CHAPITRE 9 - MIMI
Paris a donné rendez-vous au Café Beaubourg, et la terrasse s’entête. Jonathan est déjà là, un verre de vin blanc devant lui, les gens passent sur la place. Le lundi patiente.
— Bonsoir, ma beauté.
Jonathan ne se retourne pas tout de suite. Le regard de Paris descend, remonte.
— Tu as mis la veste.
Il s’assoit, fait signe pour une coupe ; le briquet claque, une flamme bascule vers sa bouche. La fumée prend.
— C’est vraiment cool. Ça te va bien.
Le champagne arrive, une gorgée et la tête s’incline.
— Les chaussures aussi. Bon choix. Et les cheveux… impeccables.
Jonathan esquisse un sourire.
— Bien. Maintenant qu’on a établi que tu ressembles à quelqu’un, on peut avancer.
Un point rouge s’éteint contre la table.
— J’ai rendez-vous dans trente minutes. Le patron du Tango. Il veut que je m’occupe de la guest list du Nouvel An. Je deviens l’ambassadeur du Tango. Payé.
— C’est génial.
— Tu viens évidemment. Gratuit, accès VIP, champagne. Tu es mon meilleur ami.
— Merci.
— Ne me remercie pas. Profite. C’est la seule contrepartie.
La coupe terminée, le billet tombe sur la table et il se lève.
— On y va. Tango.
— Je vais danser.
Paris bloque son pas, les amarres lâchent.
— Pardon ?
— Tu as bien entendu.
Un éclat de rire.
— D’accord. Là, soit tu as rencontré Jésus, soit tu es sous substances illicites. Peu importe, je prends.
En quittant la terrasse, l’air pique.
*
— Bon, c’est réglé alors.
Une poignée ferme, et Paris embarque Jonathan dans son élan.
— Allez. On va danser !
— Déjà ?
— Il n’est jamais trop tôt pour danser, mon cœur. C’est une règle.
Ils gagnent la piste. Sur le côté, deux types terminent en tecktonik, avant-bras qui cisaillent l’air, poignets cassés, angles nets. La musique change, Don’t Stop the Music de Rihanna, et Paris lève les bras, les hanches répondent.
Jonathan reste une seconde en retrait. D’abord, le bassin oscille dans un pas timide.
— Allez ! Personne ne te regarde !
Il tourne la tête à droite, à gauche, porte la coupe à ses lèvres. Quand le verre redescend, quelque chose se décale dans le mouvement : les yeux se ferment juste un peu, les épaules cèdent.
Paris s’approche, se place en face de lui.
— Voilà. C’est exactement ça !
Un autre morceau. Crazy in Love. Beyoncé. Paris redouble d’énergie, Jonathan passe une main sur la nuque, il continue.
*
La foule se fend d’un coup. Une voix passe au-dessus :
— Surprise, salopes !
Jonathan se retourne, bouche entrouverte.
— … Mimi ?
— En chair, en paillettes et en Beyoncé.
Vinyle noir taille dangereusement basse, ventre à nu sous le haut argenté réduit à rien. Les cheveux plaqués et l’argent aux oreilles attrapent les stroboscopes par éclats secs.
Paris cligne des yeux. Une fois. Deux fois.
— Mais… t’étais pas mort ?
— Pire. J’étais sobre.
Mimi danse déjà, les bras partent en orbite, le bassin prend le pouvoir, et les gens autour finissent par s’écarter. Jonathan l’attrape par le poignet.
— Depuis quand tu débarques comme ça ?
— Depuis toujours. Vous aviez juste oublié.
Mimi s’insère entre eux sans transition. Il ondule avec une aisance insolente, tête rejetée en arrière, les lèvres sur les paroles pendant que son fessier travaille avec une précision redoutable. Paris le détaille.
— T’as pas changé.
— Si. J’ai empiré.
Ils dansent à trois. Et ça prend. Mimi hurle les paroles, faux à réveiller un klaxon sous hélium, et sa voix traverse tout. Paris s’ouvre encore, les gestes prennent de l’ampleur, puis le mouvement se casse net.
— On bouge.
Mimi leur adresse un signe et replonge dans le remous des corps. Dehors, la musique ne leur parvient plus qu'étouffée. Paris freine son allure.
— Tu vois quand tu veux.

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