Chapitre 8

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Violette songea à appeler Fred en rentrant chez elle. Elle avait besoin d'entendre sa voix. Mais elle ne voulait pas le déranger alors qu'il était occupé à gérer sa nièce. Il entendrait forcément son désarroi et lui poserait ces questions auxquelles elle ne voulait pas se confronter. Parler de sa mère ou de son frère impliquerait de parler du reste. Non, elle devait prendre sur elle. Faire le vide dans son esprit. Seule. Fred était son phare dans la nuit noire. Son point d'ancrage dans le présent. Elle voulait préserver l'éclat de son regard qui ensoleillait l'instantanéité et éclairait son horizon.

Elle prit une douche brûlante puis enfila un legging et un T-shirt trop grand. Elle s'apprêtait à se recroqueviller sur sa peine, à s'enrouler dans sa solitude quand la sonnette retentit. Antoine se tenait sur le pas de la porte, une bouteille de vin blanc dans une main, une boite de chocolat à la noisette dans l'autre. Violette l'interrogea du regard.

— Je me suis dit que tu aurais bien besoin de l'un ou l'autre après cette visite à ta mère. Un sourire nostalgique se dessina sur ses lèvres.

— En effet ! Entre...

Elle rejoignit la cuisine, sortit un tire-bouchon, versa le liquide doré dans deux verres à pied puis revint dans le salon. Antoine détaillait l'intérieur de son appartement. Des murs blancs qu'aucun cadre ne venait décorer, des appareils noirs et un canapé gris. Un appartement impersonnel qui ne collait pas au caractère jovial qu'il avait connu. Il saisit le verre que lui tendait Violette puis s'avança vers la petite étagère sur laquelle étaient disposés quelques livres. Des vestiges de sa grande collection de l'époque. Il la dévisagea, incrédule.

— Où sont passés tes bouquins ?

Elle détourna le regard.

— J'ai fait un saut à La cave érudite à mon retour de Chicago mais Natacha m'a dit que tu n'y travaillais plus... Violette reposa les yeux sur Antoine.

— Pourquoi es-tu allé à la librairie ?

— Pour te voir, voir comment tu allais. Je suis passé devant notre ancien appartement et j'ai vu que le nom à l'interphone n'était plus le tien. J'ai donc continué mon chemin jusqu'à la librairie. Je t'ai guettée à travers la vitrine puis je me suis décidé à entrer. J'ai vu Natacha mais pas toi. C'était une espèce de gringalet qui déambulait dans les rayonnages à ta place. Je me suis dit que c'était peut-être ton jour de congé alors j'ai demandé mais Natacha m'a appris que tu avais démissionné.

— ...

— Mais enfin Violette, les livres c'était toute ta vie !

— Faut croire qu'on aime des choses et puis qu'après on se lasse. Pas vrai ?

Elle le regarda sévèrement. Il ne releva pas, se racla la gorge, et reprit :

— C'est pour ça que j'ai été surpris de te voir au Green Mill, je m'étais dit que tu avais dû quitter Vincennes. Partir toi aussi.

— J'aurai pu. J'avais commencé à tirer un trait sur notre vie, j'aurai pu aller au bout de ce que j'avais entrepris. Mais je voulais rester près de lui.

Violette soutint le regard d'Antoine jusqu'à ce que cette fois, ce soit lui qui détourne les yeux. Il se posta devant la fenêtre, goûta une gorgé de vin, qu'il garda un moment en bouche, le regard perdu dans le vide.     

  • Chez tes parents comment ça s'est passé ? demanda-t-il pour changer de sujet.
  • Comme ça devait se passer. Elle a raison, si je n'avais pas téléphoné à Florian ce soir là, il serait toujours en vie.
  • Si j'avais répondu à tes appels. Si j'étais rentré plus tôt... Si ! On refait le monde entier avec des « Si ». La vie est ainsi faite. Malheureusement. Rappelle-toi ce qu'il t'a dit.

Elle se rappelait parfaitement. « Vis pour moi, pour lui. » C'est ce qu'il lui avait soufflé dans un dernier soupir.

  • Il n'y a plus de « lui » Antoine !

Elle avait crié. Un cri de rage. De désespoir. Lorsque l'écho de sa fureur s'évanouit, Antoine reprit d'une voix douce :

— Tu auras beau ressassé, rejoué le film en changeant le scénario, tu ne le ramèneras pas. Tu n'es pas responsable Violette. Tu ne dois pas te reprocher sa mort, tu ne dois pas t'en vouloir d'être en vie.

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