne rentrerait pas, le soleil se leva pourtant exactement de la même manière sur la baie d’Acapulco.

La mer était calme.

La ville aussi.

Et personne ne savait encore que quelque chose venait de se briser.

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