Le Manoir - 6

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— C’est maintenant que ta véritable initiation va commencer, ma beauté. Les résultats de tes analyses sont tombés : ils sont excellents. Je vais pouvoir te prendre sans protection, par tous les trous, et goûter enfin à ta chair. Cette première séance sera longue, car on va se relayer, avec le Minotaure, pour te façonner et te rendre apte à accepter facilement les queues les plus diverses et variées, comme tu seras amenée à le faire à chaque bacchanale.

Retour au sous-sol, dans la cage.

Je relève les yeux vers Hadès, les mains attachées dans le dos. Le Minotaure se tient à côté de lui, avec son masque sanglant de taureau. Tous les deux sont nus. À la taille de leur érection impressionnante, je ravale un sanglot.

— Allons, allons, sourit Hadès. C’est vrai que le Minotaure et moi sommes les mâles les mieux membrés du Cercle – mes fils sont bien montés aussi, mais ils ne sont pas encore à la hauteur, ça viendra vite, cela dit – et que nous prendre tous les deux sera sans doute un challenge pour ta petite chatte quasi vierge et ton cul encore étroit. Mais tu vas vite t’habituer, et ensuite, quand on t’aura bien ouverte, les queues des autres Maîtres te sembleront plus faciles !

Facile. Pour lui, sans doute. Mais sa voix ne me parvient que de très loin, comme la première fois. Distanciation. D’autant plus que je sais déjà ce qui m’attend.

Et l’enfer commence, sans transition. Comme la dernière fois, Hadès démarre par derrière. Chaque sodomie est entrecoupée de coups de cravache administrés par le Minotaure, légers mais cinglants. Puis il passe au reste. Ils me prennent à deux : un devant, un derrière, ou je dois en sucer un pendant que l’autre me besogne, et vice versa. Ce viol atroce dure plusieurs heures. Quand ils me laissent enfin là, sur le sol, pour passer ma première nuit dans la cage, je m’effondre sur le sol, incapable de me traîner jusqu’au lit de camp. Ils sortent, la lumière s’éteint. Je suis seule.

Une fois qu’ils sont partis, je pleure doucement, en silence. Une douleur cuisante zèbre mes fesses, ma bouche est tuméfiée, et j’ai la peau qui tire, les articulations douloureuses d’avoir été portée, attachée, tirée, écartelée dans tous les sens par ces deux brutes… Je ne parle même pas de ce que ressens en bas : ce n’est plus qu’une ruine qui crie au secours, envoyant des éclats rouges que je suis obligée d’ignorer, en espérant que ça passera. Les autres filles dorment déjà, comme des chiens, dans leurs cages. Tout ce qui s’est passé ne les a même pas fait ciller. À un moment, quelqu’un est venu leur apporter leur repas : une gamelle, posée à même le sol. Puis, alors qu’Hadès m’avait saisi dans ses bras puissants – la force de ce monstre est phénoménale, tout comme l’est celle du Minotaure – pour pouvoir me pénétrer plus profondément, j’ai vu Thanatos faire une brève apparition, les yeux résolument fixés droits devant lui, et le plus silencieusement possible. Du reste, les ahanements étouffés du Minotaure et les interjections grondantes – « ah, qu’elle est étroite cette salope, putain ! », « tiens la bien », « retourne-la, je veux l’enculer encore », « cette petite chatte est trop bonne » ou autres « passe-moi la cravache » - de son père couvraient aisément tout le bruit qu’il aurait pu faire. Alors que les deux ogres me violaient, je le voyais laver les filles au jet d’eau, comme on le fait des prisonniers dans les vieux films de taulards. Il les finissait en passant un linge sur le corps, pendant qu’elles attendaient, blasées, les jambes écartées ou les fesses tendues vers lui, qu’il termine de les examiner avec son air hautain et dégouté. Puis il a remballé son matos et est remonté quatre à quatre. C’est ce soir-là en particulier, je crois, que j’ai compris qu’il haïssait les filles, à sa façon toute personnelle.

Je me repasse le film de tout ça dans la tête, allongée sur la paillasse où j’ai réussi à m’écrouler. La couverture est fine, mais propre et assez chaude. Une forme de soulagement dans cet enfer. Mon rire résonne alors, sauvage, comme étranger. Je commence déjà à m’habituer, à trouver du répit dans cette petite chose, un matelas et une couverture… au fond, nous ne sommes que des animaux, et il suffit d’un rien pour retrouver cette condition, et les réflexes de survie, d’endurance face au mal, qui l’accompagnent.

Soudain, un cliquetis. Je me fige, tétanisée.

Pourvu que ce ne soit pas lui. Pourvu que ce ne soit pas…

— Megane, souffle une voix douce. C’est moi.

Je me retourne d’un seul mouvement. Lui. Le jeune à la cicatrice et aux yeux si bleus, qui m’a rendu visite là-haut, pendant ma convalescence. Je n’avais pas rêvé, alors.

Et il connait mon nom.

— Je vais trouver une solution pour te sortir de là, promet-il en s’accroupissant près de mon lit. Tiens bon.

Je me redresse, le cœur battant.

— Une… une solution ? Qui es-tu ? Je t’en prie, appelle la police… ils ont tué Chris… ils ont…

Il secoue la tête, très vite et l’air navré.

— Chut, pas si fort. Je peux pas. Je suis comme toi, prisonnier.

— Tu es en cage dans ce sous-sol ?

— Non, pas vraiment, dit-il en regardant rapidement autour de lui. C’est juste que… écoute, je vais t’aider, d’accord ? Tiens, je t’ai apporté à manger. À boire aussi, et de quoi te laver.

Une boîte de lingettes pour bébé et un sac de vivres. Je me jette sur la bouteille d’eau minérale, manquant d’en renverser partout. J’avais si soif… Il me regarde la descendre, l’air préoccupé. Puis me tend une serviette pour m’essuyer le visage.

Ensuite, la bouffe. Je pensais ne plus jamais être capable d’avaler quelque chose sans vomir – pas après les litres de sperme dégueulasse que les ogres m’ont forcé à ingérer : « on ne gaspille pas la semence des Maîtres », m’a expliqué Hadès – mais en fait, je mourrais de faim, n’ayant rien mangé depuis le matin, notre départ de l’auberge avec Chris.

Chris. Merde…

Je me remets à sangloter. Une expression de panique passe sur le beau visage du jeune homme, et il tapote mes joues avec le linge, maladroitement.

— Non, non, ne pleure pas…

Il a raison. Pas le temps pour les larmes.

Je mords rageusement dans le sandwich qu’il me tend, manquant de bouffer sa main, qu’il retire précipitamment. C’est un genre de pain pita, avec des tomates et du fromage à l’intérieur. Un truc grec, vraisemblablement. Grec. Comme ce salopard de Vassili Kyanos.

Une haine brûlante me fend l’œsophage. Je manque de vomir, éructant ma rage soudaine.

— Il s’appelle Vassili Kyanos, grondé-je, les crocs sortis comme une louve. Tout ce qu’il fait à ces filles… ce qu’il m’a fait, à moi… il faut le dénoncer, le tuer !

Une lueur étrange brille dans les yeux bleus devant moi.

— Le tuer, oui… t’inquiète, je sais comment il s’appelle, et je connais sa perversité, mais on ne peut rien faire pour l’instant. Il faut que tu sois forte, que tu aiguises tes griffes patiemment, que tu attendes le bon moment pour frapper, comme Ulysse quand il était prisonnier de Polyphème. Tu connais cette histoire ?

Je hoche la tête.

— Oui, acquiescé-je, en reniflant, presque la morve au nez.

— Voilà. Tu dois être comme lui : rusée, patiente, faussement complaisante. Pour l’instant, fais tout ce qu’Hadès te dit de faire, même si ça te parait insurmontable. Il déteste l’insoumission, et si tu te rebelles contre lui ouvertement, il te fera comme il a fait aux autres filles et te fera couper la langue par Thanatos. Non, ne paniques pas : tu as un avantages sur elles ! Il te trouve intéressante et cultivée, et le fait que tu connaisses le grec ancien lui plaît. Il te fera sans doute lire des passages de ses classiques préférés, Homère ou Platon, pendant ses… visites (Il grimace, le visage déformé par une haine intense) et ça te permettra de garder ta langue plus longtemps… mais tu dois faire tout ce qu’il te dit, TOUT, tu entends ? C’est important. Je t’aiderais, en venant te voir en secret.

— Merci, balbutié-je. Merci, vraiment… sans toi, je… je crois que je me serais laissé mourir ce soir, je me serais tapé la tête contre le sol ou je sais pas quoi…

— Non, ne fais pas ça ! Tu dois vivre. Pour te venger. Il t’a parlé des ménades, non ? Et qu’est-ce que faisaient les ménades ?

— Elles réduisaient en charpie les hommes qui les avaient offensées, réponds-je, la voix blanche. De leurs propres mains.

Le garçon hoche la tête, ravi.

— C’est ça ! Tu le réduiras en charpie. Je te le promets.

Oui. Le réduire en charpie, le déchirer. Comme il l’a fait avec moi.

Je relève les yeux vers lui, une nouvelle force brûlant dans ma poitrine, intense.

— Comment tu t’appelles ?

Ses yeux d’un bleu surnaturel se vissent sur les miens.

— Damian. Je m’appelle Damian.

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