Chp 8 - Le Démon

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Je la regarde s’enfuir, les poings serrés. Merde. J’ai pas réussi à lui faire entendre raison… mais elle finira par comprendre. Il le faut.

Une fois revenu à ma tanière B, juste en face de celle de Meg, je me laisse tomber sur le matelas qui traîne au milieu de la pièce vide. C’est un grand appartement : il n’y avait pas plus petit. Je n’ai rien mis d’autre que ce matelas deux places (pour quand Meg viendra dormir ici) par terre et mon PC portable, avec son disque dur externe prêt à être éjecté à tout moment. J’ai aussi un sac de sport, contenant mes fringues de traque – jean noir, sweat noir, cuir noir -, un seul costard pour mes RDVs familiaux – si papa débarque, c’est costume obligatoire, il m’a chié une pendule pour le sweat la dernière fois, à l’hôtel Lutétia - , une arme de poing, un Glock 19 semi-automatique et une boîte de munitions. J’ai aussi une boîte de préservatifs, mais je m’en servirai plus, parce que mes retrouvailles avec Meg sont imminentes et que j’ai besoin d’avoir ma queue directement en contact avec elle, dans sa bouche, ses fesses ou son ventre si doux, qu’importe, tant que je suis en elle, près d’elle, avec elle. Elle me manque tellement… ça a été un déchirement de revoir son regard se poser sur moi à nouveau, une fierté, aussi. Elle se défend bien. Elle est déterminée, létale. Ce regard, cette posture qu’elle avait au moment d’attaquer mon frère… Athéna partant au combat, lance et bouclier en avant. Artémis, ses chiens lâchés, prêts à mettre en pièces les sacrilèges.

Quand elle aura enfin abdiqué, et reconnu qu’elle m’aime et qu’elle a besoin de moi, que je suis le seul sur cette Terre vraiment fait pour elle, que le destin nous avais réunis, alors, tous les deux, on sera inarrêtables. Une fois mon père et mon frère éliminés, c’est à moi que reviendra la fortune de la famille. Personne ne pourra s’y opposer : le groupe doit toujours être dans les mains d’un Kyanos, et ce, depuis que notre famille existe. J’édifierai alors un véritable palais pour elle, sur une île, en haut d’une montagne, tout ce qu’elle désirera… tous les jours, je la vénérerai. Je serais son chevalier, son amant, son homme. Et elle sera ma reine, ma déesse, ma femme.

J’enfouis mon visage dans mon oreiller, frustré. J’ai encore le goût de ses lèvres sur la langue. Elle ne m’a pas ouvert la bouche, mais j’ai senti son corps se ramollir, un micro quart de seconde. Elle n’a pas oublié le plaisir que je lui donnais. Comment le pourrait-elle ? Toutes les nuits, je revois son visage tremblant sous l’extase. La façon dont son fourreau enserrait ma queue… elle ne voulait jamais me laisser partir. Reste, Damian. Ne me laisse pas seule. Je l’entourais de mes bras, protégeais son corps supplicié du froid de cette cellule sordide. Elle méritait tellement mieux, putain… des perles données à un cochon. Mais l’ogre est incapable de prendre son plaisir sans avilir. Ça a toujours été. Ce qu’il a fait à ma mère… et il a transmis son poison, ses miasmes, à Michail.

Mais il va payer. Bientôt.

Le bruit de l’écran qui se rallume me fait relever la tête. La caméra de la chambre de Meg a bougé. Elle va se coucher… comme tous les soirs, je la regarde se déshabiller. Ma main se dirige vers mon jogging, prête à empoigner ma queue déjà dure. Je me branle tous les soirs en la regardant : j’ai pas honte de le dire. J’en ai besoin. Comment résister à une telle beauté ? Mais ce soir, elle reste assise sur le bord de son lit, le regard vide, sa chienne entre ses jambes. Comme Némésis – quel beau nom ! – , je n’ai qu’une envie : la serrer dans mes bras pour la réconforter. Elle sait que j’ai cette capacité, qu’elle pourrait s’abandonner avec moi. Qu’elle n’aurait plus à s’inquiéter, plus jamais, et que je ferais même le travail pour elle, si elle voulait. Lui offrir la tête de mon père sur un plateau doré. Elle aimait mes cadeaux, avant. Son sourire, quand je lui apporté le premier trophée. Il n’était pas feint. J’ai vu la lueur dans ses yeux, cet émerveillement, cette rage qui faisait écho à la mienne.

Damian… c’est toi qui a…

Oui, ma beauté, ma princesse. Pour toi. Je l’ai fait pour toi. Il ne t’embêtera plus jamais.

Je voudrais tant retrouver cette expression sur son visage… la voir aussi heureuse que ce soir-là…

Téléphone.

Je jette un regard vindicatif à l’appareil, cette satané machine qui ose interrompre cette communion, ce moment privilégié que je partage avec Megane dans le monde de Psyché.

C’est mon foutu frère, évidemment.

— On l’a pas retrouvée, m’annonce-t-il, la voix un peu rêche.

Il est essoufflé. Il a dû courir dans toute la ligne B, et cette seule idée me fait sourire.

— T’es sûr que c’était bien elle ? ajoute-t-il rapidement.

Je baille, roule sur le lit.

— Je crois, oui. Mais tu sais ce que c’est. En dix ans, les gens changent, dis-je, les yeux posés sur les stucs ouvragés du plafond.

Des feuilles d’acanthe. C’est un bel appartement. Le soir où Meg viendra, je déposerais des pétales de roses fraîches partout. Elle n’a jamais été avec un mec vraiment romantique : il faut que ça change.

— Elle est facilement repérable, pourtant, avec ses cheveux roux ! T’as fait quoi, toi, pendant qu’on courait dans ce putain de métro jaune et bleu ?

— J’ai patrouillé dans le quartier. Aucune trace.

Michail fait claquer sa langue.

— Bon. On a plus le choix. Faut que j’appelle Dimitri.

— C’est pas une bonne idée, grogné-je en me redressant.

Coup d’œil sur l’écran. Megane a éteint la lumière. Je switche sur la caméra thermique. Elle dort, Némésis couchée sur le lit avec elle.

— Papa vient de me passer un savon mémorable. Il a décidé de descendre, et de superviser la traque lui-même, assène Michail.

Un lent sourire apparait sur mes lèvres. C’est parfait, ça.

Plus vite il sera mort, plus vite Megane et moi seront réunis.

— OK… il descend où ?

— Dans un château appartenant au Cercle, à environ vingt-cinq minutes de la ville. Je dois organiser une bacchanale pour fêter son arrivée. Tu m’aides ?

Je tire la langue, silencieusement. Encore des filles à poil et des mecs en toge, qui les besognent poussivement sur un fond de flûte de pan, après avoir pioché dans des coupelles de viagra. Sans oublier ces rituels fastidieux, ridicules, où il nous oblige à porter ces putains de masques à cornes.

— Ouais. C’est quoi, les filles ?

— Des escorts et des putes qu’il m’a demandé de recruter ici. Toi qui es là depuis plus longtemps que moi, t’as repéré de bons viviers ?

— Pas vraiment. On appelle ce trou la Ville Rose, mais elle porte mal son nom, si tu veux mon avis.

— Il y avait pourtant plein de clubs de cul, à une époque… observe pensivement mon frère, qui a dû faire ses devoirs, comme d’habitude.

— P’t’être, mais c’est loin d’être le genre de goujons que tu pêches d’habitude. Y a quelques bonnes boîtes gay, par contre. Le Cockpit, avec sa backroom, ça envoie du lourd.

Je prends plaisir à entendre mon frère maugréer. Mais il a le nom, maintenant.

— Père veut des femelles, pas des éphèbes. Et les Caves ? tente-t-il.

— Le club BDSM ? J’y suis allé, le mois dernier. C’est gentillet. Je doute que ces meufs soient prêtes à jouer les ménades.

— On est pas obligé de leur demander leur avis, grommelle mon frère.

— Ça dépend. Tu veux que ce soit légal, ou pas ?

— Papa m’a dit qu’il préférait des légales, mais elles auront les yeux bandés, et Dimitri va me filer un coup de main avec les cocktails spéciaux. En outre, rien n’empêche d’en recycler une ou deux après, surtout si Dimitri est là. Il a toujours besoin de filles.

Pour aller se faire sauter par les mafieux en Albanie, ouais. Le plan me gonfle, mais au moins, il aura le mérite de détourner un peu l’attention paternelle de Meg pour une semaine ou deux.

— Très bien. Je m’en occupe. Je vais voir ce que je peux trouver.

— Tiens moi au courant. J’en ai un peu marre que tu la joues solo, Damian. On peut faire ça à deux !

— La visite du Cockpit ?

Mon frère entend mon sourire.

— Connard, maugrée-t-il avant de raccrocher.

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